OBJETS DE PANSEMENT PROPRES AUX SOLUTIONS DE CONTINUITÉ DES OS
§ Ier. — Des attelles.
Les attelles sont des pièces longues, étroites et minces, de bois, de carton ou de fer-blanc, que Ton emploie pour maintenir un membre dans une immobilité absolue. Les fractures sont les maladies pour lesquelles on s'en sert le plus fréquemment. Cependant on en fait parfois usage pour s'opposer au retour d'une luxation réduite, empêcher les mouvements après une entorse avec déchirement ou distension violente des tissus fibreux, ou après la rupture d'un fort tendon , comme le ligament rotulien ; enfin pour obvier à la rétraction de certaines parties , telles que les doigts, à la suite des brûlures.
Les attelles doivent avoir en général une longueur plus considérable que l'os pour la fracture duquel on les applique. Pour un membre donné, celles qui touchent par une de leurs extrémités à un pli de flexion, comme la partie interne et supérieure delà cuisse ou le pli du bras , ont une longueur moins considérable que celles qui leur font opposition sur l'autre face du membre. Presque toutes les attelles sont droites suivant leur longueur*, cependant on en emploie de courbes à une de leurs extrémités : telle est l'attelle cubitale employée à l'Hôtel-Dieu de Paris, qui sert à rappeler le bord radial de la main vers son bord cubital, pour empêcher le chevauchement des fragments d'une fracture de la partie inférieure du radius. D'autres attelles sont courbées, suivant leur largeur, en forme de gouttière*, cette forme, qui s'adapte parfaitement avec celle des membres qui se trouvent reçus dans la gouttière, est com-
mune. On fait de ces attelles en bois , en fer-blanc et en carton. On les emploie beancoup plus souvent encore en Angleterre qu'en France -, les chirurgiens anglais ont un assortiment nombreux de ces sortes d'attelles dans toute espèce de dimensions , afin d'en avoir toujours de prêtes, quel que soit le volume d'un membre fracture. Celles qui servent pour la fracture de la jambe sont perforées à leur extrémité inférieure, pour recevoir au besoin la saillie formée par les malléoles. Enfin il est des attelles qui sont à la fois incurvées suivant la longueur et la largeur. Les deux attelles de carton dont M. Boyer conseille l'usage pour emboîter l'articulation huméro-cubitale, dans le cas de fracture de l'extrémité inférieure de l'humérus , sont de ce nombre. J'ai moi-même employé avec succès , pour une fracture de la première phalange du gros orteil, une attelle de bois qui, dans sa longueur, suivait les ondulations de la partie inférieure de l'articulation métatarso-phaîangienne du premier orteil et de cet orteil lui-même, sous lesquels elle était appliquée, et qui formait en outre une sorte de gouttière adaptée à la forme des différentes courbes transversales que décrivent ces parties.
Les attelles de bois conviennent en général préférablement chez les jeunes gens ou les adultes, en raison de la vigueur plus grande' des mouvements qu'ils peuvent produire. Elles doivent être taillées suivant la direction longitudinale des fibres du bois. Celui-ci sera choisi d'une espèce solide, comme le chêne, l'orme ou l'acajou, et devra avoir été séché préalablement, afin qu'il ne soit plus susceptible de se voiler après avoir été travaillé. Les attelles seront aussi légères et minces que le permet la résistance qu'elles sont appelées à supporter. Il est convenable d'en arrondir lés angles suivant leur longueur et aux extrémités, pour empê-
cher qu'ils ne s'échardent , ou que leur vive arête ne puisse blesser quelque partie sur laquelle ils porteraient accidentellement. Les grandes attelles qui remontent jusqu'à la crête iliaque, et dont on se sert pour les fractures de la cuisse , et surtout du col du fémur, présentent à leurs extrémités des mortaises et une échancrure; dans quelques appareils on leur donne même une armature en fer: ces différentes formes servent à maintenir des lacs pour l'extension et la contre-extension continues. Il est impossible d'entrer ici, à cet égard, dans des détails qui nous mèneraient beaucoup trop loin.
Excepté un petit nombre d'appareils, comme est celui de M. Dupuytren pour la fracture du péroné, qui ne comporte qu'une seule attelle, en général les appareils de fractures se font avec plusieurs attelles, deux pour l'avant -bras, deux ou trois pour la jambe ou la cuisse, et jusqu'à quatre pour le bras. Ces attelles sont de longueurs différentes , suivant qu'on les place sur une face qui correspond à la flexion ou à l'extension , à l'adduction ou à l'abduction.
