DE L'ART PHARMACEUTIQUE ET CHIMIQUE
Le nom de Pharmacie dérive du grec *a^axov, medicamentum (0; il désigne un art qui enseigne à connaître, choisir, conserver, préparer, et surtout mêler ou plutôt combiner les médicamens convenablement à leur nature.
La matière médicale, c'est-à-dire l'histoire natureUe des substances prises des trois règnes, et qui sont capables d'agir sur le corps humain, doit être d'abord étudiée à part sur ces substances mêmes. C'est une connaissance de la plus haute importance à acquérir, puisqu'on ne saurait rien préparer sans elle, et que l'erreur d'un médicament pris pour un autre peut causer souvent des malheurs irrémédiables.
Mais cette étude devient trop vaste pour être ici placée dans un cadre étroit, qui n'offrirait guère qu'une stérile nomenclature des objets employés. Nous devons donc supposer qu'on possède des notions suffisantes de matière médicale, pour pouvoir se livrer avec avantage à la pharmacie pratique proprement dite. Nous en avons traité à part dans notre Histoire naturelle des médicamens (in-8° un vol. ). Cette étude préliminaire, en effet, devient de nécessité absolue; car que peut-on faire si l'on ne connaît pas d'abord les substances avec lesquelles on doit agir?
(») Ce même terme signifie aussi venenum, car les poisons à petite dose sont encore des remèdes héroïques. L'ancienne expression , "ùpothicairtrie , vient dV.Mx», officine, heu où l'on place des boîtes, etc. ; ce qui appartient aussi bien aux droguistes et aux épiciers.
Le choix ou Y élection des médicamens est indispensable avec la connaissance des médicamens simples; il indique nonseulement les marques auxquelles on reconnaît les sulistances de bonne qualité, et comment on les discerne des moins bonnes, ou des avariées, gâtées, etc., mais encore le temps auquel il faut les recueillir, la manière de les se'cher, de les conserver sans détérioration, etc.
La préparation consiste en certaines opérations que Ton fait subir aux substances simples, pour les rendre plus propres aux usages médicinaux, ou bien à entrer dans d'autres compositions.
La mixtion enfin , ou plutôt la combinaisonj a pour but de former des composés médicamenteux appropriés aux cas morbides; mais cette partie de l'art, qui constitue le plus essentiellement Part pharmaceutique , ne peut, en aucune manière, être séparée de la chimie. Celle-ci, née dans les laboratoires des premiers pbarmaciens, y doit présider sans cesse à tous les mélanges, et aucun peut-être de ceux qu'où croit les plus indiiférens, n'est sans quelque eil'et chimique.
Il s'ensuit qu'on ne peut plus distinguer, comme on le faisait jadis, la pharmacie en gaféniaue (du nom de Galien), ou consistant en de simples mixtions, telles que la thériaque, par exemple; et en pharmacie chimique, ou des corps minéraux.
La division de la pharmacie d'après les règnes de la nature, comme celle des corps inorganiques ou minéraux, qt celle des corps organiques, végétaux et animaux, n'est pas mieux fondée, puisqu'il y a mille compositions qui renferment des corpsde ces trois règnes, et qu'on fait sans cesse réagir des substances minérales sur les végétales ou les animales, et réciproquement.
Il importe donc, de toute nécessité, de connaître les lois générales de la chimie et des diverses attractions des corps entre eux, avant d'entreprendre la moindre mixtion des médicamens , de son propre chef; autrement on n'opère qu'au hasard, ou l'on risque de faire des combinaisons absurdes ou téméraires.
Les médicamens les plus simples que présente la nature, ne sont pas, la plupart, simples, bien qu on leur en donne souvent le nom. Qu'y a-t-il de plus compliqué souvent que les divers matériaux immédiats qui se trouvent dans une plante? Cependant l'on donne comme simple la poudre ou l'infusum d'un végétal.
Il est presque impossible , dans l'état de nos connaissances actuelles, de présenter une classification exacte et complète des médicamens simples, ou de proposer une division des médica-
mens composes, à l'abri de tout défaut. C'est pourquoi nous avons cru devoir, dans cette édition , offrir les résultats des recherches chimiques modernes sur les principes immédiats des végétaux et des substances animales, après avoir exposé Jes lois générales de la combinaison et de la décomposition des corps, minéraux surtout.
Nous traiterons ensuite du laboratoire et de l'officine, c'està-dire, des instrumens, des vases et autres moyens opératoires de l'art pharmaceutique et chimique. La connaissance de la physique générale et particulière , de la mécanique , des mathématiques, y paraîtra sans doute indispensable dans la plupart des opérations.
