‹ Traité de pharmacie théorique et pratique, contenant les élémens, l'analyse et les formules de tous les médicamensChapitre 70 sur 142 · DÉCHETS · texte numérisé non relu

DÉCHETS

éprouves.

i3 Ml.

6,aoo i2,5oo 6,3oo 6,5oo 6,Aoo 6,400

7,3oo

3° Une autre sorte de pulvérisation est la porphyrisation. Elle s'emploie pour les terres et pierres , les minéraux, les substances fragiles que l'eau ne pénètre pas intimement; ainsi le corail , les limailles de métaux , les yeux d'écre visses , la corne de cerf calcinée, les coquilles d'œufs, etc., s'écrasent à l'aide d'une molette , dont la surface s'applique exactement contre un porphyre. Souvent on imbibe d'eau les matières à porphyriser, pour que leur pâte subisse plus uniformément l'écrasement; aussi leur poussière, qui ne se tamise pas, estelle bien plus fine que par la pulvérisation ordinaire. Les anciens la nommaient alkool, mot arabe, qui désigne tout corps dans un état d'extrême ténuité ou d'impalpabilité. Aussi la lévigation, ou l'opération de polir, d'adoucir les poudres, est-elle la même chose que la porphyrisation. Cependant, on désigne par là plus ordinairement celle qui se fait avec l'intermède de l'eau. C'est ainsi qu'on pulvérise le mercure doux, ou mieux encore sans eau (mais évitez le contact de la lumière solaire) ; le charbon sera pulvérisé à l'eau; on le sèche au soleil. On fait ensuite de petits trochisques de la pâte de ces poudres , au moyen d'un entonnoir, avec une petite cheville qui ne laisse écouler que de petites portions de cette matière liquide sur un papier gris. ( Voyez fig. 6, pl. I. )

Une autre sorte de pulvérisation s'opère au moyen de la gomme adragante; ainsi la chair sèche des coloquintes est for-

iS6 DIVISION, etc.

niée en trochisques, d'abord à l'aide de la gomme adragante en mucilage. Ces trochisques bien desséchés se pulvérisent ensuite; tels étaient jadis les trochisques alhandal, préparation inutile. Le Codex pourtant conseille la même méthode pour pulvériser la chair des vipères, et l'agaric blanc ou toutes les autres substances trop fongueuses; mais elle est inutile.

Il faut d'abord pulvériser grossièrement les substances qu'on veut porphyriser. La limaille de fer et la mousse de Corse se porphyrisent sans eau.

4° La pulvérisation par lavage s'opère en délayant dans un mortier ou une terrine, avec un pilon de bois, une terre naturellement divisée, comme la craie , l'argile et les terres bolaires, avec beaucoup d'eau. Les particules les plus ténues se suspendent dans l'eau qu'elles troublent ; on décante cette eau et on la passe au travers d'un tamis, puis on la laisse déposer; le dépôt , séché sur un filtre de papier gris , est une poudre très-légère; on répète cette opération jusqu'à ce qu'on ait enlevé toute la terre fine, et qu'il ne reste plus que du sablon ou gravier, ou d'autres molécules grossières qui se trouvaient dans ces terres. C'est ainsi une sorte de séparation, ou de décantation.

On se sert du même moyen pour la litharge et le sulfure d'antimoine, celui de mercure, etc.; mais il faut les triturer dans le mortier à mesure qu'on les lave $e nouveau.

5° La pulvérisation par mouture, comme les grains qu'on réduit en farine par la meule. Il convient qu'ils soient secs pour ne pas la graisser, c'est-à-dire ne pas remplir ses petites cavités, de manière à former une sorte de surface plane. Les moulins à tabac ont des meules en râpe pour déchirer le tissu des feuilles. Jl en est à peu près de même des moulins pour le café, le poivre, etc. ; mais la poudre n'est jamais bien égale , quoique cetle manière soit expéditive. Il faut tamiser les produits, si on les veut très-atténués.

6° La pulvérisation par frottement se fait, pour la céruse , l'agaric blanc, en les frottant sur un tamis de crin ; pour le talc de Venise ou blanc de fard, sur des tiges de prêle; pour des cornes et os, en les râpant, etc.

L'étain se réduit en poudre lorsqu'on le fond et qu'on le coule liquide dans une boîte ronde à savonette, blanchie à l'intérieur de craie. On secoue le métal en cet état, il se divise en globules qu'on lave et dont on sépare les plus fines molécules au tamis. Voyez» aux Bols d'étain, une autre manière de pulvériser les feuilles d'étain avec le sucre.

111° La pulpation ne s'exerce que sur des substances molles

DIVISION, etc. i3;

et qu'on ne peut réduire qu'en forme de pâtes ou bouillies , telles que les substances charnues des végétaux , les parenchymes de fruits, de racines, etc.

Les pulpes ne s'obtiennent guère que des végétaux ou de leurs parties molles et parenchymateuses. On doit les broyer d'abord dans un mortier de marbre , puis les pulper au travers d'un tamis de crin plus ou moins serré. Si ce sont des racines, des fruits d'un parenchyme plus derisë, il faut les diviser par la râpe d'abord , puis ils traverseront plus aisément le tamis. Que s'il s'agit déplantes desséchées, on peut les ramollir parla macération dans l'eau ou le vin, ou les foiré cuire et bouillir, afin qu'on puisse aisément les pulper ensuite. Il faut avoir le soin également de rapprocher en consistance suffisante, ou de magma, par une légère évaporation, les substances qur seraient trop molles. Toutes ces opérations sont la plupart magistrales, parce que les pulpes se décomposent ou se corrompent bientôt.

Ainsi la pulpe d'herbes émoîlientes se fera avec des espèces émollientes qu'on auira dans une petite quantité d'eau ; l'on pulpera ces herbes au travers d'un tamis, et on les épaissira par évaporation sufiisanté, en consistance de cataplasme. La pulpe de scille ou d'ognons de lis cuits sous la cendre en les enveloppant de papier, s'obtient aisément par pulpation, après les avoir triturés dans un mortier de marbre.

En prenant l'intérieur de la casse en bâtons, ou des tamarins qu'on ramollit avec un peu d'eau chaude, et en frottant ces substances contre un tamis de crin , à l'aide d'un pulpoir, large spatule de bois, il passe une pâte débarrassée de noyaux et de fibres, Pour extraire la pulpe des pruneaux , ou des figues, des jujubes, des dattes, des raisins secs, etc., il faut les amollir par l'ébullition dans l'eau: la coction est nécessaire aussi pour pulper les pommes et les poires, la scille, les ognons de lis, les racines et espèces émollientes, mucilagineuses. Pour pulper les plantes vertes, on. pile celles-ci auparavant; mais leur pulpe, moins homogène, laisse écouler une partie de leur suc par le repos.

La pulpe des fruits de cynorhodon se fait en mondant les gratecus de leurs semences, en les fendant, les mettant macérer dans de bon vin blanc pendant deux à trois jours; quand ils sont ramollis assez , on les pulpe. Voyez Conserve de cynorhodon, tom. I.

Lorsqu'on a lieu de craindre que la pulpe de tamarins, par exemple, ne contienne du cuivre (ce que l'on reconnaît en y plongeant une lame de fer; car, au bout de quelques heures,

i38 EXTRACTION, etc.

on l'en retire rouge par le cuivre qui s'y est déposé), dans ce cas , il faut délayer dans beaucoup d'eau toute la pulpe , et laisser déposer. Une grande partie de l'oxyde de cuivre se dépose ; mais il en reste toujours une portion combinée aux acides des tamarins, et ne pouvant l'ôter sans détruire aussi les autres qualités de leur pulpe, il vaut mieux la rejeter dans ce cas.

De l'extraction et de la séparation des sucs, huiles, graisses,

résines, etc.

Nous ne parlons pas ici des séparations ou analyses que la chimie fait des différentes substances des corps ; mais d'une analyse mécanique qui comprend Yexpression des sucs ou leur extraction.

Il y a quatre sortes de sucs à extraire des végétaux : les sucs aqueux, les sucs laiteux émulsifs ou gommo-résineux , les sucs huileux ou huiles, et les sucs résineux. Nous avons parlé des sucs animaux ci-devant. ( Voyez Sang, Lait, Gélatine, etc.)

i° Les sucs aqueux des plantes sont oy. mucilagineux, ou extractifs, ou âcres, ou aromatiques, ou acides, etc.

