‹ Traité de petite chirurgieChapitre 75 sur 96 · PLAIES CONTUSES · texte numérisé non relu

PLAIES CONTUSES

On nomme contusion l'impression que détermine sur nos tissus le choc d'un corps dur qui frappe par une surface d'une certaine étendue. La vitesse dont sont animés les corps contondants les distingue naturellement en deux séries. Les uns, tels qu'une pierre, un bâton , mis en mouvement par le seul fait de leur pesanteur ou par une force médiocre , ne déterminent qu'un cboc mou , à moins qu'ils ne soient d'un poids considérable. Les autres, au contraire, animés d'une vitesse considérable, frappent avec une extrême violence : ce sont les projectiles lancés par la poudre à canon. Nous ne parlerons pas de cette espèce de lésion , nommée plaies d'armes à feu. Comme elle consti-

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tue une branche spéciale de la grande chirurgie, elle ressort par cela même de notre sujet.

Les effets des corps contondants ordinaires varient d'après l'inclinaison suivant laquelle ils ont frappé nos tissus. S'ils tombent perpendiculairement, les parties, se servant d'appui à elles-mêmes, sont refoulées au-devant du coup, et ordinairement il n'y a pas de solution de continuité apparente au-dehors : l'effet produit se nomme alors contusion. Si, au contraire, le choc a eu lieu obliquement par rapport aux surfaces, les parties, entraînées par le mouvement du corps étranger, sont plus ou moins déchirées : cet accident se nomme plaies contuses. Mais de ce que la contusion ne présente pas de plaie , il ne faudrait pas en conclure que cette maladie en est moins dangereuse ; elle l'est davantage, au contraire, la force d'impulsion étant la même : car les tissus ont supporté tout le poids du coup, tandis que, dans la plaie contuse, le choc n'a fait qu'effleurer ou frôler plus ou moins les parties. Au reste , la distinction ici n?est que dans l'apparence extérieure, le danger, dans les plaies contuses comme dans les contusions, étant toujours proportionné à l'intensité de la contusion ellemême, c'est-à-dire à la force avec laquelle a frappé le corps contondant , au nombre et à l'espèce des tissus intéressés, et à la profondeur à laquelle le coup a porté.

Les effets de la contusion sont la dilacération et le broiement des tissus dans un degré proportionné à l'intensité de sa cause. Ces effets seront d'autant plus grands que les parties ont une texture plus dense, ou qu'elles ont un point d'appui plus solide. Ainsi , les parties molles seront contuses d'autant plus violemment qu'elles seront dans une moindre épaisseur appuyées sur un os contre lequel se sera épuisée la force du coup.

L'ecchymose causée par la dilacératiou des petits vaisseaux est le résultat nécessaire de toute contusion un peu violente. La quantité de l'infiltration sanguine est proportionnée au désordre produit, au degré de vascuîarité, à l'abondance et à la laxité du tissu cellulaire de la partie. Lorsque la contusion est violente , le sang forme dans le tissu cellulaire dilacéré des collections qui, parfois, sont considérables.

Les suites de la contusion varient suivant les tissus intéressés et le degré de violence que les parties ont éprouvé. Depuis la désorganisation immédiate jusqu'au degré le plus léger, cette maladie est susceptible de se présenter dans les nuances les plus variées. Une réaction inflammatoire a lieu aussitôt après l'accident', ses suites diffèrent d'après la nature des tissus intéressés. Les nerfs manifestent par de vives douleurs les désordres dont ils sont le siège. Les accidents dont nous avons parlé en traitant des piqûres peuvent être le résultat de la contusion de ces organes. L'inflammation consécutive à la contusion des grosses artères peut être suivie de leur rupture et de la production d'un anévrysme faux primitif; celle des tissus fibreux articulaires en amène parfois la destruction, et la carie des os des cartileurs cartilages. Enfin, les viscères situés dans les cavités splanchniques , le cerveau, le cœur, les poumons, etc., s'enflamment d'une manière aiguë ou chronique, après une contusion des parois des cavités qui les contiennent. Il n'est pas jusqu'à l'estomac et aux intestins qui n'aient été trouvés déchirés après des contusions qui cependant n'avaient produit aucune solution de continuité de la paroi abdominale.

D'après l'énumération que nous venons de tracer des accidents dont la contusion peut être suivie , on conçoit

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que le pronostic de cette maladie doit toujours être grave lorsque le choc a été violent. Le traitement sera proportionné au désordre produit.