Il est une sorte d'attelle appelée palette, figurant grossièrement la forme d'une main avec les doigts étendus : elle sert plus spécialement pour fixer les doigts affectés de brûlure, pour empêcher leur rétraction par Feffet de la déperdition de substance de la peau, et pour s'opposer à leur adhésion mutuelle en les maintenant écartés.
Les attelles de carton conviennent surtout aux enfants, et s'emploient dans quelques cas sur les adultes. Pour les appliquer, il est bon que le carton ait été préalablement ramolli en le mouillant. Dans cet état, il se moule facilement sur le membre, dont il reçoit les différentes inflexions 5 et à mesure qu'il prend de la consistance en séchant, il devient très propre à contenir le membre avec solidité. Le
carton, par cela seul qu'il se moule, est de toutes les substances celle qui convient le mieux pour maintenir réduites les fractures de la mâchoire inférieure. Mais, à côté de ses avantages, il a également ses inconvénients : c'est ainsi qu'en raison de la facilité avec laquelle il se ramollit, il ne saurait être employé lorsqu'une plaie laisse écouler des liquides, et toutes les fois que l'on est dans la nécessité de laver.
Les attelles de fer-blanc ne s'emploient guère que sous la forme de gouttière. On s'en est servi avec succès pour des fractures compliquées et des résections de surfaces articulaires. Mais comme on n'a pas habituellement ce moyen à sa disposition, et que, dans les cas ordinaires, l'application de ce moyen n'a rien de spécial, ces sortes d'attelles sont peu usitées.
Enfin si l'on se trouvait dans l'obligation de panser un membre fracturé dans un lieu éloigné de tous secours, et lorsque soi-même l'on serait dépourvu des moyens ordinaires de pansement, ce serait le cas de se servir, en guise d'attelle, d'écorce d'arbres formant une gouttière, ou de bâtons flexibles entourés de linge ou de paille, que l'on maintiendrait par une ficelle ou une jeune bouture d'osier contournée en spirale, et formant cette sorte d'attelles que l'on appelait autrefois de 'vrais fanons.
De quelque substance que soient formées les attelles, comme elles ne peuvent être utiles qu'autant qu'elles forment un corps dur, susceptible de résistance, leur contact sur la plaie est susceptible de l'enflammer : aussi préservet-on toujours les téguments ou par des compresses interposées, et enveloppant le membre sans former de plis, si les attelles sont en carton-, ou, lorsqu'elles sont en bois, par des coussins, de la charpie ou de i'étoupe, outre les
compresses et les chefs dont le membre est déjà environna.
Semelle, — C'est une petite planche légère et de peu d'épaisseur, taillée suivant la grandeur du pied. Elle est percée à sa partie moyenne de deux mortaises verticales. On s'en sert dans les fractures des membres inférieurs , où on l'applique environnée de linge contre la plante du pied. Une bande est passée au travers des mortaises , dont elle embrasse l'intervalle solide en décrivant une anse à l'entour. Les chefs ramenés en avant contournent les deux bords du pied, et sont croisés au-devant de lui. On les fixe ensuite par des épingles au drap-fanon qui enveloppe les attelles. Ainsi maintenue , cette semelle, ne pouvant fuir, sert de point d'appui au pied.
Dans l'appareil mécanique de M. Boyer pour la fracture du col du fémur, cette semelle, en fer battu, d'abord fixée au pied , obéit au mouvement d'une vis sans fin qui se meut dans la grande attelle externe, et produit ainsi à volonté l'extension permanente.
§ II. — Coussins.
On connaît sous ce nom, et sous ceux de coussinets, de sachets de remplissage, des' sacs formés d'une toile claire ou à demi usée, ayant douze à quinze pouces de longueur sur trois ou quatre de largeur, et que l'on remplit d'une matière sèche, molle et susceptible de mobilité, pour pouvoir augmenter ou diminuer à volonté leur volume dans certains points. Le plus ordinairement ces coussins sont remplis de balle d'avoine : cette substance , nullement hygrométrique, facile à transporter d'un point à l'autre par la plus gère pression à travers la toile, est, de toutes, celle qui convient le mieux. A défaut de balle d'avoine on
remplit les coussins avec de la plume, du son, du millet, de la laine, du coton, du crin, etc. ; mais ces trois dernières substances, formées de filaments adhérents, sont difficiles à faire changer de lieu 3 elles ont l'inconvénient de se ramasser en tampons durs et épais, et échauffent trop les parties sur lesquelles on les applique: on ne s'en servira donc que dans les cas où l'on manquerait de moyens mieux appropriés.