Pour obtenir les sucs mucilagineux, il est nécessaire d'ajouter un peu d'eau à ceux des malvacées, des borraginées, en les pilant et les exprimant, afin de délayer leurs parties trop visqueuses. Les racines muqueuses qui glissent au lieu de s'écraser sous le pilon , doivent être râpées , comme la consoude , l'aunée , la carotte. La macération pendant quelques heures rend les sucs plus fluides , mais commence à les faire fermenter.

Les sucs extractifs s'obtiennent par expression et sans eau , comme ceux des pétales de roses pâles, qui donnent , pour chaque once de pétales, environ 6 gros de suc; d'autres en fournissent aussi, à moins que les plantes ne soient trop sèches et trop ligneuses, comme sont d'ordinaire les labiées, etc. Dans ce cas, on ajoute de l'eau. Mais la macération pouvant diminuer beaucoup l'odeur aromatique, il ne convient pas de les y soumettre. Les plantes inodores , comme les chicoracées, n'ont pas cet inconvénient.

Pour extraire les sucs des fruits, on enlève ou leurs noyaux , ou les rafles des raisins et groseilles, ou les écorces épaisses des citrons, des cucurbitacées; on doit râper les fruits à parenchyme solide , comme coings , pommes et poires. -La simple expression suffit pour les baies (sureau , airelle, nerprun, etc.) Il est plus avantageux d'extraire les sucs de groseilles , de mûres, de herberis, de verjus, de framboises, etc., ou par expression, ou par une douce chaleur ; on laisse leur peau, qui

EXTRACTION, etc. i39

contient un principe odorant. Les sucs des fruits obtenus avant leur parfaite maturité' se conservent plus long-temps.

Il faut avoir le soin d'extraire les sucs acides sans qu'ils touchent des vases ou instrumens métalliques et terreux attaquables. Le cuivre est dangereux, le fer noircit souvent, le marbre sature une partie des acides. On se sert de vases de bois ou de verre, de porcelaine, de faïence, ^tc.

Les anti scorbutiques ne doivent pas rester long-temps à l'air libre. Les racines de raifort donnent plus de suc , pilées avec des feuilles de cochléaria ou de cresson, qui les humectent. On appelle sucs antiscorbutiques ceux de parties égales de cresson de fontaine, de cochléaria et de trèfle d'eau ou ményanthe.

Les sucs dits tempérons et diurétiques sont ceux de laitue , d'oseille , de cerfeuil et de joubarbe des toits, à parties égales.

2° Des sucs laiteux concrescibles , comme ceux du pavot, de l'euphorbe, de l'aloès succotrin, de la gomme-gutte, etc., découlent par incision du végétal ; mais quelques-uns se préparent aussi par l'expression du suc, comme les aloès communs, la scammonée, l'opium brut, ou par la décoction dont on obtient un extrait plus ou moins pur.

Les émulsions des semences huileuses se font par l'intermède de l'eau , en les pilant en matière pultacée. L'huile reste suspendue dans le liquide au moyen du corps mucilagineux et caséiforme; mais le repos la fait surnager en forme de crème.

3° Les huiles fixes se préparent au moyen de l'expression , avec ou sans la chaleur , qui est nécessaire pour les moins liquides, comme les graisses ou cires. Les huiles fluides, au contraire, sont meilleures par la seule expression et à froid, comme on doit extraire celle des amandes douces ou amères, des pistaches, des noix, des quatre semences froides, de ben, de pavots, etc., car elles se chargent moins de matières extractives et muqueuses, sujettes à rancir, comme l'huile de ben, d'amandes douces, de pistaches, etc. La seconde huile de ben se fige moins que la première.

On ne doit pas monder les amandes ou graines huileuses de leur écorce, car elles donneraient alors une huile plus sujette à rancir (0. Il faut excepter celle de ricin, dont l'écorce et l'embryon sont un trop violent purgatif. L'huile d'olive vierge s'extrait par l'expression simple d'olives écrasées après les avoir laissées dix à douze jours en tas, pour se ressuyer après la

(') On monde cependant les amandes douces pour en tirer l'huile, mais c'est afin que celle-ci soit moins colorée, et surtout afin d'avoir un tourteau de paie d'amandes blanche , qu on vend pour laver les mains et adoucir la peau , comme cosmétique.

4o EXTRACTION, etc.

cueillette. Ensuite on arrose d'eau bouillante le marc pour augmenter la fluidité de l'huile, et dissoudre le mucilage qui l'enchaîne. On obtient d'une seconde expression une huile moins pure. En quelques contrées on laisse fermenter les olives entassées , afin que le mucilage se détruise ; on les exprime ensuite, et on obtient plus d'huile que par les autres moyens ; mais elle est moins belle et plus rance. L'on recon*naît que l'huile d'olives a été mélangée ft celle* d'oeillette ou de pavots , en ce que celle-ci ne se fige pas au froid de la glace , et qu'elle forme, par l'agitation, des bulles en grains de chapelet autour du vase.

On sait que les huiles à brûler se clarifient au moyen de l'acide sulfurique concentré, aveclequel on les agite. Celui-ci agit sur la matière mucilagineuse j la noircit et cliarbonne, enfin la précipite; mais ces huiles ne sont pas bonnes pour la table; elles ne nourrissent pas bien le cuir, ou ne lui laissent pas autant de souplesse que les huiles non épurées. Les Hollandais clarifient leur huile de lin avec le sable et l'eau , en agitant le tout et l'exposant ensuite à l'air. On décante l'huile surnageante. Nous avons montré à clarifier les huiles épaisses de navette ou de colza , en les agitant avec de l'eau très-char^ée de sel marin, laquelle s'empare des fèces et les précipite. On sépare l'huile pure qui est très-bonne. Ce mélange , s'il se fait à chaud, s'opère mieux, mais l'odeur de l'huile se développe davantage aussi.

L'eau bouillante jetée sur les semences huileuses en tire de l'huile sujette à la rancidité; mais on est obligé de torréfier les graines de jusquiame, pour diviser un mucilage abondant qui s'oppose à la sortie de leur huile. Cependant ce moyen dispose toujours ces huiles à rancir; ainsi celle de moutarde devient acre lorsqu'on l'extrait à chaud, tandis qu'elle ne l'est nullement à froid, ou par le ramollissement de la graine à la vapeur de l'eau bouillante, ce qu'on doit pratiquer pour celles de lin, de pavot, etc.

Tant qu'une huile est figée , elle ne rancit pas. L'huile d'olives, en cet état, dépose une portion de mucilage et du principe doux de Schèele , mais elle en devient plus disposée à se rancir en se liquéfiant. Elle ne reste fluide qu'à 9 ou io° o Réaumur. L'huile de ben n'est -fluide qu'à 12 ou i5°-f-o; aussi rancit-elle difficilement , et c'est pourquoi elle est employée surtout par les parfumeurs, les horlogers, etc. Au contraire, l'huile de noix, que le froid le plus vif ne fige pas , rancit promptement , même celle qu'on tire sans chaleur. L'huile d'amandes douces ou amères ( celle-ci n'est point

EXTRACTION, etc. ' 141

amère) ne se congelant qu'à io° — o, rancit vite aussi. Celles d'œillette, d'arachide , quoique peu concrescibles , ne rancissent guère. Il paraît même que celle de faîne , contenant un principe astringent, devient meilleure avec le temps , et ne rancit que tard. Les huiles de graines de crucifères , colza, navette , moutarde, caméline, etc., rancissent vite, et portent une saveur peu agréable.

On peut tirer, par expression , des huiles de pépins de raisins, de groseilles; elles sont acres, épaisses, sans doute à cause de l'acidité de ces fruits, mais bonnes à brûler. Les pépins de sorbes, les noyaux de cornouiiles, les amandes du prunier, du cerisier, d'abricots, de pêches, de noisettes, de pistaches , de pignons doux, fournissent des huiles plus ou moins agréables à manger. Celles de semences de cucurbitacées, de chenevis, peuvent servir aussi à la table. En Orient on use de celle de sésame.

En général, toutes les semences ou amandes, ou fruits huileux , contiennent du mucilage , et celui-ci est d'autant plus abondant qu'il y a moins de maturité; c'est pourquoi il faut laisser mûrir et sécher ces semences , afin d'en obtenir davantage et plus facilement de l'huile. Mais une troplongue attente aussi donnera des huiles rances. Pour préparer l'huile de ricin, voyez aux huiles fixes, tom. JI, livre 7.

Les huiles concrètes de baies de laurier, de lentisque, de lierre, de myrte, de fruits d'avoira, palmier de Guinée (huile butyreuse odorante de palme), s'extraient en pilant ces baies ou fruits, et les faisant bouillir dans l'eau; on exprime le marc. L'huile vient se concréter, par le refroidissement, au-dessus de l'eau. La cire végétale des croton, le beurre de coco et autres, s'obtiennent de cette manière.

