‹ Traité de petite chirurgieChapitre 77 sur 96 · PLAIES ENVENIMÉES · texte numérisé non relu

PLAIES ENVENIMÉES

Ces plaies, étant produites par la dent ou l'aiguillon d'un animai, se rapprochent plus ou moins , quant à la lésion , des piqûres et des plaies conluses j mais elles diffèrent sin-

gulièrement des unes et des autres, et deviennent plus graves par l'introduction et le dépôt dans la plaie d'un venin ou virus qui, étant absorbé, donne lieu aux accidents les plus funestes et à la mort même. Présentées dans Tordre de leur moindre gravité, ces plaies sont : la piqûre d'abeille, celle du scorpion, la morsure de la vipère, celle des serpents d'Afrique, enfin la morsure des animaux enragés. Nous y joindrons, comme accident spécial, les piqûres des anatomistes.

Piqûre d'abeille. — L'abeille, la guêpe, le frelon, sont armés d'un aiguillon qu'ils insinuent, lorsqu'ils sont irrités, sous la peau des grands animaux , et de l'homme en particulier. L'aiguillon , d'après M. Duméril, porte à sa base une vésicule remplie d'un venin auquel il sert de conducteur. L'insecte, après la piqûre, l'abandonne dans la plaie } une vive douleur a lieu immédiatement -, elle est bientôt suivie d'une tuméfaction locale accompagnée de pulsations sensibles. Si un cordon nerveux est lésé, la douleur est atroce. Cabanis a été témoin d'un fait de ce genre. Si un essaim tout entier a déterminé sur la même personne un grand nombre de piqûres, la douleur et la tuméfaction avec rougeur, qui affectent aussitôt une surface étendue, sont suivies d'une fièvre symptomatique violente, et les accidents peuvent être portés au point de compromettre les jours du malade. M. Jules Cloquet a vu une femme qui, trois mois après un semblable accident, conservait un gonflement œdémateux avec rougeur au cou et au visage, ces parties ayant été couvertes de piqûres.

Le premier soin à prendre, après une piqûre de ce genre , c'est d'extraire l'aiguillon de la plaie. On fait ensuite sur la partie des onctions avec l'huile d'olive, l'eau de Luce, le laudanum liquide, le Uniment volatil camphré. Caba-

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nis, dans le cas cité plus haut , a employé avec avantage un bain huileux dans lequel on avait fait dissoudre de la thériaqueet de l'opium^ il recouvrit ensuite la partie de compresses trempées dans le même liquide. MM. Percy et Laurent conseillent les applications froides long-temps entretenues. Dans le cas où il surviendrait de l'inflammation et une fièvre vive, on les combattrait par un traitement antiphlogistique proportionné à leur intensité.

Piqûre du scorpion, — Elle est rarement suivie , dans le midi de la France, d'accidents très formidables. Ordinairement les seuls phénomènes qui se manifestent sont : la douleur, la tension, la chaleur, une coloration livide , et, parfois, le développement de quelques phlyctènes dans le lieu affecté. On traite ces accidents comme nous l'avons dit plus haut pour la piqûre d'abeille. Sous les tropiques , la piqûre du scorpion est beaucoup plus dangereuse. On lui applique le traitement dont on fait usage en France pour la morsure de la vipère.

Morsure de la vipère. — La vipère est commune dans le midi et dans le centre de la France. Ce reptile a de vingt à vingt-quatre pouces de longueur sur dixlignes à un pouce de diamètre à la partie moyenne de son corps -, sa peau est recouverte d'écaillés luisantes *, la face dorsale du corps delà vipère est d'un gris bleuâtre \ plus foncée sur le milieu , la nuance est plus claire sur les côtés -, elle est parsemée de taches noires dont la disposition est symétrique. La face inférieure est formée d'une série de larges écailles d'un noir violacé ; leur bord libre est d'une nuance plus claire. La tête de la vipère a la forme d'un cœur dont la base est en arrière. Elle se termine en avant par une sorte de museau saillant et retroussé. Cette partie est recouverte par une grande écaille trapézoïdale *, des autres écailles , celles qui protègent les

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yeux ont une certaine largeur , toutes les autres sont petites.

