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DES EAUX ODORANTES

TlttÉES, PAR DISTILLATION, DES VÉGÉTAUX.

L'objet de la distillation de l'eau sur les plantes étant d'en extraire les arômes, l'huile volatile {voyez ces articles, p. 34 et suiv.), et les eaux distillées n'agissant que par ces parties des végétaux, nous n'avons pas dû séparer leur examen de celui des huiles essentielles.

Actuarius est le premier auteur qui ait fait mention des eaux distillées. 11 parle, ainsi que Mésué, des eaux de rose et d'absinthe.

Il est certain que les eaux distillées des plantes odorantes jouissent de propriétés bien décidées; mais on a lieu de douter des vertus des eaux tirées de plantes inodores : la plupart n'ont qu'une saveur absolument insipide, nulle odeur, si ce n'est quelquefois celle d'herbe ; c'est pourquoi maintenant on en supprime l'usage. Il y a pourtant quelques distinctions à faire. Toute eau inodore, insipide, n'est pas toujours sans quelque qualité, qui d'abord échappe à la grossièreté des sens extérieurs, mais dont l'effet se marque sur nos organes internes plus délicats. L'eau de morelle noire, ou de laitue, de pi- Poine, etc., paraît presque de l'eau pure au goût, à l'odorat : cependant elle n'est pas sans quelque action ; et celle-ci se marque bien plus, lorsqu'on cohobe plusieurs fois cette eau sur de nouvelles plantes. Par ces cohobations très-répétées (trois fois ou même six fois), on parvient à charger l'eau distillée d'une quantité plus sensible d'arome ou d'huile volatile, et à la rendre somnifère, etc. Celle de fleurs de petite centaurée prend, selon l'observation de M. Deyeux, une odeur extrêmement vive et piquante par ce procédé, bien que la fleur n'ait presque aucune odeur sensible. On peut ainsi concentrer les arômes des plantes inodores. On ne peut pas dire que celles de bluet, de pourpier, de joubarbe, ne contiennent absolument rien; au contraire elles ont un principe mucilagineux assez abondant, qui se décompose bientôt;la pariétaire tient du soufre; celle de bourrache, cohobée plusieurs fois, se putréfie dans l'es pace de quinze jours. Toutes les eaux distillées simples doivent être renouvelées chaque année; mais c'est surtout quand on les exp ose à la lumière, et qu'on les bouche trop hermétiquement, qu' elles se gâtent le plus. Il faut donc les tenir dans l'ombre, en lieu frais, et ne les fermer que par un simple cornet de pa- ( p'vcr. Quand elles ont des flocons muqueux, on doit les passer. Un peu de borax et d'alun peuvent précipiter sur-le-champ

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ces flocons et les rendre très-limpides ; mais ce procédé ne convient pas pour l'usage interne de ces eaux. Celles de bourrache et de pariétaire, ou d'autres plantes mucilagineuses analogues, sont légèrement acides après la distillation; mais peu de jours s'écoulent, et elles deviennent bientôt ammoniacales, et verdissent alors le sirop de violettes. Il faut les renouveler. L'eau distillée des fleurs de bourrache n'a pas le même inconvénient de se décomposer. Il est vraisemblable que l'eau de fleurs d'oranger, qui vient de Provence, se garde plus long-temps que toute autre, parce qu'on y ajoute un peu d'eau-de-vie ; néanmoins, il se pourrait que la forme des alambics dont on se sert pour la làire, contribuât à la rendre moins corruptible. En effet, les anciens alambics, dont le chapiteau est séparé de la cucurbite par un col long et étroit, empêchent que, dans le bouillonnement , il ne s'élance jusqu'à la rigole du chapiteau des parties mucilagineuses du décoctum de la cucurbite. Decroisilles attribue même à cette dernière cause la facile corruptibilité des eaux distillées à feu nu; ce qui n'arrive pas à celles distillées au bain-marie, qui ne bouillent pas.

De plus, tous les principes volatils des végétaux ne s'élèvent point au même degré de chaleur; quelques-uns sont plus adhérons ou mieux combinés ; la texture plus ou moins dense de la plante , l'eau de végétation , ou les substances mucilagineuses trop abondantes chez plusieurs herbes récentes, empêchent l'ascension de leurs principes volatils. C'est pour cela qu'il convient de diviser les matières compactes. Ainsi, on râpe les bois, on concasse les écorces, on brise les tiges, les feuilles; et on fait macérer à froid ces substances, afin que l'eau les pénètre bien. On ne risque rien de piler les plantes inodores avant de les soumettre à l'alambic ; mais ce procédé ferait perdre une partie de l'arôme aux plantes odorantes : cependant les baies de genièvre, de laurier, etc., fournissent plus d'huile volatile étant concassées , qu'entières.

