‹ Traité de pharmacie théorique et pratique, contenant les élémens, l'analyse et les formules de tous les médicamensChapitre 41 sur 142 · HUILES, GRAISSES, SUIFS · texte numérisé non relu

HUILES, GRAISSES, SUIFS

Dans le» quadrupèdes carnivores, la graisse est très-fluide, d'odeur désagréable ; chez les herbivores elle est plus concrète et presque inodore; les ruminans forment tous du suif seulement. Les scrophuleux ont la graisse très-dure, les scorbutiques l'ont molle. Ceux qui ont une graisse dure, qui d'ailleurs paraissent se bien porter, sont cependant menacés de scrophules.

On peut tirer de l'huile de tous les poissons. Elle est trèslluide et très-hydrogénée dans le lard des cétacés. Toutes les huiles de poissons exposées à l'air déposent plus ou moins dans le commencement du blanc de baleine ou la cétine (nous en traitons plus loin). Souvent extraites par cuisson et par expression , elles retiennent une grande quantité de gélatine qui les rend plus visqueuses. On les en débarrasse en les agitant avec ihi peu d'acide sulfurique, qui précipite en fèces cette gélatine oxydée et brunie. Ces huiles visqueuses conviennent pour corroyer les peaux, et pour brûler, ou pour faire des savons animaux. Elles sont plus tenaces et plus grasses que les huiles végétales. La graisse des tortues marines est verte.

Le beurre est plus abondant dans le lait des brebis, ensuite celui de vache et des autres ruminans, mais en petite quantité dans ceux de femme et des animaux non ruminans. L'huile tirée des jaunes d'œufs est un peu concrète et de la nature du beurre, qui, moins animalisé que les graisses, se rapproche plutôt des huiles végétales. Il tient moins d'azote que d'autres produits animaux. Combiné aux terres^ le beurre se durcit. M. Chevreul a trouvé, outre la stéarine et l'élaïne composant le beurre ainsi que les autres corps gras, un acide qu'il nomme butyrique, un principe colorant et une substance odorante. On colore le beurre en jaune avec divers principes colorans , tels que la carotte et le safran.

MM. Chevreul et Braconnot ont séparé les graisses et huiles animales en deux produits , l'un épais et gras comme du suif (ffreap), d'où on lui a donné le nom de stéarine ; l'autre liquide, coulant comme l'huile (ùmqv), d'où l'on a tiré le nom aélaïne. Plus Tune ou l'autre de ces substances prédomine dans un corps gras, plus il le rend ou solide ou fluide. On les sépare au moyen de papiers non gommés qui absorbent l'élaïne et laissent à sec la stéarine.

Celle-ci est blanche, susceptible de cristalliser en étoiles aiguillées; solide à la température ordinaire, elle ne se fond qu'à 38° centigr. Insoluble à l'eau, elle se dissout dans l'alcool et l'éther chauds, en quantités variables selon les espèces, ne donne point d'ammoniaque au feu; se combine

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aux alcalis et forme des savons ; selon M. Chevreul , elle a changé de nature alors et se trouve à l'état d'acide margarique avec un peu d'acide oléique et de principe doux. La stéarine s'observe dans toutes les graisses et suifs, et même dans la matière grasse des insectes (le kermès, la cochenille, etc.), et aussi dans les huiles fixes végétales, la cire, le jaune d'oeuf; etc.

LTélaïne, qui n'a pas toujours la même densité, ou pesanteur spécifique, est toujours fluide à 6° -f- o, plus légère que l'eau, insoluble, fade, incolore ou jaunâtre, transparente; l'alcool bouillant en dissout presque son poids qu'il dépose. Combinée aux alcalis, elle forme un savon, lequel est constitu&de beaucoup d'acide oléique, d'un peu d'acide margarique, saturés par l'alcali, et d'un peu de principe doux, soluble.

i° Des cires; 'a° des résines animales ; 3° des cérumens fournis

par des glandes sébacées.