Les mâchoires de la vi père sont garnies de petites dents. La supérieure en présente deux grandes, une de chaque côté, que l'on nomme ses crochets à venin. Ces dents sont courbes , la concavité tournée en arrière et en haut, la convexité en avant et en bas ; elles sont mobiles d'avant en arrière. Intérieurement elles sont percées d'un canal qui s'ouvre par une fente étroite vers l'extrémité de la dent, sur sa face convexe. Le canal est rempli habituellement d'un liquide transparent et jaunâtre, qui est le venin ; il communique à la base de la dent avec une vésicule qui sert de réservoir au venin ; un amas de glandes de chaque côté en est l'organe sécréteur.

Le danger de la morsure de la vipère est d'autant plus grand que ce reptile, plus vigoureux et plus vif, est irrité, que le venin s'est amassé depuis plus long-temps, et qu'il a été introduit en plus grande quantité. La pernicieuse activité de ce fluide varie suivant d'autres circonstances tirées de la saison et de la disposition atmosphérique. Elle est en général d'autant plus grande que la température est plus élevée. Le siège de la morsure et la disposition physique et morale de l'individu qui en a été atteint ont également beaucoup d'influence sur les accidents qui peuvent en résulter. Ainsi, toutes choses égales d'ailleurs, les effets de la morsure seront à la fois plus rapides et plus intenses dans un lieu abondamment pourvu de vaisseaux et de nerfs que si elle affecte une partie dont la texture présente les conditions inverses *, et d'un autre côté, un homme robuste et courageux n'éprouvera que des effets légers, après une morsure, tandis qu'un individu faible et pusillanime en sera plus ou moins grièvemeut malade.

Les accidents qui suivent la morsure de la vipère se succèdent dans l'ordre suivant. A l'instant même on éprouve dans le lieu blessé une vive douleur qui se glisse de suite dans toute la longueur du membre, en produisant une sensation analogue à celle d'un trait de feu*, bientôt une tuméfaction livide environne la plaie 5 elle se borne quelquefois dans ce point, mais le plus souvent elle envahit promptement toute l'étendue du membre*, des plilyctènes apparaissent 5 un liquide sanieux découle de la plaie. Après quelque temps , à la tuméfaction inflammatoire succède un empâtement mou et œdémateux, la température de la peau baisse sensiblement, sa couleur devient cuivreuse, elle est tachetée de marbrures et de plaques violacées semblables à une gangrène commençante. A ces phénomènes, qui appartiennent au siège même de la blessure, se joignent des symptômes généraux : le malade éprouve de la faiblesse, une anxiété précordiale, de la dyspnée, des vomissements \ il a des sueurs froides ; sa peau jaunit:, les conjonctives ellesmêmes participent de cette coloration , leurs vaisseaux sont fortement injectés. Enfin l'épi gastralgie, le délire, de fréquentes lipothymies, indiquent le danger le plus éminent, et dont la mort est quelquefois le terme, malgré l'assertion contraire avancée par Fontana.

Dès qu'une morsure vient d'avoir lieu, la première chose à faire est d'entourer le membre d'une ligature fortement serrée pour empêcher les effets de l'absorption*, bien entendu que cetle ligature doit être placée entre la blessure et le cœur. Après cette première précaution prise, M. Barry conseille d'extraire le venin de la plaie en y pratiquant des scarifications, et déterminant une succion par la ventouse à pompe, que Ton laisse appliquée une demiheure. On doit à M. Piorry une observation où l'emploi