11 serait inutile de distiller les plantes inodores au bainmarie, dans lequel l'eau ne s'élève qu'à 6o° de chaleur; on n'obtiendrait que de l'eau fade ; il vaut mieux les traiter à l'eau bouillante dans la cucurbite. Il en est de même des plantes aqueuses et mucilagineuses. D'ailleurs on admet alors une plus grande proportion d'herbes et moins d'eau , que pour les distillations de végétaux odorans. Ainsi les eaux distillées de fleurs de petite centaurée, de nénuphar, de pivoine, de coquelicot, etc., seront tirées à moitié, de vingt livres d'eau, par exemple, sur cinq livres de ces fleurs. Lorsqu'on veut distiller des plantes très-aquèusesy d'odeur fugace , comme les liliacées ,

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les iris , les narcisses , on les place même sans- eau dans le bain-marie, et on distille à siccité ; leur eau de végétation suffit, et une plus haute chaleur détruirait leur arôme, qui est de peu de durée. On peut tirer de même les eaux essentielles des fruits succulens.

L'expérience fait voir aussi que des plantes labiées, comme l'origan, le serpolet, ou des ombellifères et plusieurs autres, fournissent une plus grande abondance d'huile volatile et d'eaux odorantes, lorsqu'on les prend sèches, plutôt que fraîches; les eaux de fleurs de sureau, de muguet, de tilleul , se conservent aussi beaucoup mieux , et sont plus suaves alors. Mais il n'en est pas dp même de toutes les plantes; car quelques-unes perdent leur arôme, ou du moins une partie , par la dessi cation. Les écorces d'oranges, de citrons, de cédrats, récentes, rendent plus d'huile volatile qu'étant sèches; celle-ci donnent plutôt des eaux très-aromatiques ; de même, la rhue, la menthe aquatique, qui, fraîches, fournissent abondamment des eaux odorantes, donnent peu d'huile volatile, et presque rien après leur dessication. Les liliacées perdent tout en se desséchant. Bucholzsoupçonne que leur huile volatile se transforme en mucilage, et se putréfie dans les eaux distillées.

On peut tirer une eau vulnéraire simple par une distillation des espèces aromatiques ou vulnéraires au Codex (voyez page i84).

Il faut délayer dans une suffisante quantité d'eau les plantes mucilagineuses, qui s'attacheraient à l'alambic, et, en brûlant, communiqueraient de l'empyreume à l'eau distillée. On doit éviter surtout que la matière trop brusquement échauffée ne se soulève jusqu'au chapiteau, et ne passe au récipient. Ceci arrive surtout dans la distillation des roses ou autres fleurs qui, étant plus légères que l'eau, forment à sa surface une couche épaisse, un chapeau plus ou moins dense, et que les vapeurs soulèvent, au lieu de la traverser. Quand cet accident arrive, il faut promptement nettoyer l'intérieur du chapiteau, et refaire la distillation en ménageant mieux le feu , surtout dans le commencement. On ne doit, du reste, jamais emplir la cucurbite plus des deux tiers. Lorsque les plantes doivent dégager d'abord beaucoup de gaz, comme plusieurs labiées, il ne faut pas luter trop exactement les jointures, mais laisser quelque issue a l'air; on lute davantage pour les plantes peu odorantes, afin de ne rien perdre.

La proportion de l'eau varie selon la texture du végétal; il en faut davantage pour les substances denses y les labiées en exigent peu , ainsi que d'autres plantes légères. Ainsi les som-

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unités d'hyssope, de. mélisse, de lavande, de sauge, de thym, de menthe simple et poivrée, de scordium, etc., n'en exigent pas plus que celles de fenouil, de tanaisie, de matricaire, de véronique, etc. On met d'ordinaire vingt parties d'eau sur cinq de fleurs. On ne doit guère extraire que la moitié de l'eau , pour ne pas brûler le résidu. Les premiers produits sont fort suaves et laiteux , quand on distille des herbes très-odorantes ; ils ^contiennent la portion la plus légère , la plus éthérée de l'huile volatile. Les seconds produits fournissent un liquide très-odorant doublement chargé (eau de fleurs d'oranges double, de roses double, etc.), et la plus grande partie de l'huile .volatile surnage : ce qu'on retire au-delà n'est plus que de l'eau moins odorante, et qui commence à sentir l'empyreume. Quant aux semences d'ombellifères , telles que coriandre, anis, fenouil, angélique, persil, carvi, et aux baies de genièvre, il suffit de mettre deux parties de ces semences ou baies, et quinze parties d'eau, pour en tirer quatre par distillation.

L'eau distillée de cannelle, ou de cascarille, de sassafras, de girofles, de bois de roses, se fait avec deux parties delà substance, seize parties d'eau, dont on retire la moitié.

Hoffmann recommandait de faire dissoudre dans l'eau à distiller, du sel marin, afin que la plus grande densité de cette eau lui permît de s'échauffer beaucoup, et de réagir avec plus de force sur le végétal. Cette pratique n'offre cependant aucun résultat plus avantageux qu'à l'ordinaire; etl'action del'hydrochlorate de soude, quoique sel neutre, paraît nuire plutôt qu'aider. Le végétal peut contenir souvent d'autres sels capables d'opérer des décompositions. Si l'on voulait toutefois conserver des fleurs d'oranger pour les distiller long-temps après au besoin, on pourrait les imprégner de sel marin, comme lés chairs qu'on garde dans la saumure. En pilant, par exemple , ' des roses avec du sel blanc, sans eau, on forme une pâte odorante qui se garde, sans altération, jusqu'en hiver; il suffit de la délayer dans de l'eau pour la distiller; on obtient une eau de roses plus suave qu'avec des roses sèches. Hilaire Rouelle recommandait ce moyen pour les autres fleurs aussi. Car il est certain que même la couleur bleue des violettes, de l'iris, etc. , se conserve par ce moyen, et reste également sensible à l'action des acides et des alcalis. On ne doit employer ce procédé que pour les végétaux qui perdent de leurs propriétés par la dessication, et pour ceux dont les eaux distillées se conservent mal.