, 1» La cire des abeilles paraît être formée, soit seulement avec le miel et le sucre, selon la remarque de M. Huber, soit du pollen des fleurs, travaillé dans le corps de ces insectes, au moyen d'un acide animal; est disposée en cellules hexagones, dont la réunion compose les gâteaux alvéolaires ou rayons qui contiennent le miel et le couvain. Huber de Genève pensait qu'elle était exsudée d'entre les segmens du corps des abeilles , et formée du miel même digéré par ces insectes. La cire est de nature plus végétale qu'animale, inflammable , insoluble dans l'alcool à froid qui la rend friable (par ce moyen, on enlève les taches de cire sur les étoffes), dissoluhle dans l'alcool et dans l'éther bouillans , mais s'en précipite par le refroidissement; elle se fond à 68° therm. centigr. On sophistique la cire jaune en la faisant fondre avec de la fécule Qu'on y mélange. Pour le reconnaître on fait dissoudre la cire dans de l'essence de térébenthine, on lave à l'alcool, et la fécule se dépose. La matière colorante jaune, d'odeur agréable de cire, se détruit par l'exposition à l'air et à l'humidité; c'est ainsi qu'on blanchit la cire, ou par le moyen du chlore; l'acide nitrique la décolore aussi, mais l'attaque; les acides concentrés la brûlent ; l'acide sulfuriu^ue concentré décompose la cire fondue; les acides nitrique, hydrochlorique et le chlore n'agissent que sur sa partie colorante pour la décomposer; les acides végétaux sont sans action sensible ; les alcalis forment avec elle un savon qu'on nomme encaustique, ou cire punique, qui , mêlé à des couleurs , sert à enduire et peindre des boiseries d'appartemens, etc. La cire entre dans les ongucns, les cé- 1. 6

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rate) les emplâtres; sert pour les bougies, les luts, etc. On la purifie par la liquéfaction dans l'eau bouillante; est Composée de carbone 81,784, hydrogène 12*673» oxygène 5,544, selon MM. Thénard et Gay-Lussac. La, cire de plusieurs végétaux (du cirier gaié, du croton, etc.)» sert aussi en bougies; toutes donnent, par la distillation à feu nu , de Feau, de l'acide acétique, de l'huile empyreumatique acre, des gaz hydrogène carbone' et acide carbonique. La ciie mêlée de suif, s'en sépare en partie par une liquéfaction lente; le suif tombeau fond.

La propolis est une cire plus molle , plus brune , dont les abeilles enduisent l'intérieur des ruches; paraît amassée par ces insectes sur les bourgeons des arbres et les boutons des fleurs. Soluble dans l'alcool, la propoiis se rapproche de la nature des résines, et en particulier du baume du Pérou , car elle a l'odeur de l'acide beuzoïque; en contient, ainsi que du tannin. On s'enjsert quelquefois en forme d'emplâtre.

20 Les résines animales se séparent » d'ordinaire » au moyen de l'alcool. La plupart des insectes founaissent une matière analogue ; la fourmi rouge donne une résine rouget liés *àhtharides ont présenté à M. Robiquet une huile gvassé verte, non vésicante, une matière noire insoluble à l'eau, non vésicante, une matière jaune vésicante , dé laquelle l'étker sépare un principe cristallin, en feuillets blancs, très-vésicattt , de l'acide urique, acétique, des phosphates de chaux, de magnésie , etc. L'huile jaune» fétide, Acre, qui sort des articulations des proscarabées (meloë), est soluble dans les huiles, et de nature résineuse comme la matière colorante des cochenilles, et kermès (coccus), qui se dissout en partie dans l'eau. La bile, l'ambre gris, le musc, la civette , le castoréum, donnent des résines solubles dans i'alceol. L'ambre fournit Yambréinè.

3° Les cérumens sécrétés par des glandes particulières sont de plusieurs sortes. Le musc » en partie soluble à l'eau , refuse de s'unir aux Lui les. L'alcool, en le dissolvant-, altère son odeur; les alcalis en dégagent de l'ammoniaque; matière sèche, brune, grumeleuse , un peu savonneuse, de saveur, âcre,amère. La civette, plus onctueuse > plus jaunâtre, d'odeur moins forte ^ s'unit bien aux huiles et se dissout dans l'alcool; approche de la nàturte de l'adipOcire. Le >castoréutn , d'une couleur brune comme du sang desséché, dNine odeur désagréable, donne, par l'eau, une matière muqueuse, mêlée d'un sel cristallisai >le , et, par l'alcool OU l'éther, utae résiné âcre et ainère , analogue à celle de la bile. Le suirtt (<cèsypè)} jadis usité, recueilli entre les cuisses de béliers "celui dès

GKÀS, CKTINK, etc. 83

boucs, dont l'odeur est si pénétrante; enfin toute* les sécrétions des glandes des aisselles et autres lieux , le cérumen âcre, amer, résineux et inflammable du méat auditif, ont à peu près un même caractère chimique.