On extrait les huiles concrètes ou cires végétales, comme le beurre de cacao, en torréfiant les amandes pour en détacher l'écorce qu'on sépare en les vannant ; broyées à chaud, ensuite en p£te molle, sur la pierre à chocolat, onles fait bouillir dans l'eau ; on recueille le beurre qui nage à sa surface , et se (ige par le refroidissement. Ce beurre , fondu au bain-mai ie, dans un vase cylindrique , laisse déposer ses fèces, et la portion pure surnage. On peut la passer toute chaude au travers d'un papier à filtrer. La cire du galé s'extrait de même par l'ébullition dans l'eau de ses graines concassées. Il est convenable de les soumettre à la presse entre des plaques de fer chaudes, pour extraire toute la cire. Ce moyen est le meilleur aussi pour le cacao, pour l'huile d'anacarde. Celle de muscade, contenant une partie volatile, ne doit pas être soumise à l'ébullition,

i4* EXTRACTION, etc.

mais à la pression avec chaleur; car elle est épaisse comme le suif. On use du même procédé pour l'huile concrète de baies de laurier, etc. Le beurre de cacao blanchit en rancissant, s'il est obtenu par Tébullition dans l'eau. On le falsifie en le mêlant à du bon suif.

La liquéfaction avec un peu d'eau, pour éviter que quelque partie ne se charbonne, est usitée dans la séparation des huiles, graisses et suifs des animaux, de leurs membranes, tissu cellulaire, etc. On soumet ensuite le tout à la presse. Il est nécessaire, auparavant, de bien laver et de diviser par portions la panne , le lard, la moelle ou les autres substances dont on doit extraire les graisses pures, et même on doit les pétrir dans l'eau. Cependant, plus il reste d'humidité dans les graisses fondues , plus elles sont sujettes à rancir. On extrait Yhuile de jaunes d'œufs durcis, en les chauffant dans une poêle, en les écrasant et les agitant pour qu'ils ne roussissent pas. On les soumet à la presse entre des plaques de fer. Cinquante œufs donnent cinq onces d'huile. Les vieux en donnent davantage. M. Chaussier prescrit de prendre jaunes d'œufs crus, 5oo gr., une livre, alcool à 33° un kilogramme (1b ij.) On délaie ces œufs dans l'alcool; on chauffe; l'albumine se concrète ; on filtre; on tire, par la distillation, les \ de l'alcool. Le procédé de M. Henry et du Codex est de prendre 60 jaunes d'œufs frais, ou un kilogr. qu'on fait dessécher au bain-marie. La capsule retirée du feu , on exprime ces œufs dans un coutil (toile) entre deux plaques de fer chauffées par l'eau bouillante , et à la presse ; on aura environ ia5 grammes d'huile soluble dans l'éther sulfurique en toute proportion. Elle se rancit bientôt, et doit être renouvelée. M. Planche y a distingué une sorte de suif, avec une huile liquide. La stéarine s'y dépose, surtout par un temps froid; elle est fusible à 36° Réaum., se dissout dans l'éther, fait le 00,9 de l'huile. L'huile d'œufs, vieille surtout, aide trèsbien à éteindre le mercure dans les onguens. Il faut la conserver dans l'obscurité : elle y rancit moins.

4° Quoique l'expression fournisse plusieurs huiles volatdes, surtout celles des semences d'ombellifères et de muscades, elles sont toutefois mêlées, par ce moyen, d'huile grasse. Aussi la meilleure méthode pour obtenir les huiles essentielles > est la distillation avec l'eau; car elles montent seules et viennent surnager dans le récipient ; on les en sépare au moyen d'un siphon ou d'un entonnoir. Celles des bois, des racines odorantes , sont moins légères que celles des sommités des fleurs ou graines.

Selon Fréd. Hoffmann, en ajoutant de l' hydrochlorate de

EXTRACTION, etc. i43

soude à Veau, elle peut prendre une plus forte chaleur, et faire mieux monter cette huile à la distillation. Cela n'est utile que pour les huiles essentielles les moins légères, comme celles de girofle, de canelle, de santal citrin, de sassafras, de muscade, etc., qui ne surnagent pas toujours l'eau. ( Voyez aux Huiles volatiles, )

Les végétaux dont on veut extraire les huiles volatiles doivent être d'abord concassés ou divisés d'une manière quelconque, puis macérés plus ou moins de temps, selon que leur tissu est plus ou moins compacte; ou plutôt on les expose d'abord à la vapeur de l'eau chaude, comme les semences d'anis, de carvi, d'aneth, etc. Les plantes sèches fournissent de ces huiles plus que les fraîches, soit que l'eau de végétation et le mucilage en retiennent une partie, soit que la dessi cation produise une sorte de maturation. Les huiles très-fluides ont besoin, lorsqu'on les distille, que le réfrigérant et le serpentin soient presque froids; mais les concrètes demandent une chaleur de 3o à 4o° dans ces parties de l'appareil distillatoire : telles sont celles de roses, d'aunée, d'aneth, de cumin, de fenouil, etc., fîgeables à 8° sur o. On rectifie les vieilles huiles essentielles résinifiées, en les redistillant avec les mêmes plantes qui les ont fournies; ce procédé les rajeunit. 11 convient surtout aux plantes labiées. ( Voyez, à la suite des eaux distillées, les remarques sur les huiles volatiles. )

Si l'on veut extraire, par expression, l'huile volatile d'écorces de citrons, limons, cédrat, bergamotte , limette, orange, etc. , on râpe et on exprime la pulpe de ces écorces entre deux glaces. Ces huiles sont plus suaves que celles obtenues par distillation, moyen employé aussi, mais elles contiennent une portion de mucosité et d'huile grasse; aussi leurs taches sur les étoffes ne disparaissent point comme celles de leurs huiles distillées , et elles rancissent plus tôt.

Les semences d'ombellifères contiennent, outre l'huile volatile, aussi de l'huile fixe, et Ton peut les extraire simultanément par la simple expression ; mais il faut préalablement ramollir ces graines contusées , à la vapeur de l'eau bouillante , sur un tamis de crin ou de toile à larges mailles, comme on le fait pour les semences de lin. Les semences d'anis , de carvi , d'aneth, de fenouil , etc., sont dans ce cas.

L'on extrait également, par pression, Ykuile volatile des écorces d'oranges. Ces écorces fraîches sont râpées dans leur portion jaune seulement. On rassemble cette râpure dans un sac de toile de crin , ou de coutil , qu'on soumet à la presse. Le liquide qui découle est coloré; l'huile volatile surnage la

i44 CLARIFICATIONS, etc.

portion aqueuse, impure. On sépare cette huile par un siphon ou une pipette. Cette huile dépose, à la longue, des fèces , et devient limpide : elle est beaucoup plus suave , quoique plus colorée , que celle obtenue par le feu. Les huiles de citron et des autres variétés nommées cédra, bergamotte, bigarade, se peuvent extraire de la même manière.

5° Quant aux sucs résineux et aux baumes naturels, la plupart découlent par incision de différens arbres, et se dessèchent plus ou moins à l'air. Cependant on en obtient encore d'autres manières; ainsi les bourgeons, les sommités de plusieurs arbres résineux, du xylobalsamum (amyris), du baumier du Pérou , du liquidambar , etc. , donnent par décoction dans l'eau des résines balsamiques qu'on recueille, mais qui sont à la vérité moins pures, moins odorantes que celles fournies par l'incision; plus brunes aussi, elles contiennent une matière

son bois que l'on brûle. Le goudron s'extrait de la même manière du bois des pins, et la cedria du cèdre, etc.

L'alcool sépare de même les résines d'un grand nombre de végétaux sur lesquels on le met infuser, et l'eau les précipite ensuite de ce menstrue. On doit diviser les substances sur lesquelles on le fait agir, et l'aider d'une douce chaleur.

Des clarifications et dépurations ou défécatiôns.

Elles s'opèrent de plusieurs manières : par la chaleur, par la coagulation de matières albumineuses, par les acides1 ou Y alcool par précipitation , repos et décantation , par dissolution et jiltration, etc. , ou même par fermentation , et aussi à l'aide du charbon animal. Voy. à l'article d u Charbon* tom.n.

On appelle décantation la séparation des lies ou fèces d une liqueur, en la versant doucement par inclinaison, ou en la soutirant à l'aide d'un siphon.

