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PIQURES

On appelle de ce nom les plaies produites par tout instrument piquant, une épée, une baïonnette, un cou-

teau, un stylet, une aiguille, une épine, etc. Les piqûres sont presque toujours des plaies graves , la dilacération et la contusion des tissus étant le résultat de leur mode d'action : d'où il suit que le danger, dans une plaie de ce genre, est généralement d'autant plus grand que l'instrument vulnérant, moins bien affilé, aurait été mû par une force plus considérable.

Les phénomènes qui suivent les piqûres diffèrent de ceux qui accompagnent les plaies par instrument tranchant. En général , Fhémorrhagie est moins abondante et la douleur beaucoup plus vive. La cause du peu de sang qui s'écoule est due à la contusion et à la déchirure des vaisseaux dont elles causent la rétraction, outre qu'il n'y en a qu'un nombre beaucoup moins considérable de blessés. La dilacération des nerfs explique l'intensité des douleurs qui accompagnent si fréquemment les piqûres les plus légères j ces douleurs , chez les personnes très irritables, peuvent donner lieu aux accidents les plus formidables, tels que les paralysies locales, mais surtout les convulsions et le tétanos. Les auteurs sont remplis de faits de ce genre, et nous avons nous-même été témoin d'un tétanos causé par l'introduction d'une épine sous la peau.

Mais, si l'écoulement de sang est peu de chose au-dehors , il ne faut pas moins se tenir en garde contre la lésion de gros vaisseaux situés profondément. En raison du peu de largeur de l'orifice externe des piqûres , du défaut de parallélisme entre les divers plans , de la rétraction différente des tissus intéressés , et du gonflement des parties qui forment les parois de la plaie, le sang , dans ce cas , ne pouvant trouver une issue au-dehors, s'infiltre dans la gaine celluleuse des vaisseaux ou dans le tissu cellulaire qui les environne. Cet accident a reçu le nom (Xanêvrysme

faux primitif. S'il n'était aperçu à temps, il donnerait lieu à l'infiltration sanguine de tout le membre, et consécutivement à une série de complications qui pourraient entraîner la perte du malade. On y remédie par la compression ou la ligature. Si la compression est mal faite ou n'est pas soutenue pendant un assez long espace de temps, l'épanchement de sang se reproduit dans la profondeur des tissus, et prend le nom iïanèvrysme faux consécutif Nous reviendrons sur ces accidents en parlant des hémorrhagies.

La douleur, lorsqu'elle est très vive, en raison des suites funestes qu'elle peut avoir, exige ici un traitement plus énergique que pour les plaies par instruments tranchants. Dans ce dernier cas, en effet, les filaments nerveux ayant été divisés, la douleur ne peut être suivie d'accidents sérieux qu'autant que les nerfs n'auraient été coupés qu'incomplètement, ou que l'instrument, peu affilé, les aurait contus autant que sciés. Dans la première supposition, il suffit, pour faire cesser la douleur, d'achever la section*, quant à la seconde , la dilacération produite rapproche ses effets de ceux des piqûres et des plaies contuses. Ainsi donc, lorsqu'une douleur très vive se développe après une plaie par piqûre , et que cette douleur ne cède pas aux applications sédatives, il faut inciser dans le trajet de la plaie pour convertir en section nette la dilacération des filaments nerveux. Nombre d'auteurs conseillent de détruire par les caustiques les nerfs lésés. Nous croyons ce moyen moins convenable que l'incision, ne serait-ce qu'en raison de l'inutilité de donner lieu à la production d'une eschare , et de changer une plaie simple en plaie avec perte de substance , d'autant que, pour cautériser, il faut, dans la plupart des cas, rélargir l'ouverture trop étroite de la piqûre;

ce qui fait deux opérations pour une. Cependant la désorganisation des nerfs a été employée avec succès, et recommandée par des autorités imposantes. On l'a pratiquée avec des trochiques de minium 5 un fragment de potasse caustique que l'on introduit dans la plaie est d'un effet plus sûr.

L'inflammation qui se développe nécessairement dans les piqûres est le lésultat de la vive irritation qu'elles causent 5 ses effets sont d'autant plus à craindre que la plaie intéresse des tissus serrés et très résistants. Les piqûres des parties aponévrotiques et tendineuses, telles que les doigts, la paume des mains, etc., sont de ce genre. Pour prévenir l'étranglement, et la gangrène qui en serait le résultat, il est convenable de pratiquer de bonne heure des débridements. Tout le monde sait, par exemple, avec quelle promptitude s'évanouissent les douleurs atroces et les autres accidents du panaris après qu'il a été incisé.

Nous ne ferons que citer ici le danger que présentent les piqûres lorsque des viscères importants ont été lésés, ces sortes de plaies appartenant à celles dites pénétrantes , dans le diagnostic et le traitement desquelles nous ne pouvons entrer. Au reste, quand, par la direction d'une piqûre et par l'espèce de symptômes qui se développent , il est probable qu'un viscère a été lésé, il importe de soumettre immédiatement le malade au traitement antiphlogistique le plus actif ; mais il est de précepte de ne pas chercher à s'assurer par la sonde de la profondeur de la lésion, cette connaissance ne devant conduire, à moins de la présence de corps étrangers, à aucune vue thérapeutique nouvelle , tandis que le contact de l'instrument peut avoir les suites les plus funestes, en ajoutant à l'irritation et au désordre déjà produits.

Enfin il arrive , plus souvent pour les piqûres que pour les autres plaies, que le corps vulnérant soit resté dans les tissus en tout ou en partie. La raison en est ou flans la gracilité même des corps piquants ou dans leur fragilité : tels sont un morceau de verre, une épine, une écharde, une pointe métallique , etc. On s'assure de cet accident par l'examen du corps même qui a produit la blessure, ou en sondant la plaie avec un stylet. On débride la plaie; on extrait le corps étranger avec une pince. Si l'on ne peut y réussir, sa présence donne le plus souvent lieu à un abcès , dont l'ouverture est suivie de son expulsion , ou en facilite au moins l'extraction.

Ainsi 'donc , comme on le voit, l'incision est le moyen le plus convenable de faire cesser la plupart des accidents occasionés par les piqûres. On ne doit donc pas balancer à la pratiquer de bonne beure dans tous les cas où l'on juge qu'elle pourra devenir nécessaire.

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