L'art de bien formuler n'est pas plus à dédaigner du médecin que du pharmacien, parce qu'il ne leur est pas permis de mélanger des corps qui, en'se décomposant souvent mutuellement, procurent tout autre effet que celui qu'on attendait; il en résulte même de tristes preuves d'une stupide ignorance, digne de risée et de mépris, outre les dangers réels que cette ignoble impéritie fait courir aux malades. Il en serait de même d'un chirurgien qui prétendrait pratiquer une amputation sans connaître l'anatomie. Or, il ne convient pas que le médecin puisse se plaindre de l'ignorance du pharmacien , et lui attribuer les dangers que court un malade, comme il ne convient pas qu'un médecin s'expose à prescrire des formules inexécutables ou ridicules, qui le feraient taxer d'ignorance par le chimiste. Il appartient au médecin d'être le plus instruit, comme au pharmacien de connaître à fond l'art chimique.
Quelle que soit la distribution des médicamens dans les différentes pharmacopées, il est assez peu important de placer devant pu après, telle ou telle composition, pourvu qu'on ne confonde point les genres. Ainsi, l'on ne. divisera point absolument les médicamens en internes et en externes; car si l'on dit, par exemple, que les mellites, ou compositions de miel, sont internes, on présentera l'oxymel cuivreux, ou onguent égyptiap, qui n'est jamais qu'externe. Si l'on s'attache trop exclusivement à désigner les médicamens en magistraux, ou extemporanés, et en officinaux, ou qui peuvent se garder long-temps et qu'on prépare d'avance, on verra j\ae plusieurs formules peuvent être à la fois magistrales et officinales.
Nous avons vu qu'il n'y avait presque point de médicamens simples, si ce n'est peut-être du soufre, du mercure, etc.; inais tout végétal, toute combinaison minérale, jusqu'à l'eau, à l'acide sulfurique, etc., est déjà composé d'élémens divers.
Qu'y a-t-il de simple dans la nature? Et si nous appelons simple ce que nous ne combinons pas nous-mêmes, on avouera qu'une seule prise de poudre de rhubarbe ou de quinquina contient plusieurs principes immédiats des végétaux, et ne peut pas être indifféremment mêlée à toute autre substance.
D ailleurs, une substance fort composée, comme le sont la plupart des corps animaux et végétaux, n'est pas, pour cela, une substance combinée, comme le seraient du sulfure d antimoine ou de mercure, ou un sel neutre. Dans ce dernier cas, la combinaison est plus ou moins exacte et parfaite ; mais les produits organiques de la nature, quoique formés d'élémens variables dans leurs proportions, ont cependant une sorte de constance à laquelle on se confie : on les regarde comme simples, bien qu'ils le soient moins que la plupart des combinaisons minérales. Or, quand on opère un mélange de matières végétales ou animales, avec des minéraux, ceux-ci, presque toujours les plus actifs, et jouissant pour la plupart d'affinités plus fortes, décomposent, détruisent, ou tout au moins modifient les corps organiques , plus que ceux-ci ne transforment les combinaisons minérales , généralement parlant.
Les substances organisées offrent aussi plutôt des radicaux combustibles, tels que le carbone, l'hydrogène, l'azote; et les matières inorganiques sont plus communément des radicaux comburés, ou comburans, ou oxygénés.
Il s'ensuit encore que les médicamens minéraux possèdent, la plupart, des propriétés actives, énergiques, et par là souvent dangereuses sur tous les corps organisés vivans; au contraire, les substances végétales et animales, même celles qui empoisonnent, ne sont pas des poisons pour tous les êtres animés; elles servent même parfois d'alimens : ainsi le hérisson mange des cantharides sans danger, et des insectes vivent des végétaux les plus vénéneux , etc.
Nous avons adopté pour division de ce Traité, Tordre le plus simple et le plus facile : nous exposons d'abord les médicamens magistraux internes et externes ; ensuite, nous entrons dans l'étude du dispensaire ou code officinal, et nous consacrons un livre aux compositions internes dont la consistance n'est pas liquide. Les médicamens internes officinaux , dont la consistance est liquide , composent la matière d'un autre livre, et nous rangeons les topiques , ou les médicamens officinaux externes, à la suite, dans une section à part. Enfin, nous passons aux combinaisons chimiques proprement dites, usitées en pharmacie , partie considérable aujourd'hui. Les préparations
chimiques sont naturellement distribuées en trois genres principaux, en minérales, en végétales et en animales. Nous terminons tout l'Ouvrage par quelques considérations sur la décomposition des corps animaux.