On clarifie immédiatement par la filtration dans un entonnoir, au moyen de papier gris, les sucs de joubarbe, des plantes succulentes à'elaterium et d'autres cucurbitacées, dont la défécation s'opère d'elle-même par le repds. Il en est de même des sucs acides des fruits , dont les fèces se déposent au bout de quelques jours, lorsque le principe mucoschsucré qui les susp endait dans le liquide a subi un conuhencement de décomposition , par fermentation. Tels sont les sucs de groseilles, de cerises, de citrons, d'épine-vinette, d'oranges amères, de grenades, etc. On les tient d'abord dans un lieu tiède, ensuite on les filtre. Si l'on veut les conserver long-temps, il convient

CLARIFICATIONS, etc. 45 de plonger le vase qui les contient dans l'eau bouillante , pour coaguler, à la manière de M. Appert, une partie du gluteu ou ferment de ces sucs, et les empêcher de fermenter. Ce procédé suffit et vaut mieux que de verser à leur surface une couche d'huile d'olives, afin d'intercepter tout contact avec l'air ; car la plupart du temps cette huile rancit et communique sa mauvaise odeur au suc, quoique ce procédé soit encore recommandé par le Codex. Le suc de coings s'obtient par la presse , après avoir râpé ces fruits ; on peut muter ces sucs par la vapeur du soufre brûlant ou le sulfite de chaux. Ces sucs se soutirent au moyen du siphon. Celui de «erprun ,

roique non acide, s'éclaircit par les mêmes procédés-, mais a besoin de subir une légère fermentation, comme ceux d'yèble et de sureau. Il ne faut pas écraser leurs semences avec les baies. Voyez au Sirop de nerprun.

Lorsque les su' s i*e contiennent pas de principes volatils appréciables , comme ceux des chicoracées, des borraginées, des malvacées , on les clarifie sur le feu avec des blancs d'oeufs, et on les filtre.

Mais si ces sucs sont, ou antiscorbutiques, ou odorans et aromatiques, comme ceux des ombeLLiferes (suc de cerfeuil, etc.) ou des labiées, on doit les verser dans un matras de verre mince bouché par du parchemin; on les plonge par degrés dans l'eau bouillante, afin de coaguler la fécule verte. Etant bien refroidis, on les filtre promptement. Ils perdent peu par ce procédé.

Plusieurs sucs antiscorbutiques admettent des acides, l'oseille par exemple ; alors ils se clarifient d'eux-mêmes , et il suffit de les filtrer. Un peu de suc de bigarade, de limons ou d'oranges anières les fait éclaircir également et déposer leurs fèces; cette acidité est souvent convenable aux scorbutiques.

L'alcool, versé sur les sucs des plantes, coagule aussi sur-lechamp la fécule verte ou chlorophylle, et on peut les filtrer clairs. On précipite par cet intermède le malate de chaux , du suc de joubarbe. Mais l'addition de l'alcool peut ajouter aux sucs des qualités qu'on ne recherche pas. .

Les sucs concrets gommo- résineux, comme l'opium du commerce ou meconium, l'acacia, l'hypocistis, le cachou, le suc de réglisse, l'aloès caballin, etc., se purifient en les faisant dissoudre dans l'eau chaude, en passant la solution au travers d'un blanche t pour séparer les corps hétérogènes, et en faisant évaporer à la consistance d'extrait ; tel est le laudanum ou opjum purifié. Autrefois on recommandait de purifier le galbanum, le sagapenum, l'opopanax, la gomme ammoniac et i. 10

l46 CLARIFICATION. PETIT-LAIT,

d'autres sucs d'ombellifères, en les dissolvant dans du vinaigre ou du vin, ou de sucs de diverses plantes ; de passer la solution avec expression à travers une étamine, et de réduire par évaporation en extrait. Mais ces manipulations ôtent beaucoup aux vertus de ces sucs et ne sont plus d'usage.

Aujourd'bui la gomme ammoniac, par exemple , se dissout dans de l'alcool faible à i8<> ou 22°. On la passe, et on l'épaissit en consistance ordinaire ; elle ne donne plus alors de grumeaux dans les onguens ou emplâtres. Les autres gommes-résines se purifient de la même manière.

On croyait autrefois purifier le mercure en le faisant passer au travers d'une peau de cbamois ; mais on ne le sépare véritablement de ses alliages métalliques qu'en le distillant.

On purifie le styrax liquide, en le liquéfiant davantage par le feu; puis en le passant à travers un tamis de crin serré, et en aidant par le frottement d'une spatule de bois. ( Voyez, à 1 article des Huiles fixes, la manière de les clarifier.) Les clarifications des infusions purgatives, des opiatiques et autres, par l'albumine de l'œuf, enlèvent une grande partie de leurs propriétés.

Clarification par deux intermèdes. Du petit-lait.

On coagule le lait, ou par le moyen des acides, ou par celui des astringens, comme les galium album et luteum (qui ne coagulent pas toujours, mais lorsqu'ils sont mal séchés); par la fleur d'artichaut ou de chardonnette, et autres chardons, ou par la présure de l'estomac du veau , la membrane du gésier des oiseaux, etc. Mais il vaut mieux employer les intermèdes qui communiquent le moins de substance étrangère au lait. Les acides saturent le carbonate de potasse existant en excès dans le lait, et son sérum rougit alors les couleurs bleues végétales, au lieu de les verdir, comme il le fait lorsqu'on n'emploie'pas ces réactifs: ainsi la présure est préférable.

Un ou deux litres ( ou pintes ) de lait de vache récent , chauffé jusqu'à l'approche de l'ébullition, se coagule lorsqu'on y verse 24 à 3o grains ( 1 ou 2 grammes environ) de présure délayée dans un peu d'eau. On a soin de la mêler au lait avec une spatule ou cuillère, ou bien on emploie l'acide du vinaigre dont une partie s'évapore et l'autre se combine au caséum. La coagulation étant bien faite, on retire le lait du feu; on le passe, à moitié refroidi , par une étamine. Mais ce petit-lait est encore blanchâtre et conserve une partie du caséum non coagulé. C'est pourquoi on le replace sur le feu dans un vase propre, et au moment de l'ébullition on y projette le blanc

CLARIFICATION, etc. 47

d'un ou deux œufs, fouetté avec une petite quantité d'eau ou de petit-lait. Si Ton ajoute à ce blanc d'œufs quelques grains de crème de tartre en poudre, ou quelques grains de magnésie, la clarification est facile et plus parfaite. Un passe le tout au travers d'un filtre de papier gris dans un entonnoir de verre. Les premières colatures moins claires se repassent sur le filtre. Ce petit-lait très-clair et de couleur verdâtre, de saveur douce , est rafraîchissant et laxatif; il délaie, il passe pour antiputride (Je petit-lait, clarifié avec les acides, convient alors), pour antisCorbutique, pour dépuratif surtout dans les maladies cutanées. On le prend dans la matinée, depuis i verre jusqu'à 4> 6 ou 8, à une heure d'intervalle. Souvent il cause des ilatuosités et relâche le ventre.

On a cru pouvoir faire du petit -lait factice en dissolvant dans de l'eau du sucre de lait, un peu de soude, de sel marin, etc.; mais la substance séreuse du lait et son extractif, parties efficaces, n'y existent pas.

Le lait obtenu d'une femelle peu de temps après l'accouchement, est séreux et se nomme colostrum; alors il offre un caséum plus glutineux par la coclion, et qui devient filant.

L'alun, en petite quantité dans le petit-lait, le clarifie parfaitement, parce que l'alumine, se combinant aux parties caséeuses, se précipite avec elles, et le sérum demeure trèslimpide; mais ce petit-lait passe pour être styptique et astringent, ce qui doit souvent être contraire à l'objet qu'on a en vue en le prescrivant. Le borax, l'alun, etc., ne doivent pas ainsi s'employer pour obtenir du petit-lait pur.

Clarification et collage des vins.

Elle se fait ordinairement en séparant les vins de la lie par le soutirage, au moyen d'un siphon, ce qu'on peut répéter à quelques mois d'intervalle, pour les tirer à clair. On les préserve ainsi de la disposition à tourner, ou graisser, ou s'aigrir, car on les sépare de leur ferment : ce qui est surtout nécessaire à l'approche de l'été. On doit opérer en temps froid et sec le soutirage.

La seconde opération est le collage, <Jui se fait ou par six à huit blancs d'œufs fouettés avec un peu de vin, jetés dans le tonneau plein de vin, qu'on agite avec des baguettes, ou par de la colle de poisson dissoute dans un peu de vin et formant une gelée. On la mêle de même. Quelquefois on joint à cés collages de l'hydrochlorate de soude, ou du lait, ou de l'amidon. Ces colles se répandent d'abord à la surface du liquide, et en

48 MACÉRATIONS, etc.

se précipitant elles enveloppent, entraînent les parties qui troublaient sa transparence. C'est un filtre passant au travers du liquide. Les liqueurs alcooliques se clarifient en les agitant avec un peu de crème, et les filtrant ensuite.