Lorsque la contusion est légère, le gonflement et la douleur ne tardent pas à diminuer. L'ecchymose, qui d'abord était de couleur noire, devient rouge-brun-, elle s'entoure d'une aréole très étendue, de couleur jaune, marbrée de stries violacées. Ces diverses nuances deviennent de plus en plus claires, jusqu'à ce qu'elles soient remplacées par la couleur naturelle de la peau. La contusion, à ce degré, n'exige d'autre soin que le repos et quelques applications de compresses trempées dans des solutions résolutives , telles que l'eau salée , l'eau de Goulard , l'eau-de-vie camphrée très étendue, et autres de ce genre.

Si la contusion a été violente, sans cependant avoir désorganisé les tissus, c'est le cas où il se forme des collections sanguines sous-cutanées. Get accident offre pour caractère une tuméfaction légère, sans dureté, avec une coloration noire, qui pâlit sous la pression du doigt. Parfois il existe une fluctuation très sensible. Il ne faut pas se hâter de donner issue à ce sang épanché, l'expérience ayant appris que la résorption s'en fait quelquefois après un temps considérable. On en facilitera la résolution par des applications résolutives et par une compression méthodique. Si cependant l'emploi de ces moyens n'était, après un certain temps, suivi d'aucun effet, ou que la partie vînt à s'enflammer et qu'il s'y formât un abcès , on ferait une incision à la partie déclive de la tumeur, pour évacuer les liquides épanchés sous la peau.

Enfin lorsque, par suite de la chute d'un corps très per sant ou du passage sur une partie de la roue d'une voiture fortement chargée, les tissus ont été broyés et désorgani-

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ses, quand même la peau ne présenterait d'abord aucune division, la guérison ne peut plus avoir lieu sans que les parties mortes aient été séparées en eschares par l'inflammation éliminatoire. Ces affreuses contusions s'accompaguent ordinairement de fractures comminatives *, elles sont suivies des accidents les plus funestes, et très souvent mettent dans la nécessité de pratiquer l'amputation.

D'après ce que nous venons de dire des accidents de la contusion , on conçoit que les plaies contuses doivent rarement se réunir par première intention.

Ces plaies diffèrent entre elles par leur siège, leur direction , leur étendue et leur forme. Ordinairement elles présentent des lambeaux irréguliers plus ou moins frangés et morcelés 5 une ecchymose plus ou moins considérable s'étend des lambeaux aux parties voisines. La désorganisation n'affecte le plus souvent que les bords mêmes des lambeaux 5 en sorte qu'il ne se forme qu'une eschare superficielle. Fréquemment le désordre est encore moins considérable , et les parties , frappées seulement d'une légère stupeur, ne tardent pas à manifester les symptômes d'une vive réaction inflammatoire. Il est inutile de faire observer que dans les plaies contuses, comme dans les contusions simples , l'ecchymose qui résulte de la dilacération des petits vaissseaux est toujours proportionnée à la violence du choc produit.

Le traitement de ces plaies varie suivant que la lésion a été plus ou moins forte. Lorsque les parties n'ont été que déchirées et meurtries, on doit tenter la réunion' par première intention, comme pour les plaies par instrument tranchant : seulement il faut appliquer lâchement les bandelettes agglutinatives pour permettre le développement du gonflement inflammatoire qui doit survenir. On com-

bat ce dernier par l'application de cataplasmes émollients. En général, le fond de ces plaies, à la base des lambeaux . s'agglutine promptement , tandis que le sommet des lambeaux, où la contusion est le plus violente, suppure presque toujours un peu. Dans un degré plus élevé , le sommet des lambeaux , désorganisé par la violence du coup , ne tend point à se réunir et devient livide •-, une vive inflammation s'en empare ; la suppuration , qui s'établit , détacbe et entraîne les parties mortes -, lorsqu'elles sont tombées , le développement rapide des bourgeons charnus ne tarde pas à amener la guérison. On traite ces plaies par les émollients et les résolutifs en lotions , fomentations et cataplasmes. Lorsque la suppuration est établie, on rapproche leurs bords par des bandelettes agglutinatives pour en faciliter l'adhésion. Parmi les complications de plaies contuses, l'hémorrhagie et l'extraction des corps étrangers ne présentent aucune indication qui n'appartienne également aux autres solutions de continuité. Mais il est une circonstance spéciale qui réclame ici plus particulièrement l'attention du chirurgien : c'est la stase assez fréquente du pus à la base des lambeaux déclives. Comme cet accident pourrait avoir pour effet des décollements dangereux, principalement lorsque la maladie occupe le cuir chevelu, on en prévient le développement par une compression méthodique exercée à la base des lambeaux. Si cependant la collection purulente existait déjà, on lui donnerait issue au-dehors par une incision.

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