de ces moyens a été suivi du plus heureux effet. Quand , en raison des circonstances énumérées plus haut, il est probable que la morsure n'est pas très dangereuse, nous pensons que l'on peut se contenter de l'emploi de la ventouse; mais, si les premiers accidents sont assez graves pour faire craindre un résultat funeste, au lieu de chercher à déterminer la sortie du venin au-dehors, résultat que l'on n'est pas assez certain d'obtenir complètement, nous croyons prudent de préférer la décomposition de ce liquide dans la profondeur même de la plaie au moyen de la cautérisation. Peut-être pourrait-on combiner avec avantage ces deux moyens, c'est-àdire, après la ligature faite, dans les cas graves, commencer par extraire, par la succion de la ventouse à pompe, la plus grande quantité possible de venin, puis détruire ce qui peut en rester par la cautérisation. Nous renvoyons , pour ce qui a rapporta cette ern ère, au chapitre qui traite des ulcérations artificielles.

Les médicaments dont on a vanté l'efficacité contre la morsure des serpents sont en grand nombre; mais il ne paraît pas que les praticiens des différentes nations soient bien d'accord sur le degré de confiance que l'on doit accorder à la plupart d'entre eux. L'huile d'olive , d'abord tant préconisée, n'a pas justifié sa réputation. Tout le monde connaît la fameuse observation de Bernard de Jussieu, et le bon effet qu'il avait obtenu de l'eau de Luce employée localement et à l'intérieur. Le malade était un étudiant en médecine, qui fut piqué par une vipère pendant une herborisation aux buttes de Montmartre. Jussieu bassina immédiatement la plaie avec de l'eau de Luce, et en fit prendre au malade six gouttes dans un verre d'eau. Après quelque temps, il survint une lipothymie : une nouvelle dose du médicament la fit cesser. Le malade éprouva néanmoins

quelques accidents assez graves, mais qui se dissipèrent à l'aide de transpirations abondantes, par l'usage du môme remède, dont il prenait deux fois par jour deux gouttes dans un verre d'une infusion théiforme. La plaie fut pansée les jours suivants avec une sorte de savon formé de quelques gouttes d'ammoniaque dans de l'huile d'olive. La guérison était parfaite au huitième jour.

Depuis, quelques observations ont été ajoutées à celleci. Nous citerons entre autres deux faits rapportés nouvellement par M. Richard, et un que l'on doit à M. Barry, où l'ammoniaque a été employée avec succès. Nous devons donc conseiller l'usage de ce traitement, qui parait avoir toujours réussi pour les simples morsures de vipère; mais on connaît des faits où l'ammoniaque a été insuffisante contre la morsure des grands serpents de la zone torride , et en particulier des serpents à sonnettes.

Des moyens nombreux ont été employés contre la blessure faite par ces animaux. On doit à M. Ireland cinq observations où la guérison a suivi l'emploi de l'arsenic dans des cas de morsure par le trigonocéphale des Antilles. Jusque alors on avait toujours vu périr en six ou sept heures tous ceux qui avaient été blessés par ce redoutable reptile. La solution arsenicale employée était celle du docteur Fowler, On en avait porté la dose à la valeur d'un grain d'arsenic uni à une pareille quantité de sous-carbonate de potasse, avec addition de dix gouttes de laudanum, le tout étendu dans une once et demie d'eau de menthe poivrée. On en fit prendre au malade pendant quatre heures, eu ajoutant du jus de citron. Les plaies furent pansées à peu près comme à l'ordinaire, avec un mélange d'ammoniaque et d'huile. Dans un cas où les symptômes de la morsure de la vipère pourraient faire craindre une issue funeste,

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on pourrait, si l'ammoniaque restait sans effet, employer de ce moyen , en observant cependant par prudence de graduer les doses de manière à ne pas faire prendre plus d'un vingtième de grain à la fois et pius d'un tiers de grain dans la même journée. Au reste, pour résumer, nous regardons comme beaucoup plus simple dans les cas graves, après une forte ligature, l'emploi de la cautérisation.

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