Du gras des cadavres , dè la cétine, de la ckolestértne , de V ambre gris ou ambréine , et des savonules animaux , bile, picromel, jaune d'œuf, etc.

Parmi ces substanoes , le gras des cadavres, que Fourcroy* nommait adipocire, est séparé , selon M. Gay-Lussac , de fa substance fibreuse par l'eau ou l'humidité, cpii décompose les fibres charnues. Fourcroy et Thouret y avaient remarqué de l'ammoniaque , et le regardaient comme uu savon ammoniacal avec excès de graisse. M. Chevreul y a trouvé , en outre, de la potasse et de la chaux avec beaucoup d'acide margarique combiné, et très-peu d'une autre matière graisseuse différente de Cet acide qui se précipite avec un aspect nacré. On obtient ce gras imputrescible en faisant macérer des chairs ou de vieux chevaux sous l'eau. Cette matière sert à la fabrication dés chandelles. Elle dissout le caoutchouc et forme de bon luts. Le cerveau est la partie du corps animal qui tourne la première au gras. Ce gras, desséché à l'air, devient transparent.

Le blanc de baleine ( sperma ceti ) , nommé cétine par M. Chevretd, fait partie de la graisse fluide de plusieurs cétacés ; et particulièrement du cerveau des cachalots macroçéphales. Purifiée par le moyen de l'alcool bouillant , qui la dissout et la laisse précipite* à froid, elle se dépose ert belles lames brillantes ou nacrées, peu odorantes, grasses au toucher , insipides : ne se fondent qu'à 44° 011 4**° H"" °- L'Aber, les huiles volatiles la dissolventaussi. L'acide nitrique la change en graisse oxygénée; n'en forme pas un acide particulier. Saponifiée par les alcalis , la cétine offre aussi de l'acide margarique et une matière grasse modifiée.

La cholestèrine , ainsi nommée par Pelletier, est la matière nommée adipocire par Fourcroy, et observée par lui dans les calculs biliaires de l'homme, non des autres animaux: elle en compose la presque totalité. Elle cristallise .en lamelles ou écailles brillantes , blanches , inodores et insipides , qui se Iondent à 37°w Insoluble à l'eau, elle donne, par la distillation , Un produit huileux, non acide ni ammoniacal; est dissoluble en partie par l'alcool bouillant. Altérée par les alcàjts , elle ne se saf*mifie pas. î/acide nitrique la transforma en un

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acide particulier, selon Pelletier et Caventou. Son nom , cholestèrine , tire' du grec, signifie bile pétrifiée.

La matière cérébrale de l'homme est formée, selon M. Vauquelin, d'eau 80, substance grasse blanche i4>53, matière grasse rouge 0,70, osmazôme 1,12, albumine 7,00, phosphore combiné aux matières grasses i,5o, soufre, phosphates de potasse, de chaux, de magnésie, hydrochloratc de soude, etc. 5,i 5. Les nerfs contiennent moins de matières grasses, mais plus d'albumine que la moelle cérébrale.

Vambre gris est dissoluble dans l'alcool à chaud et l'éther ou les huiles; se volatilise au feu; y donne de l'acide acétique et de l'huile empyreumatique; insoluble à l'eau, il contient une substance résineuse et de l'acide benzoïque, selon Thomson, avec de l'adipocire ou cétine. Selon M. Pelletier, l'ambre gris , au lieu d'adipocire, est composé d'une matière analogue aux calculs biliaires humains, c'est-à dire d'ambréine (qui se rapproche de la nature de la cholestérine); elle est susceptible aussi de passer à l'étal acide (sous le nom d'ambréiqùc ), par l'action de l'acide nitrique. (Journal de pharmacie, an 1820, p. 49 et suiv.) Des concrétions biliaires présentent des résultats analogues, selon Vogel (Ib., p. 2 16).