Des jiltrations.

Le procédé est le même pour toutes, mais les filtres sont de plusieurs espèces. L'eau de rivière, de la Seine, par exemple , se filtre dans des jarres ou des fontaines, sur du sablon fin, ou sur une composition poreuse composée de sablon, de charbon et de quelque ciment spongieux qui les agglutine, comme dans les pierres ou grès à filtrer. Le charbon est surtout très-propre à s'emparer des substances muqueuses, extractives, qui corrompent les eaux. Le verre pilé est un sablon plus pur que tout autre pour filtrer les acides minéraux.

En Egypte on a des vases de terre poreuse (argilo-siliceuse), appelés bardaks; l'eau s'y filtre et y dépose son limon.

Les alcarazzas d'Espagne pourraient servir au même moyen, en ajoutant à leur pâte une plus grande proportion de sable , ou de Fbydrochlorate de soude, qui, se dissolvant à l'eau, laisse ensuite des pores.

Le papier gris, le papier joseph, non collés, sont les filtres les plus communs des liqueurs, et se placent sur des entonnoirs. Il est utile de laver auparavant ces filtres, en y faisant passer un peu d'eau chaude , qui en sépare toujours quelque matière jaunâtre. L'éponge bien lavée sert aussi de filtre.

On sépare les huiles des liquides aqueux, au moyen de mèches de coton imbibées de la même huile qu'on veut séparer. Ces mèches se placent au trou central de l'entonnoir où se versent les liquides; ceux-ci passent, et l'huile est retenue. Quand la mèche serait mouillée par l'eau, l'huile ne la traver serait pas , pourvu que cette mèche fût assez épaisse. On sépare ainsi les huiles essentielles des eaux distillées (0. Des languettes de drap blanc, imbibées chacune du liquide qui compose les mélanges qu'on veut séparer (je suppose du vin, de l'huile, de l'essence de térébenthine), attirent chacune le sien; on les place en manière de siphon sur les bords du vase contenant le mélange.

i° Des macérations, digestions et infusions; 2° des décoctions,

iP L3 macération consiste à faire tremper à froid , dans de l'eau, ou du vin, ou du vinaigre, ou de l'alcool, etc., un corps

(*) On eroptoie aussi le matras à Thuik essentielle ou à l'italienne.

DÉCOCTION. i49 uelconque, soit pour le ramollir, soit pour l'imprégner de iverses substances, soit pour en extraire d'autres. On fait macérer ainsi la chair ou le poisson dans le vin ou les vinaigres pour les attendrir, dans la saumure pour les conserver. Les olives picholines s'y conservent aussi et y perdent leur saveur acerbe. Les cornichons se confisent au vinaigre. La scille s'y macère. On fait les teintures alcooliques, les vins médicamenteux, les vinaigres odorans, par macération sur des matières végétales. On aide cette opération en exposant ces substances au soleil, ou à une douce tiédeur. La macération rend aux légumes secs une partie de leur eau de végétation. Plusieurs macérations se font aussi avec les huiles, comme celles qu'on veut imprégner de l'odeur des fleurs, de la couleur des plantes, etc.

La digestion ne diffère que par une température un peu plus élevée (de a5 à 3o<> Héaum.) et continuée pendant plus ou moins de temps, même un an, comme pour l'opium séparé de son principe vireux. Ce qu'on nomme infusion se fait dans l'eau ou d'autres menstrues , à une température moins élevée que l'ébullition, pour extraire les substances solubles et aromatiques d'une matière végétale et animale. Si l'on fait une infusion de fleurs ou de substances délicates , odorantes, on verse sur elles de l'eau bouillante, qu'on laisse agir pendant quelques minutes dans un vaisseau fermé, surtout s'il y a des principes volatils, comme pour le thé. On doit passer Y infusion ou plutôt Yinfusum, sans expression. Si l'on met infuser des bois, des racines, on donne plus de chaleur et plus de temps à l'action du menstrue.

ao La décoction s'opérant par l'ébullition à 8o° Réaumur, à l'air libre, d'ordinaire, a pour but d'extraire les parties plus fixes d'un corps. Elle est nécessaire pour les bois r les racines, les chairs, les os; elle sert également pour la coction des alimens ; celle-ci ne se feit pas seulement dans un liquide, mais souvent l'humidité des corps est suffisante par elle-même, Comme dans les fruits, le pain, les chairs rôties, etc. On remarque un changement de saveur et une sorte de maturation saccharifiante , opérée par la chaleur. La décoction donne les principes extractifs et extracto-résinéux; mais plus on la prolonge, plus les parties mucoso - sucrées et autres noircissent, s'oxydent , se décomposent et perdent de leur arôme. La rhubarbe, les myrobolans, la casse, qui sont laxatifs par une légère ébullition, deviennent seulement âcres, astringens par une forte décoction.

On a pour objet, dans ces opérations, d obtenir les parties muqueuses, extractivcs, salines; la gélatine, la substance co-

,5u SOLUTION.

lorantc, etc., des corps. Telle est Xeoctraction ; et lorsqu'on a concentré les parties solubles par l'évaporation du liquide, on a X extrait sec. Les décoctum se passent avec expression.

De la solution, la cohobation, la lixwiation.

On appelle solution, la simple division d'un corps dans un menstrue ou résolvant, sans que ses parties éprouvent d'altération, comme de la gélatine, ou d'un sel dans l'eau, de manière qu'on puisse les en retirer en même état par la soustraction du liquide. La solution parfaite doit être transparente. Le mercure dans l'acide nitrique n'y est pas en solution, mais en dissolution; le sucre, une résine, dans l'alcool, y sont en solution, non en dissolution. Le résolvant ou menstrue est le corps qui conserve sa forme et la donne à l'autre.

La cohobation consiste à verser un produit obtenu par distillation, sur son marc ou sur d'autres matières non épuisées, pour retirer un produit plus chargé. Cela est surtout nécessaire pour obtenir les huiles essentielles des végétaux et les autres produits volatils. Ainsi l'eau de laitue et la première décoction de cette plante à l'alambic, repassées ou recohobées sur de nouvelles laitues, jusqu'à cinq ou six fois, acquièrent des propriétés éminemment narcotiques.

On appelait circulatoire un vase dans lequel les liqueurs pouvaient s'élever en distillation et retomber sur le marc, opération inutile, qui ne diffère point d'une décoction en vaisseau clos. Boerhaave a distillé cinq cents fois la même eau sans rien obtenir, que quelques particules terreuses qu'elle contenait, et qu'il croyait formées par sa décomposition.

D'ordinaire, la lixiviation ou lessive s'opère sur les cendres des végétaux en versant de l'eau chaude dessus, en filtrant et faisant évaporer pour obtenir les sels. Par ce même procédé, on extrait aussi le nitre des terres et plâtres, ce qui constitue l'art du salpêtrier. On tire de même les sulfates des terres alumineuses et vitrioliques. Les sels qui se trouvent dans les extraits des plantes s'obtiennent en laissant putréfier les sucs ou extraits délayés dans de l'eau , ensuite en clarifiant , passant le liquide, le faisant évaporer et cristalliser dans un lieu frais. On sépare les cristaux salins des moisissures qui se forment. Les borraginées, la pariétaire, donnent du sulfate de chaux «étant jeunes, mais plus âgées elles fournissent du. nitre, du sulfatede potasse et dei'hydrochlorate de soude. Le soleil {fielianûius) donne beaucoup de nitre et de carbonate de potasse; le ta ma risc, du sulfate de soude; l'absinthe et l'y èhle,/lu sulfate depotasseet de l'hydrochlorate de soude; la dernière, un peu

DISSOLUTIONS, etc. i5i

de malate de chaux, sel fréquent aussi dans plusieurs sèves de plantes. On tire le sel de l'oseille (suroxalate de potasse), la crêméde tartre (surtartrate de potasse), l'acide tartrique des tamarins, etc., par évaporation et cristallisation spontane'e des liquides végétaux qui les contiennent.

Des dissolutions , et de la cristallisation.

Par la dissolution, les corps ne sont pas seulement fondus dans un liquide, mais combinés entre eux ou disgrégés; ainsi un métal, ou une terre, ou un alcali, sont en dissolution dans un acide ; il y a pénétration mutuelle. L'oxyde de plomb est dissous dans les emplâtres, l'huile dans les savons, etc. On ne peut les séparer que par intermède ou par analyse.