Homberg conseillait à un parfumeur, qui lui disait qu'en distillant cent livres de roses il n'obtenait pas une once d'huile

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volatile (ce que Hoflbiann et Tackenius confirment), de faire macérer ces roses dans une eau acidulée par un peu d'acide sulfurique, avant de les distiller. Par ce procédé, le parfumeur obtint un tiers de plus d'huile volatile (Mém. Acad. Se. ,17 00. )

Mais il faut alors opérer dans des cucurbites de grès pour plus de sûreté. Le fenouil est dans le même cas.

Le même chimiste imagina aussi, le premier, le récipient I florentin ou à l'italienne , que nous décrirons plus loin. L'eau I chargée de sel marin est préférable toutefois à celle chargée I d acide sulfurique. I

En macérant des doux de girofle concassés, dans de l'éther, et en délayant ensuite cet éther dans suffisante quantité d'eau, il se dépose de l'huile volatile de girofle, que l'éther avait séparée du végétal. On obtient, par ce moyen, des huiles essentielles de divers végétaux, et même du quinquina, sans recourir à la distillation*. Mais ce moyen dispendieux est inusité.

On a remarqué que les eaux distillées des herbes inodores n'étaient point aussi dépourvues de qualités qu'on l'avait pensé, il s'élève, de ces végétaux, des substances qui donnent à leurs eaux d'utiles propriétés. Telle est celle de l'eau de potentilie ansérine usitée pour la soie qui sert à faire la gaze (Deyeux , ' Annal, chim., no 168). Telle est l'eau de bourrache, distillée avec soin ; elle contient, outre de l'acide carbonique , un principe végétal qui désoxyde les substances métalliques , et qui est, selon nous, du gaz hydrogène carburé. Quant à l'eau de laitue vireuse , on rend visible l'huile volatile fétide qu'elle contient , en versant un peu d'alcool rectifié à 37 0 dans cette eau.

Plus on recohobe les eaux distillées sur de nouveaux végétaux, plus on obtient celles-ci laiteuses, chargées d'huile volatile ; plus on distille en grand , plus la proportion des huiles volatiles est considérable; plus l'on choisit les herbes, dans les années sèches, et les saisons très-chaudes, dans leur point le plus parfait de vigueur, et plus elles rendent d'huile volatile.

Les fruits doivent être pris dans leur état de maturité, Jes fleurs avant que la floraison soit trop avancée , les feuilles et sommités avant la floraison, les racines avant la germination.

Chez les labiées, l'huile volatile réside dans les sommités; chez les ombelliferes, dans la racine et la graine surtout; chez les rosacées, dans le calice et les pétales ; chez les hespérides, dans l'enveloppe du fruit et la fleur; chez les lauriers, les crucifères, dans tout le végétal; chez la benoite, la valériane, dans la racine -, etc. (0.

(') Les huile* iixeg sont de meilleurs excipiens des huiles volatiles ifue l'eau.

EAUX ET HUILES VOLATILES. 5i3 Quoiqu'on pense d'ordinaire que les seules huiles volatiles passent à la distillation, cependant les eaux, même de plusieurs plantes inodores, contiennent évidemment d'autres principes. Au bout de plusieurs mois, il s'y forme des flocons muci lagineux, que plusieurs botanistes croient être des conferva étiolées, sortes de plantes de Tordre des algues : ces eaux deviennent, ou acidulés, ou alcalines, preuve qu'elles recèlent des principes végétaux qui ont passé à la fermentation acide ou putride ; c'est pourquoi elles sentent ou l'aigre ou le croupi. L'odeur de feu qu'elles présentent d'abord, annonce qu'elles entraînent un peu d'acide pyroligneux (sorte d'acide acétique sali par une huile empyreumatique ). Pour dissiper cette odeur, on les expose au soleil pendant quelques jours, et seulement couvertes d'un papier. En les plongeant dans un bain, de glace, cette odeur disparaît sur-le-champ; on les conserve à la cave ou en un lieu frais et obscur, et peu couvertes. Jl paraît qu'en ajoutant un peu d'alcool aux eaux odorantes ( #a environ), elles se conservent très-long-temps sans altération.

Les résidus de la distillation fourniraient des extraits; mais la longue et forte ébullition qui les a privés de tout arôme, et qui a dû altérer leurs principes, ne laisse à ces extraits que très-peu de qualités. On pourrait leur rendre toutefois un peu d'huile essentielle, sur la fin de la concentration.

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