SAIGNÉE DU GOU
On la pratique à la veine jugulaire externe.
Anatomie. — Née des rameaux qui accompagnent les divisions de l'artère carotide externe, cette veine descend presque verticalement sur les parties latérales du cou. A sa face externe, elle est recouverte par la peau, le tissu adipeux et le muscle peaucier 5 par l'interne , elle est appuyée sur le muscle sterno-cîéido-mastoïdien , dont elle croise la direction oblique-, autour d'elle sont de nombreux filets nerveux détachés du plexus cervical superficiel, inférieurement , beaucoup de graisse la sépare du muscle peaucier, qui s'en éloigne pour former l'élargissement du cou à sa partie inférieure. La veine continue sa direction verticale, passe derrière le muscle scapulo-hyoïdien, et se jette dans la sous-clavière.
Opération. — La saignée de la jugulaire diffère des autres par l'impossibilité d'exercer sur le cou une compression circulaire. On y supplée en appliquant une petite compresse graduée*sur le trajet de la veine au-dessous du point où l'on veut saigner. Une bande est posée à plat sur la compresse , et les deux chefs en sont amenés au-devant et en arrière du cou 5 puis un aide les tend en les écartant, de manière à comprimer seulement sur la veine. On
facilite la re'plétion de la jugulaire, et par suite l'écoulement du sang, en faisant faire au malade des expirations prolongées et des mouvements de mastication. Après l'incision, ordinairement le sang s'écoule en nappe-, on le reçoit sur une carte ployée en forme de gouttière, et dont le bord appuie et comprime au-dessous de la plaie. L'opération terminée, une compresse fixée par quelques tours de bande circulaires et peu serrés suffit pour arrêter l'écoulement du sang.
ARTÉRIOTOMIE.
Les conditions pour pratiquer cette opération sont que l'artère soit superficielle, d'un petit volume, et appuyée sur un os qui permette de la comprimer. Malgré que plusieurs artères, la temporale , l'occipitale , la radiale, la pédieuse , etc. , soient dans ce cas , on ne pratique guère Fartériotomie que sur l'artère temporale superficielle. On l'emploie dans les ophthalmies aiguës . mais surtout dans l'apoplexie, la cépbalite, etc. , et toutes les fois que la tête est le siège d'un afflux de sang considérable.
L'artère temporale superficielle est la terminaison de la carotide externe. Dès le niveau de l'angle externe de l'œil, elle est située entre la peau et le muscle temporal. Elle se partage en deux brandies : Tune, postérieure, qui monte verticalement sur les pariétaux , et s'anastomose sur le synciput avec celle du côté opposé 5 l'autre, antérieure ou frontale, monte sur les parties latérales du front, et s'anastomose en arcade avec celle du côté opposé : c'est ordinairement cette dernière branche que l'on saigne.
Avant de pratiquer la section de l'artère temporale, on doit s'être procuré : un bistouri , la lancette , trop faible ,
pouvant se briser contre les os du crâne-, deux compresses graduées, et deux bandes, une roulée à un seul globe, et l'autre à deux globes inégaux : cette dernière doit avoir cinq à six aunes de longueur.
Opération, — On s'assure, par le toucher, de la position de l'artère, que l'on reconnaît à ses battements. Le doigt indicateur et le pouce de la main gauche appuient le vaisseau sur l'os sous -jacent-, puis on introduit dans l'espace situé entre ces deux doigts le bistouri, dont le manche est contenu dans la paume de la main droite, tandis que le doigt indicateur, étendu sur le dos de la lame, dirige l'instrument. La pointe présentée d'un côtéjde l'artère, on abaisse le bistouri en appuyant jusqu'à l'os et en retirant à soi, de manière à couper l'artère en travers. Un jet de sang rouge , saccadé , et isochrone aux battements du cœur, indique la section du vaisseau. Lorsque l'on juge que la quantité de sang écoulée est assez considérable, on en arrête la sortie en comprimant avec le doigt au-dessous de l'incision, entre cette dernière et le cœur. On lave ♦, on remplace ensuite le doigt par une des compresses graduées, et l'on applique l'autre compresse au-dessus et près de la plaie, pour s'opposer à l'hémorrhagie que les anastomoses pourraient causer par le bout supérieur du vaisseau. Quelques tours de bande un peu serrés préviennent le plus souvent le retour de l'hémorrhagie. Si cependant le sang continuait de couler, on appliquerait le bandage nommé nœud d'emballeur. Voici comment on le compose :
On applique le plat de la bande sur les compresses graduées , puis on en mène les deux globes sur les faces antérieure et postérieure de la tête 5 on les croise sur la tempe opposée, et on les ramène sur la plaie. Arrivées là, on les change de main 5 les deux chefs étant situés l'un au-dessus
de l'autre , on les tend fortement en dessous . de manière à appuyer sur les compresses; et, par un mouvement de quart de cercle exécute rapidement par les deux mains en sens inverse, l'une se trouve supérieure et l'autre inférieure. On fait ensuite faire verticalement aux bandes le tour de la tête, l'une par-dessus le synciput, et l'autre dessous la mâchoire ; on les croise en arrière ; on les ramène sur les compresses , où, par un nouveau nœud, l'on change de nouveau leur direction verticale en horizontale , etc. , jusqu'à ce que le plus petit globe soit épuisé ; on termine en assujettissant le tout par des circulaires faits avec le globe le plus long. On doit attendre pour enlever ce bandage que quelques jours se soient écoulés, pour n'avoir plus à craindre la récidive de l'hémorrhagie.