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DES VENTOUSES

L'application des ventouses a pour objet de déterminer l'afflux des liquides sur une partie, en les soustrayant plus ou moins complètement à la pression atmosphérique, au moyen du vide. La ventouse se compose d'une cloche de verre de deux à quatre pouces de hauteur sur autant de diamètre, dont l'ouverture forme un bord plat, lisse et circulaire, susceptible de s'appliquer exactement à la peau sans la blesser. Les indications que l'on se propose de remplir parles ventouses sont de deux sortes. Ou bien l'on ne veut que produire un engoi-gement du tissu cellulaire avec rubéfaction de la peau: la ventouse agit alors comme dérivatif ou révulsif, et s'appelle ventouse sèche. Ou l'on évacue le sang au dehors, au moyen d'incisions superficielles à la peau: la ventouse agit alors à la manière des sangsues, et se nomme ventouse scarifiéeu

La ventouse sèche s'applique de deux manières, suivant

que la cloche est simple ou qu'elle est surmontée d'une

pompe aspirante. Dans la ventouse à cloche simple, le vide

opère par la raréfaction de l'air intérieur. Pour pratiquer

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l'opération, on doit s'être procuré une bougie allumée, quelques boulettes de coton , des pinces à disséquer, et un vase contenant de l'alcool rectifié. Prenant alors la ventouse ou cloche de la main droite, son orifice tourné en haut, l'opérateur l'échauffé d'abord, et en dilate l'air en présentant la bougie au-dessous -, puis il saisit avec les pinces une boulette de coton qu'il trempe dans l'alcool et qu il enflamme. Il jette alors cette boulette dans la cloche, dont elle raréfie l'air par sa chaleur et par la diminution d'oxygène qui résulte de la combustion-, puis il applique exactement le bord de la ventouse sur la peau, préalablement garantie par une carte, pour empêcher qu'elle ne soit brûlée. Le refroidissement ne tarde pas à opérer la condensation de l'air et de la vapeur alcoolique. La peau , comprimée par la pression atmosphérique extérieure, plus forte que l'intérieure, s'élève dans la cloche; les liquides attirés des capillaires voisins dans la même direction affluent à la peau, dont ils amènent le gonflement et la rubéfaction. Lorsque l'effet est produit, on détache facilement la ventouse en l'inclinant et appuyant avec le doigt sur la peau auprès du côté le plus élevé : on réitère l'opération s'il est nécessaire d'en augmenter l'effet. Au lieu de boulettes de coton, on peut se servir d'étoupes, de fragments de papier, etc., que l'on trempe également dans l'alcool. Telle est la manière dont on applique habituellement les ventouses -, mais elle est sujette à plusieurs inconvénients : souvent le combustible brûle mal-, 'd'autres fois au contraire il échauffe trop le verre, ou brûle même la peau-, le vide est toujours trop imparfait, etc. On évite tous ces inconvénients en se servant du moyen suivant.

Ventouse à pompe. Elle produit les mêmes effets thérapeutiques que la cloche simple, mais d'une manière plus

prompte, plus sûre, et surtout plus commode. Elle se compose d'une cloche de verre semblable pour la forme et la capacité à celle que nous connaissons déjà, mais elle en diffère en ce qu'elle est surmontée par une tubulure en cuivre que l'on ouvre et ferme par un robinet. Au-dessus de la tubulure se visse et dévisse à volonté un corps de pompe qui, par cela même qu'il forme une partie indépendante , peut successivement s'adapter à plusieurs cloches. La pompe se compose tout simplement d'un piston mobile dans un cylindre creux, et s'adapte inférieurement sur la tubulure, par un prolongement rétréci *, sa capacité est à peu près la même que celle de la cloche. Rien n'est plus simple que l'emploi de cet ingénieux instrument. On enduit le bord libre circulaire de la ventouse d'une graisse solide, pour mieux faciliter l'adhésion, et on l'applique exactement à la peau; on visse la pompe sur la tubulure } on ouvre Je robinet, et en faisant remonter le piston, la dilatation nécessitée par l'augmentation de volume de l'air intérieur aspiré dans le corps de pompe fait saillir les téguments dans la cavité de la ventouse d'une quantité proportionnée à la diminution de la pression.

Telles sont les deux manières dont on pratique habituellement les ventouses sèches,

La ventouse scarifiée ne diffère de la précédente que par les incisions préalablement pratiquées sur la peau. Ces in-* cisions ne doivent pas avoir plus d'une demi-ligne de profondeur. Plusieurs instruments, le rasoir, le bistouri, la lancette, le scarificateur, etc., peuvent servir à les faire. 11 est bien rare qu'on ait recours à ce dernier instrument. Les scarifications doivent être exécutées avec rapidité, dans une étendue de deux à trois pouces, en portant à plat le tranchant du bistouri ou delà lancette. Le bistouri est pré-

férablc. Abaisse parallèlement à la surface de la peau , la lame coupant à la fois sur toute la longueur, la scarification se trouve faite immédiatement dès que le tranchant se meut de quelques lignes, tandis qu'il faut un temps beaucoup plus considérable pour la lancette , le peu d'étendue de son tranchant faisant qu'elle n'incise pour ainsi dire que sur un point à la fois, ce qui prolonge inutilement les douleurs de l'opération. Dans la succession des scarifications , on forme des lignes parallèles , écartées d'un demipouce , et dont on croise la direction par d'autres lignes, qui coupent les premières obliquement ou en angle droit, de manière à former dans leurs intervalles des carrés ou des losanges.