Les coussins servent à préserver les parties fracturées du contact trop dur des attelles. La facilité avec laquelle la balle d'avoine se déplace offre l'avantage de pouvoir accommoder le coussin à la forme du membre, en augmentant l'épaisseur du remplissage dans les points qui offrent une dépression, comme sont, à la jambe, les parties situées audessus des malléoles , et en diminuant au contraire cette épaisseur dans les points les plus saillants, tels que les malléoles elles-mêmes, pour suivre notre comparaison \ de sorte que l'attelle appuie parfaitement à plat dans toute son étendue, sans porter jamais sur le membre.
Mais, pour offrir assez de mobilité, on conçoit que les coussins ne doivent jamais être qu'à moitié remplis-, cette condition serait d'autant plus nécessaire que la substance contenue dans le coussin serait par elle-même plus difficile à faire circuler.
§ III. — Faux fanons.
On nommait ainsi, dans l'ancienne chirurgie, des pièces de linge pliées longitudinalement en plusieurs doubles, à la manière d'une cravate, et que l'on appliquait en guise de coussins entre les attelles et le membre fracturé. On pourrait encore se servir de ce moyen si Ton ne pouvait se procurer de coussins, mais en ayant soin de garnir les points
déprimes avec quelques corps doux, comme du coton , du linge, de la laine ou de la charpie, les faux-fanons, employés seuls, ne pouvant qu'imparfaitement se prêter à la nécessité d'aplanir les surfaces sur lesquelles doit appuyer l'attelle.
§ IV. — Porte-attelle ou drap-fanon.
C'est le nom que l'on donne à une pièce de linge qui supporte les chefs dont on doit envelopper le membre inférieur fracturé, et qui, placée entre le membre et le lit ou les oreillers qui le supportent, enveloppe tout l'appareil lorsqu'il est appliqué. Le drap- fanon s'emploie pour les fractures de la jambe et de la cuisse. Dans le premier cas il n'a que la longueur de la jambe, mais dans le second cette longueur est celle de tout le membre inférieur, au moins dans les appareils où, pour obtenir la consolidation de la fracture, le membre est maintenu dans l'extension. La largeur du porte-attelle doit être assez considérable pour envelopper deux fois Je membre. Lorsque les bandelettes ou chefs sont posés, on revêt les deux attelles latérales avec les bords de ce drap avant de les relever. Pour cela on étend les attelles à plat, perpendiculairement à la longueur du membre, en ne laissant que l'espace que l'on juge devoir être occupé par l'épaisseur du coussin; puis on amène vers soi l'attellcen la contournant sur elle-même, par un mouvement de rotation, jusque sur le bord du drap-fanon, de manière à juger combien de fois, depuis le point de départ, cette attelle doit se trouver enveloppée par le drap. L'aide placé de l'autre côté du membre exécute le même mouvement. On enveloppe alors l'attelle avec le bord du drap, et on recommence le même mouvement de rotation jusqu'au point dont on était parti la première fois. Arrivé là , on re-
lève de champ, île chaque côté, l'attelle, et il ne reste plus quà poser les coussins et nouer les lacs.
§ V. — JLacs et rubans.
Il y en a de plusieurs sortes. Les rubans sont en fil de chanvre ou lin écru, d'un pouce environ de largeur. On s'en sert pour nouer un appareil de fractures du membre inférieur, et maintenir les coussins et les attelles j souvent aussi pour attacher la semelle sur le porte-attelle. La longueur de ces rubans, assez considérable pour envelopper l'appareil et faire avec facilité une rosette double, varie nécessairement avec le volume du membre : elle est ordinairement de trois pieds. On place ces rubans à cinq pouces environ les uns des autres. Pour la jambe, on en met trois-, on en pose cinq dans les pansements de fractures de cuisse» où le membre se trouve tout entier compris dans l'appareil. Le mot lac a une acceptation plus étendue : il s'entend et des rubans dont nous venons de parler, et de toute espèce de liens. Les plus importants sont ceux qui servent à réduire les luxations. Ce sont, suivant le degré de résistance à vaincre, des serviettes ou des draps plies en cravate * et que l'on place aux extrémités des membres, pour vaincre la résistance qu'offrent les luxations pour être réduites. Nous nous contenterons provisoirement d'avoir établi cette distinction sur l'emploi des diverses sortes de lacs*, ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans de plus grands détails à cet égard.