La cristallisation ne s'opère qu'au moyen de la liquidité ou de la fusion. Ainsi les métaux, le soufre, cristallisent par la chaleur, le phosphore par sa solution dans l'huile, la plupart des sels par l'eau, le sublimé corrosif (perchlorure de mercure), ï'hydrochlorate d'ammoniaque, les acides borique, benzoïque, par sublimation au feu, etc. Les beaux travaux de Romé-de-Lille, et surtout ceux de Haiïy, ont fait connaître les formes géométriques qu'affectent tous les corps cristallisables. Ce dernier a surtout montré les figures cristallisées primitives , d'où toutes les autres paraissent dérivées. Ce sont le tétraèdre (quatre faces), l'octaèdre (huit faces), le cube (six faces), le dodécaèdre (douze faces), l'icosaèdre (vingt faces.) Elles forment le noyau des cristaux plus composés, par des additions successives de petits cristaux , suivant certaines lois d'accroissement ou de décroissement. La plupart des sels affectent des formes prismatiques, ou le rhombe, l'octaèdre, le cube, et leurs dérivés. Si l'on place un cristal régulier de même sel dans une dissolution saline, on détermine sa cristallisation régulière.

L'évaporation, le froid, l'allusion de l'alcool pour s'emparer de l'eau, quelquefois la commotion électrique, ou un petit mouvement imprimé au liquide, déterminent la cristallisation. Plus le vase a de surface, plus la cristallisation s'opère facilement; c'est pourquoi l'on place des baguettes, des pailles, etc., dans ces liquides. Les sels déliquescens à l'air, ou qui en attirent l'humidité, ayant beaucoup d'afiinité avec l'eau, cristallisent difficilement , et plutôt par l'évaparation de l'eau que par le froid; car les molécules cristallines ont d'autant plus de tendance à se réunir, qu'elles sont plus rapprochées, et vice versd.

i52 ÉVAPORATION, etc.

De Vévaporation, des concentrations, de la dessiccation » etc.

Il faut distinguer la vaporisation avec ou sans dissolution d'un liquide dans l'air, et Vévaporation, laquelle produit la dessication. Dans la vaporisation, l'on considère la vapeur, sa raréfaction, sa force d'expansion (dans les pompes à feu), sa densité, etc., comme l'objet principal. Dans l'évaporation, c'est plutôt le résidu et son état plus ou moins concentré que Ton recherche pour cuire les sirops, rapprocher les extraits, concentrer les acides , faire cristalliser les sels. L'air, même très-froid , évapore la glace. En présentant de grandes surfaces à l'air , les liquides s'évaporent bien mieux ; c'est ainsi qu'on verse les eaux salées sur des fagots , pour hâter le rapprochement des sels.

Il y a plusieurs sortes de concentrations : telle est la distillation qui sépare les alcools, les éthers et autres corps très-volatils , d'une portion d'eau, parce qu'ils montent à une moindre chaleur qu'elle, et sont d'autant plus purs qu'on chauffe moins; c'est la rectification. L'on peut encore rectifier ces liqueurs sur de la craie, sur des alcalis et d'autres sels qui ont beaucoup d'affinité avec l'eau et la retiennent, ce qui s'appelle déphlegmation. L'alcool coagule l'albumine en s'emparant de son eau de solution, ce qui est une concentration; l'eau séparant l'alcool des teintures résineuses, fait précipiter ou concentrer la résine. C'est ainsi que l'alcool précipite des solutions de sels, en s'emparant de leur eau. Une autre concentration se fait par le moyen de la congélation ; car le froid , glaçant l'eau dans le vinaigre, ou le vin, les solutions salines, etc., concentre ces liquides, moins congelables par eux-mêmes. Les marins obtiennent même de l'eau potable avec l'eau de la mer, dans le Nord, par ce moyen. Il convient surtout pour les liquides qui perdent des principes par la chaleur et l'évaporation.

La dessication n'est que la soustraction de l'humidité desvégétaux et des animaux, par l'action de la chaleur ou de l'air sec. Alors leurs principes, plus rapprochés sous un même volume, offrent plus de sapidité, d'odeur, etc., mais perdent plusieurs substances volatiles, surtout dans les plantes crucifères ou antiscorbutiques. La dessication étant un des principaux moyens de conservation , il en sera parlé en traitant de celle-ci.

U efflorescence de plusieurs sels est la perte d'une partie de leur eau de cristallisation ; de là vient que leurs molécules salines se détachent en poussière farineuse (0. Plusieurs sels à

l (* ) Comme la fleur, ou les écailles de l'épiderme cireux des fruits.

- LIQUÉFACTION, etc. i53

hase de soude (carbonate, sulfate, phosphate), y sont sujets à l'air. L'alun, qu'on calcine, ou plutôt qu'on dessèche au feu, se boursouflle , devient poreux, blanc et léger. La décrépitation se fait dans l'hydrochlorate de soude soumis à la chaleur; c'est l'effraction de ses cristaux cubiques par la vaporisation de l'eau qui s'y trouve interposée, qui produit cet effet. Ce sel, ainsi que d'autres à l'état sec , attirent l'humidité de l'air, loin de s'effleurir.

i<> De la liquéfaction, fusion et liquation ; a<> de la torréfaction j de l'union et incinération.

i° La liquéfaction se dit des corps gras concrets, fondus par une chaleur modérée ; mais la fusion, s'appl i quant surtout aux métaux, exige une chaleur plus intense» Cependant Darcet avait trouvé un alliage, d'étain 8 parties, plomb 5, bismuth 3, qui fond dans l'eau bouillante, quoique chacun de ces métaux, séparément, ne se fondit qu'à une chaleur bien supérieure. Le nitrate d'argent que Ton fond pour la pierre infernale, le borax qui sert de flux , et d'autres sels, entrent aussi en fusion par la chaleur. La liquation est une séparation par la chaleur du mélange de corps inégalement fusibles. Ainsi un bloc de cuivre, allié à beaucoup de plomb, étant soumis à la chaleur, le plomb s'écoule par la liquation, et entraîne même des métaux avec lesquels il contracte de l'adhérence» comme l'or. Cette opération se pratique dans les mines avec des fourneaux particuliers. On pourrait séparer de même une partie de l'huile mêlée à de la cire, eta

a<> Quand on expose au feu nu des corps secs, végétaux ou animaux, ils se torréfient, roussissent, se charbonnent, exhalent toute l'eau qu'ils contenaient encore; les matériaux immédiats, autrement combinés, forment des odeurs, des saveurs particulières, comme le caramel dans les substances sucrées, une huile volatile dans le café; le gratin, le roux, etc., dans les chairs et graisses, rôties, grillées, demi-brûlées. La rhubarbe torréfiée devient astringente et n'est plus purgative.

Si la torréfaction est poussée plus loin , c'est Yustion ou Yincinèration; faite dans les vaisseaux clos, comme l'éponge brûlée , elle produit un charbon retenant encore quelque matière combustible empyreumatique plus ou moins soluble dans l'eau ; faite à l'air libre, l'incinération est plus complète. Ainsi l'ivoire, les os, la corne de cerf, chauffés jusqu'à devenir blancs, ont perdu tout principe combustible. Il faut bien distinguer l'incinération de la calcination. {Voyez cet article, pag. i55.)

i54 DISTILLATION, etc.

De la distillation , et de la sublimation,

Elles ne di fièrent qu' en ce que l'une agit sur des substances ou liquides ou qui fournissent une liqueur, et l'autre sur des sèches ; toutes deux sur des principes volatils. Elles consistent à séparer ceux-ci des parties fixes d'un corps composé ; elles ne s'opèrent que par l'intermède de la chaleur et dans des vaisseaux clos (0.

La distillation était jadis distinguée en trois espèces, per ascensum, per latus , et per descensum. Mais cette dernière est imparfaite et inusitée aujourd'hui; celle par côté ou avec la cornue est essentiellement la même que celle par ascension , et résulte toujours de l'écartement des molécules du foyer de la chaleur. On distinguera mieux la distillation en celle au bain-marie dont la chaleur est d'environ 6o° Réaumur, en celle à Veau bouillante de 8o° à 85°, en celle au bain de sable ou à Jeu nu, à une chaleur supérieure à ioo°, et qui se pousse à l'incandescence, ou à plusieurs degrés du pyromètre de Vedgewood -

On distille aubain-marie, ou à une douce chaleur, les éthers, les alcools, les esprits aromatiques qui s'élèvent à un degré inférieur à celui de l'eau bouillante, surtout lorsqu'on rectifie.