De quelque manière que soient produites les scarifications, on conçoit que, la ventouse étant appliquée pardessus, le sang jaillit dans la cavité de la cloche. Mais la chaleur du liquide raréfiant l'air intérieur, et sa vapeur remplissant l'espace, et réagissant par sa tension élastique, l'équilibre de pression ne tarde pas à se rétablir , le sang ne coule plus , et la cloche se détache. C'est ici que la ventouse à pompe est très supérieure , puisqu'elle permet de faire de nouveau le vide , et , par des succions répétées , à mesure que la pression diminue , de remplir de sang la cavité de la cloche.

La ventouse à pompe avec scarifications offre donc de grands avantages par la facilité avec laquelle elle produit des saignées capillaires; et l'analogie de son action avec celle des sangsues permet de la substituer à ces dernières en tout temps et dans tous les pays , d'autant qu'avec la plupart des avantages que l'on obtient des sangsues , elle n'en a pas les inconvénients, comme la rareté, la mauvaise qualité, l'infidélité de leur emploi, etc.

BDELLOMETRE.

L'instrument auquel M. Sarlandière a donné ce nom n'est qu'une modification de la ventouse à pompe. 11 a été invente dans le mèmeitemps par M. Sarlandière et par M. Demours.

L'objet principal de cet instrument est de pouvoir faire ies scarifications dans le vide, ce qui en rend l'exécution plus rapide et moins douloureuse 5 mais aussi cet avantage se trouve contre-balancé par uue moindre solidité.

Le bdellomètre diffère peu de la ventouse à pompe ordinaire. La cloche est d'une étendue plus considérable ; elle l'est même trop peut-être, car on ne peut l'appliquer convenablement que sur des surfaces planes d'une certaine étendue. Deux ouvertures existent à la cloche du bdellomètre de MM. Sarlandière et Demours : l'une, située au sommet, reçoit une tubulure en cuivre, dans laquelle glisse à frottement rude une tige métallique. Gette tige, dans la cavité de la cloche, est fixée sur un disque armé d'un certain nombre de lames de lancettes qui passent à travers les trous d'un grillage mobile. L'objet de ce grillage est de limiter la saillie formée par les lancettes, et par conséquent la profondeur dont elles peuvent pénétrer. Latéralement est une ouverture garnie comme celle que nous avons décrite pour la ventouse à pompe, et destinée au même objet, cest-à-dire à faire le vide dans l'intérieur de la cloche. Enfin M. Sarlandière a imaginé d'adapter à la partie inférieure de la cloche use troisième tubulure munie d'un robinet , et qui sert à donner issue au sang accumulé dans la eavité de i'mstrumeut.

Pour se servir du bdellomètre, on l'applique à plat comme

les autres ventouses. On fait le vide au moyen de la pompe qui s'adapte à la tubulure latérale ; et, lorsque les téguments proéminent dans la cavité de la cloche , en pressant sur le bouton qui commande le scarificateur, on enfonce les lancettes dans la peau*, le sang jaillit aussitôt dans l'intérieur de la ventouse. Quant à la troisième tubulure, elle ne paraît pas fort utile : pour peu que le sang fasse caillot, au lieu que ce soit ce liquide qui sorte par le robinet, c'est aU contraire l'air extérieur qui entre par cette ouverture dans la cavité de la ventouse -, et , enfin , il est aussi simple et plus favorable pour l'émission d'une nouvelle quantité de sang d'enlever la cloche, de la vider, et de ne la réappliquer qu'après avoir lavé et nettoyé les plaies.

Tel qu'est le bdellomètre, on ne saurait nier que cet instrument ne puisse rendre des services*, mais on ne voit pas cependant en quoi il est préférable à la ventouse à pompe avec scarifications. 11 offre les inconvénients assez ordinaires aux instruments trop compliqués, c'est-à-dire une plus grande difficulté dans l'emploi , et une certitude moindre pour le résultat. Le glissement dans la boîte à cuir de la tige du scarificateur est souvent où trop rude ou trop libre. Dans le premier cas, il est difficile de gouverner la profondeur des incisions, et, dans le second, l'air s'insinue dans la cavité de la cloche, et tend à rétablir l'équilibre de pression. Enfin, le prix assez élevé du bdellomètre fait qu'il n'est pas également à la portée de tous les praticiens.