Parmi les savonules animaux , la Retient le premier rang. Sa couleur est olivâtre, sa saveur très-a mère, son odeur fade, devient quelquefois ambrée en se putréfiant. Le fiel se trouve dans la vésicule adhérente au foie des animaux, et, chez ceux qui manquent de vésicule, il passe dans les méats cholédoques qui se versent à l'intestin duodénum. La bile des vaisseaux du foie n'est pas encore bien formée ; elle est pâle, limpide , peu amère, tandis que la bile cystique est olivâtre, visqueuse, extrêmement amère, surtout chez les animaux carnivores (qui sont d'un naturel bilieux), et en été ou dans les pays chauds. Les acides la décomposent, coagulent son albumine; elle est alcaline, et verdit les couleurs bleues végétales. L'alcool en coagule aussi l'albumine, mais dissout la résine verte qu'elle contient, et une partie du picromel. La résine de bile se précipite par l'acide hydrochlorique; est très-amère , dissoluble aussi par les alcalis , et de nature sébacée. La bile de bœuf est un composé d'eau, d'albumine, de picromel, de résine, de soude, des phosphate, hydrochlorale et sulfate de soude, du phosphate de chaux, et d'un peu d'oxyde de fer, avec une matière jaune albumineuse; dans celle de l'homme, il y a de l'albumine. Le picromel, ainsi nommé par Thénard , est visqueux, comme la térébenthine, d'odeur nauséabonde, soluble

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à l'eau et à l'alcool , d'une saveur amère et douce; il sert de dissolvant à la résine et à l'albumine jaune. Suivant Thomson, il se rapproche de la nature de la sarcocolline, et il est forme' de carbone 54,53, d'hydrogène 1,82, et d'oxygène 43,65, ou carbone 5 atomes, hydrogène 1 atome, oxygène 3 atomes. M. Berze'lius n'a trouve' dans la bile que les principes suivans:

Eau : . » ...*... J)*>7>4

Matière particulière 80,0

Mucus de la vésicule du lu i 3,o

Alcalis et sels communs à tous les fluides des sécrétions. . 9,6

' i,Ô00,rt

Le picromel existe dans la bile humaine, selon Chevalier, et a été' rencontré dans des calculs biliaires humains. On obtient le picromel en le précipitant par le sousacétate de plomb ; on précipite le plomb au moyeu de l'hydrogène sulfuré. Le foie de Lœuf, analysé par M. Braconnot, lui a paru composé d'à peu près 19 parties de tissu vasculaire et de membranes, et de 81 de parenchyme, il y a dans celui-ci, eau 68,64, albumine sèche 20,19, matière peu azotée soluble à l'eau 6,on , huile phosphorée, soluble à l'alcool, analogue à celle du cerveau 3,89, des hydrochlorate dépotasse, phosphate de chaux, un s.'l acidulé uni à la potasse, un peu de sang, etc. Par sa qualité savonneuse, la bile peut enlever les taches de graisse. Epaissi par évaporation au bain-marie, le fiel de Bœuf forme un extrait usité comme stomachique , tonique et vermifuge. On emploie en peinture la pierre-de-fiel ou le fiel épaissi, surtout celui de la carpe. Dans les bestiaux qui vivent long-temps de fourrages secs, il se forme des concrétions biliaires ou calculs, sortes de bêzoards. (Foy. ci-après à l'article des Calculs.)

Nous rangeons le jaune d'œuf parmi les savonules animaux. Il contient une albumine unie à une huile grasse , et de la stéarine , observée par M. Planche , avec une sorte de mucilage. Il se délaie également bien dans l'eau et dans l'huile, et les rend miscibles; par son moyen, on divise les térébenthines , les résines , le camphre, les huiles volatiles dans les digestifs, les looehs jaunes, etc.; délayé dans l'eau, le jaune d'oeuf forme le lait de poule. Le jaune contient, outre l'eau , l'huile et la matière albumineuse qui la retient, des traces d'acide phosphorique , une matière rouge différente des graisses, et de la gélatine. H y a du soufre et u n peu de soude dans cette partie de l'œuf, de là vient qu'elle noircit l'argent, et exhale de l'hydrogène sulfuré par la putréfaction. L'alcool sépare l'albumine de l'huile daus le jaune d'œuf.

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GEMIE JV. JP«3 PRl«U*»li$ SAÇCHA1H*S OU ACIDIFIA BLES DBS

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