A l'eau bouillante, dans l'alambic ordinaire de métal, ou de cuivre étamé, à feu nu , les eaux distillées, les huiles essentielles, passent; mais il est à craindre que îes matières ne se brûlent vers la fin de la distillation , lorsque le résidu se concentre ou se dessèche (comme il arrive dans les distilleries à' esprits-de-grains) y et que la liqueur distillée ne contracte une odeur et une saveur d'empyreume. D'ailleurs, la chaleur de l'eau est plus élevée dans des vaisseaux fermés que lorsque son évaporation est libre.

La distillation , à une chaleur supérieure , ne produit que des décompositions pour les matières végétales qu animales ; on peut distiller des corps secs , comme les bois , les os , etc. , que la chaleur réduit en combinaisons liquides ou gazéi-

(«) On sait que l'Arabe Geber, qui vivait au septième siècle , passe pour le premier auteur de la distillation; cependant il parait que Aristote, Hippocratc, Galien, etc., en ont eu connaissance, selon les remarques de Rerkringius, Ilippocrat. Chemicus, Jacob. Anton. Cortusus, Petrus Severinus , Melchior Guifandini et André Libavius , Not. in Raymond. LulUum. La considération de la pluie, les gouttelettes qui se condensent aux couvercles des vases, dans les opérations culinaires les plus communes, ont dû donner de bonne heure ridée de distiller. ( Rubeus , Lib. de distillât. , sect. I , cap. I. )

(*) Il consiste dans le retrait que prend un petit cône d'alumine, retrait d'aûtant^plus considérable que la chaleur est plus vive.

GRILLAGE, etc. i55

formes. Elle est propre aux matières minérales surtout. On emploie sur le bain de sable, ou des cucurbites dites retortes, bu des cornues de verre , avec le récipient , et souvent les appareils de Woulf ou la cuve* hydro-pneumatique, pour recueillir les gaz. Dans les feux violens, on prend des cornues de verre ou de grès, ou de terre cuite et de porcelaine, ou de fer, placées au fourneau de réverbère. On les enduit, comme nous l'avons dit, d'un lut ou d'une sorte de cuirasse particulière qui les défend de la trop vive action d'un feu à nu.

Dans toutes ces opérations Ton doit luteravec soin les jointures, si Ton ne veut rien perdre; à moins qu'on ne craigne la fracture des vaisseaux par un trop grand dégagement de vapeurs ou de gaz , surtout lorsqu'on n'adapte pas les tubes de sûreté de Welther aux appareils. Dans les matières qui se figent au col de la cornue, comme le beurre d'antimoine (chlorure), et interceptent le passage, il faut entretenir de la chaleur pour les faire couler. On a soin aussi de refroidir souvent par de nouvelle eau le chapiteau des alambics; et, pour que le récipient ne soit pas trop voisin du foyer de la chaleur , on l'éloigné par une allonge.

La sublimation s'opère dans un matras placé sur un bain de sable, comme pour sublimer le deutochlorure de mercure, le sulfure de mercure rouge ou cinnabre, etc. Pour le soufre, on se servait de pots de terre, superposés en pile et ouverts à leur fond, ce qu'on nommait aludels, afin que le soufre s'élevât dans cette cheminée. L'acide benzoïque se sublime dans une terrine servant de couvercle (0 à celle où Ton fait chauffer le benjoin, avec la précaution de bien unir leurs jointures. Si quelques-unes de ces fleurs de benjoin sont jaunies par de l'huile empyreumatique, on les sublime une seconde fois. Au reste, le meilleur procédé pour les extraire est la voie humide et la combinaison avec la chaux. Lorsque l'alcool et le soufre se trouvent en contact à l'état de vapeur ou de sublimation, ils se combinent, mais par ce moyen seulement.

Du grillage , de la calcination, de la vitrification.

Le grillage se dit des minérais, qui, après avoir été boeâtrdés , ou concassés par des pilons , sont soumis au feu sur des grils de fer, pour dissiper le soufre, l'arsenic et autres minéralisateurs contraires à la réduction de la mine à l'état métallique. Cette pratique est surtout usitée pour les pyrites ou sulr fures. Quant aux mines de mercure , on doit recueillir la

(0 On y pratique une petite ouverture.

i56 GRILLAGE, etc.

vapeur, qui est le métal même volatilisé ; c?est alors une distillation.

On doit distinguer la calcination proprement dite de l'incinération et de ï'oxy dation; car la vraie calcination consiste seulement à priver la chaux, par exemple, d'eau et d'acide carbonique , par la chaleur , qui les fait dissiper. Les écailles d'huîtres se calcinent ainsi. On calcine des os à blancheur, en les privant, par le feu, de leur gélatine et de leur eau; en calcinant la magnésie, la potasse, etc., on les prive d'eau et d'acide carbonique; mais les métaux sont plutôt oxydables, et les substances végétales ou animales sont plutôt incinérables qu'oxydables ou calcinables. Ces distinctions importent beaucoup pour la netteté des connaissances.

En poussant la calcination au feu l'on parvient à la vitrification, pourvu que les matières soient fusibles ou jointes à des fondans, comme la silice aux alcalis fixes pour faire le verre, aux oxydes métalliques pour des verres colores ou émaux, aux terres pour des verres plus ou moins opaques. On vernit les poteries grossières avec l'alquifoux (galène ou sulfure de

Îilomb) oulalitharge; l'émail blanc de la faïence se fait avec de a fritte de sable, de la potée d'étain (oxyde) et du plomb. Le safre (oxyde de cobalt) donne les émaux bleus, le cuivre fait le vert, safre et manganèse font le noir, manganèse et potée d'étain font le pourpre (0; en y joignant le tartre, on a du

i'aune. Le fer donne les rouges et bruns, le chrome les verts , 'antimoine les orangés, etc. Les fondans sont les alcalis , les terres alcalines ou les oxydes, avec la silice. La porcelaine prend de retrait par la cuisson, et les autres poteries d'autant plus au'elles contiennent plus dklumine. Les sels neutres contenus dans les alcalis surnagent en écume le verre en Vision , et se rejettent sous le nom de fiel de verre. Les verres achromatiques ou sans couleurs d'iris et denses, pour les lunettes, se font avec les oxydes de plomb et la silice, comme le Jlintglass des Anglais. On nomme savon des verriers l'oxyde de manganèse, dont l'oxygène décolore le verre où il entre; mais si cet oxygène est en excès, il le rend violet. La fritte n'est qu'une demi-vitrification. Le chlorure de plomb fritte (suite de la décomposition du sel marin par la litharge) fait le jaune de Naplesj utile en peinture à l'huile. La fritte de cobalt, ou safre, est l'azur pour l'empois.

(«; L'or oxydé fait aussi le pourpre, celui de Caasius. On précipite pour cela îe mtro-hydrochloratfi d'or, par rétain.

DÉFLAGRATION, etc. ^7 Cémentation, stratification, coupellation , départ.

On cémente le fer, pour le rendre acier, en le faisant rougir fortement au feu, entouré de charbon pilé, qui forme un carbure propre à durcir ce métal. L'acier contient £ de charbon. Le plâtre en contact avec le verre, donne, par le même moyen, un verre opaque (porcelaine de R eau mur). On nomme eaux de cémentation celles qui, chargées de sulfate de cuivre, déposent ce métal sur la ferraille qu'on y met tremper.

La stratification consiste à placer des couches alternatives de deux ou plusieurs substances, superposées, stratum super stratum; elle s'opère pour la cémentation. En stratifiant des lames de cuivre avec des rafles de raisin humides , on obtient le vert-de-gris.

La coupelle, ou petite coupe, se fait avec des os bien calcinés, lavés, mis en pâte. On y place de l'or ou de l'argent impurs, qu'on mêle au plomb ou au bismuth, et on chauffe au fèu de réverbère; les métaux les plus oxydables, ou s'imbibent dans les pores de la coupelle, ou se volatilisent, et le métal le moins oxydable reste pur.

Dans le départ , on sépare de même le métal le plus oxydable par le feu , comme du cuivre l'elain1, qui est pour 7^ dans le métal des cloches. Les corps oxygénans, le nitre , le manganèse y aident. Le départ se fait aussi par la voie humide avec les acides : l'acide nitrique dissout l'argent mêlé à l'or, sans toucher à celui-ci, ou le cuivre mêlé à l'or , ou l'étain au

Î>lomb; cet acide dissout le cuivre ou le plomb, et précipite 'étain en oxyde. ( Voyez aussi au mot Liguation, pag. i53.)

Déflagration , 'dé tonnation et Julmination, effervescence, etc.