La ventouse à pompe, au contraire, moins dispendieuse, plus portative, d'un mécanisme plus simple, n'est point susceptible de se déranger, et peut produire les mêmes effets, mais dans un temps un peu plus long, à la vérité , car il faut avant de l'appliquer avoir pratiqué les scarifications. Gomme le bdellomètre, elle permet de renouveler le vide

dans l'intérieur de la cloche, et elle convient presque uniquement pour certains usages, tels que l'aspiration sur des piqûres de sangsues, pour en augmenter le saignement; celle que l'on détermine sur les plaies empoisonnées, par la méthode du docteur Barry, pour attirer au dehors les liquides, et empêcher l'absorption des venins. Ce n'est pas que nous regardions cette opération comme ce qu'il y a de mieux à faire en pareille circonstance \ mais, au moins, elle peut servir de ressource provisoire, et diminuer ou ajourner le danger, lorsque, n'ayant aucun autre moyen à sa disposition, on est forcé d'attendre après l'arrivée du cautère actuel ou des caustiques. Une autre application de la ventouse, plus ingénieuse encore et qui rend journellement de grands services, c'est celle que l'on pratique sur les seins des femmes qui ne peuvent point allaiter, et dont les glandes mammaires sont fortement engorgées. La succion de la ventouse produit un allaitement artificiel que l'on peut renouveler autant de fois qu'il en est besoin, et porter jusqu'au point de faire affaisser les seins. En résumé, la ventouse à pompe nous paraît tellement indispensable dans un grand nombre de circonstances, et même dans les cas les plus simples de ventouses sèches, ses effets sont tellement supérieurs à ceux de la ventouse à cloche simple, que nous n'hésitons pas à regarder cet instrument comme l'un de ceux que le chirurgien doit avoir toujours à sa disposition.

Quel que soit le moyen dont on se serve pour ppliquer les ventouses , il est facile de concevoir leur mode d'action thérapeutique. La ventouse sèche, par la congestion locale qu'elle produit, agit comme dérivatif ou révulsif , suivant que le lieu de son application est plus ou moins rapproché ou éloigné de celui dont on veut détourner l'irritation. La

OPÉRATIONS SIMPLES. 2JÙ

ventouse scarifiée, si elle ne donne que peu de sang, ne peut qu'ajouter à l'effet révulsif par l'intensité de la douleur ajoutée à la congestion. Ces deux manières de pratiquer les ventouses donnent plus ou moins lieu à une inflammation locale-, rarement cependant la ventouse sèche produit-elle cet effet, à moins que son application n'ait élé très prolongée. Aujourd'hui que l'on possède la ventouse à pompe et le bdellomètre , on peut obtenir, outre l'action dérivative ou révulsive, une évacuation sanguine souvent comparable pour l'abondance à la saignée et aux sangsues ; et, pour ces dernières en particulier, on est libre d'augmenter beaucoup la quantité de- sang qu'elles peuvent fournir , et on produit ainsi à volonté des effets sûrs et prompts.

L'indication du lieu sur lequel il convient d'appliquer les ventouses varie en raison du siège et de la nature de la maladie, et de l'effet que l'on veut produire. Comme moyen dérivatif, on les pose sur les parois des cavités splanchniques , en regard d'un organe souffrant dont on veut détourner l'irritation , ou à la surface d'une articulation enflammée. C'est sur le siège même de l'affection qu'on les applique lorsqu'il s'agit d'y rappeler une sécrétion , d'y faire naître une inflammation , ou d'empêcher l'absorption de s'y exercer, comme nous l'avons dit de la méthode du docteur Barry. Comme révulsif, on les place à une distance plus ou moins éloignée de la partie malade , lorsque l'on veut arrêter une hémorrhagie ou détourner une congestion qui menace un organe important. Enfin , comme évacuatif , les ventouses , qui alors doivent être précédées de scarifications, répondent à peu près aux mêmes indications que les sangsues.

Mais, pour produire à volonté ces divers effets, clans

toutes les circonstances, il faudrait que les ventouses fussent susceptibles de s'appliquer indistinctement sur toutes les surfaces. Or, dans l'état actuel, avec les dimensions peu différentes qu'on leur donne, il faut pour les recevoir une étendue plane de quelques pouces $ ce qui en proscrit l'usage à la tête, autour d'un grand nombre d'articulations , et, sur les sujets maigres, partout où les saillies osseuses déterminent des inégalités. Il serait facile d'obvier à cet inconvénient en rétrécissant à divers degrés le bord libre des cloches que l'on applique sur les parties, et garnissant le contour de l'orifice d'une substance telle que le caoutchouc, dont l'élasticité permet que, sur une surface courbe ou inégale, les différents points de la circonférence du bourrelet se trouvent plus ou moins libres ou comprimés, sans qu'ils cessent pour cela d'adhérer à la peau, ou, en d'autres termes , d'empêcher l'introduction de l'air extérieur dans la cavité de la cloche. Avec ces légères modifications, l'utilité des ventouses s'étendrait bien davantage; on ne serait plus, comme aujourd'hui, obligé d'y renoncer dans des circonstances où elles sont indiquées, sur ce simple motif que les surfaces sur lesquelles il conviendrait de les poser se refusent à leur application.

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