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PLAIES PAR ARRACHEMENT

On appelle ainsi les solutions de continuité opérées violemment par la déchirure de quelque partie du corps. Les parties proéminentes sur les surfaces y sont surtout expo-

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sées : telles sont les doigts, la main ou le pied, les membres supérieur ou inférieur tout entiers. La verge et les testicules, enveloppés par les vêtements et protégés par les cuisses, y sont moins exposés. Les plaies par arrachement n ont pas lieu indistinctement dans toutes les parties des membres *, les articulations en sont le siège presque exclusif. La raison en est dans la structure même de ces parties ; non seulement elles sont moins épaisses, mais en outre elles offrent déjà une interruption de continuité ou cavité centrale dont les parois assez minces ne sont composées que de tissus plus ou moins élastiques à la vérité, mais incapables de réagir par une force propre , comme le sont les muscles à la partie moyenne des membres. Cependant , lorsque la force qui produit l'arrachement est énorme, les muscles volumineux sont déchirés comme les autres tissus : tels sont les cas d'enlèvement du membre supérieur arraché dans son articulation scapulo-humérale.

Un fait particulier aux plaies de ce genre est l'absence d'hémorrhagie, même lorsque des vaisseaux de plus gros volume font partie de la déchirure. Tout le monde connaît à ce sujet le fait du meunier Samuel Wood, rapporté par Cheselden , dont le bras, entouré d'une corde, fut arraché par une roue de moulin ; ceux de Lamothe et de Carmicliaëî , de deux enfants chez lesquels la même cause produisit le même effet*, enfin, le cas de Bénomont, d'un enfant qui eut la jambe arrachée dans l'articulation fémorotibiale par une roue de voiture en mouvement : chez aucun de ces individus il ne survint d'hémorrhagie, malgré la capacité considérable des artères axillaire et poplitée. La cause de ce phénomène gît dans la rétraction de l'artère lésée, dont la tunique externe principalement forme audevant de l'extrémité du vaisseau un prolongement coni-

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que contourné en vrille, et qui s'oppose à l'écoulement du sang.

Dans ces sortes de plaies, les tissus déchirés forment des lambeaux irréguliers. Les tendons dépassent ordinairement de beaucoup le niveau des chairs. On doit égaliser la surface de la plaie avec l'instrument tranchant, bistouri ou ciseaux , afin de donner à la plaie la forme la plus régulière possible, sans cependant emporter un volume de chairs trop considérable, à moins que le désordre ne fût dénature à nécessiter l'amputation, comme dans le cas rapporté par Bénomont. Ordinairement la douleur est peu de chose au moment de l'accident.

Lorsque les plaies par arrachement ont mis dans les conditions propres à favoriser la réunion, on doit la tenter par première intention, mais toutefois en se tenant en garde contre l'hémorrhagie consécutive, dont il existe quelques exemples. Il est remarquable que ces sortes de plaies, lorsqu'elles ne sont pas compliquées d'une forte contusion , guérissent avec facilité, sans autre soin que de combattre îa réaction inflammatoire : c'est ce qui résulte des observations rapportées dans le tome 2 des Mémoires de V Académie de chirurgie , et ce que j'ai moi-même observé, pour des doigts arrachés , dans une grande fabrique où j'ai eu à traiter une vingtaine de malades , mais surtout des enfants que la nature de leur travail exposait fréquemment à cet accident.

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