La déflagration est lorsque le nitre fuse, et se décompose sur les charbons ardens, ou sur un métal chauffé, comme dans les ctyssus d'antimoine, pour en faire Le deutoxyde diaphorétique , ou le fondant de Ko trou , ou le foie d'antimoine (oxyde d'antimoine hy drosulfuré ) de Ruland , etc.

Une dêtonnation est une plus prompte inflammation et avec bruit, comme fait la poudre à canon, inventée, au XIVe siècle, par Roger Bacon ou par le moine Berthold Schwartz, et dont les meilleures proportions sont 77 salpêtre, i4 charbon, 9 soufre (l'usage ordinaire est salpêtre 76, charbon et soufre a"à 1 1). Il faut choisir du charbon poreux de bois blanc et non humecté à l'air. Plus la compression est forte, plus le dégagement subit des gaz cause une vive explosion. On n'en peut guère distinguer la fulmination, qui s'opère dans

i58 COMBUSTION, etc.

des protoxydes d'or, d'argent, de mercure, précipités par l'ammoniaque , lorsqu'on les touche ou qu'on les broie. Il s'opère une rapide combinaison de l'oxygène avec l'hydrogène de l'ammoniaque. Le chlorate de potasse agit de même avec les combustibles sec$ (six parties de ce sel avec soufre et charbon a~a une partie font une poudre très -violente selon Berthollet , mais qui s'enflamme par le seul choc). La poudre fulminante, faite avec nitre, soufre, potasse et sciure de bois (ou du tartre brut), s'enflamme par la seule chaleur.

Le mot effervescence ne désigne qu'un dégagement de bulles dans un liquide , soit par suite de la dissolution d'un métal dans un acide, soit par fermentation spiritueuse, soit par l'action d'un dissolvant qui dégage l'acide carbonique des carbonates, etc.EUe s'opère avec chaleur lorsque l'acide nitrique mêlé d'un peu de sulfurique enflamme les huiles essentielles sur lesquelles on le verse.

De la combustion* l'oxydation, l'acidification, par l'oxygénation et l'hydrogénation.

C'est principalement sur ces phénomènes que se fonde la nouvelle théorie chimique. Georges-Ernest Stahl (0, fondateur de l'ancienne, avait établi dans son Traité de Sulfure et Salibus, que le soufre et les autres corps combustibles étaient formés d'une base, soit acide, soit terreuse, etc., et d'un principe inflammable, le phlogistique , qui, se détruisant parla combustion, laissait libre la base; qu'en restituant le phlogistique aux corps br&lés, on les revivifiait; que ce principe du feu étant très-léger, allégeait les corps, d'où vient qu'ils prenaient plus de poids quand ils en étaient privés { mais cette explication a été postérieure à cet auteur); que les corps trèsr déphlogistiqués, comme les acides, enlevaient le phlogistique aux métaux, etc.

L'illustre Lavoisier a reconnu , au contraire , que la combustion consistait toujours dans la fixation de l'oxygène soit de l'air soit des corps qui le donnent , sur le corps combustible , d'où venait un plus grand poids des oxydes métalliques , ce qu'on pouvait constater par la séparation de cet oxygène; que les corps combustibles étaient tous simples, mais plus ou moins susceptibles de se combiner à cet oxygène, c'est pourquoi souvent ils se l'enlèvent les uns aux autres ; que la chaleur et la

10 Célèbre médecin et chimiste, homme deeénie, né au dix-septième siècle, dans la Marche de Brandebourg , a été disciple de Beccher j a fait aussi une révolution dans la médecine, en fondant la secte des animistes.

COMBUSTION, etc. i59

flamme dans les combustions vives venaient de l'oxygène fondu en gaz par lé calorique lui-même, et qu'alors ce gaz se solidifiait en perdant ce calorique; qu'en le reprenant (comme lesoxydes de mercure chauffés au rouge) il redevenait gazeux, et le corps brûlé reprenait sa combustibilité ; que le charbon enlevant l'oxygène à l'acide sulfurique, rétablissait le soufre; que le phlogistique n'étant pas un corps démontrable et isolable, n'offrait qu'une hypothèse ingénieuse, etc.

Il y a deux sortes de combustions : celle à l'air libre, et l'autre latente ou cachée, comme les métaux et d'autres combustibles qui s'oxydent par les acides, ou par oxydation lente, avec ou sans le contact de l'eau , telle que la rouille du fer , les fermentations acides et putrides, etc. Celles-ci s'opèrent sans dégagement de lumière ni même de chaleur sensible. D'ailleurs l'oxygène déjà en partie sobdifié dans l'eau ou les acides, contient moins de calorique que celui à l'état gazeux.

On peut également produire la combustion au moyen de la pression forte de l'air, ou de la percussion, suivant des expériences de Dessaigne. C'est ainsi que l'on a fabriqué des briquets, par lesquels on allume de l'amadou en comprimant fortement de l'air dans un tube.

\1 oxydation des métaux , jadis nommée calcination , n'est ainsi qu'une fixation de l'oxygène (x). On nomme à présent peroxyde l'oxyde au maximum; deutoxyde , celui qui a deux fois la quantité d'oxygène du protoxyde : celui-ci est au minimum d'oxygénation.

Excepté l'hydrogène, le fluoré et plusieurs métaux, ou terres et alcalis, presque tous les corps combustibles deviennent acides par leur combinaison avec Y oxygène. C'est pourquoi on lui a donné ce nom qui désigne; cette faculté acidifiante M. L'analogie l'indique pour ceux qu'on n'a pu décomposer encore. Depuis Lavoisier, la théorie de l'acidification a changé, parce qu'on a reconnu qu'il existait des acides sans oxygène. Berthollet avait déjà signalé l'acide prussique, et on sait aujourd'hui que d'autres acides animaux (le margarique, l'oléique, le delphinique de M. Chevreul, extraits des graisses) n'ont point d'oxygène. Trommsdorf avait vu que l'hydrogène

(0 Le premier qui reconnut l'augmentation du poids des métaux par l'oxydation , et qui l'attribua à la fixation de l'air, sans en connaître les élémens , fut Jean Rcy, médecin périgourdin, dans ses Essays sur le calcinement de fétain et le plomb , in-8°. Baaas, i63o $ et nouvelle édition par Bayen , à Paris.

I9) O'fvt, aigre, yuitfuuj engendrer. Mais le chlore, Y iode , et peut-être d'autres corps encore , possèdent la faculté d'acidifier j il en est sans doute de même de tous les radioaux des bydracides , ceux-ci ne contenant pas d'oxygène.

i6o DÉSOXY GÉN ATION , etc.

sulfuré saturait des bases salifiables comme un acide , et le nomma hydrothionique ; c'est aujourd'hui l'acide hydrosulfurique de M. Gay-Lussac. On a vu, d'après Davy , que le chlore ne contenant pas d'oxygène ( ou n'étant pas de l'acide hydf oclilorique oxygéné), comme on l'avait pensé, il devenait par l'hydrogène acide hydrochlorique ou muriatique simple; de même l'iode passe par le moyen <Je l'hydrogène à l'état d'acide hydriodique. Enfin il en est de même du fluoré, qui donne un acide hydrofluori que, et du cyanogène, qui produic l'acide hydrocyanique (dit autrefois prussique). Il existe donc plusieurs hy dra ci des connus (0 ou corps acidifiés par leur combinaison avec l'hydrogène; et presque tous ces corps simples, le chlore, le fluoré, l'iode, le cyanogène, ont une action très-destructive et énergique sur les corps animaux ou végétaux, parce qu'ils tendent à leur arracher l'hydrogène pour s'acidifier. V oxygénation est un autre genre de combinaison. La suroxygénation s'opère sur plusieurs acides qui se chargent de beaucoup d'oxygène au moyen de la baryte oxygénée, par exemple, outre celui qu'ils doivent avoir comme acides. Cette surabondance diminue souvent l'acidité du coi-ps oxygéné , et c'est pour cela peut-être que l'oxygène ne rend pas l'hydrogène acide, en formant de l'eau avec lui; *

De faibles oxygénations dans les corps végétaux et animaux y développent divers composés , mais non toujours la formation d'acides.

Désoxygênation, revivijication.

L'on voit par ce qui précède que le débrûlement d'un corps, la réduction des acides sulfurique , phosphorique , carbonique, etc., en soufre, phosphore, carbone, et des oxydes en métaux, ne sont que la soustraction de l'oxygène qui leur était uni. Cela se fait par l'intermède de substances qui, ayant beaucoup d'affinité avec cet oxygène, l'enlèvent aux corps qui le contiennent. Ainsi on revivifie les Oxydes de mercure par la seule chaleur en vaisseaux clos; on désoxygène l'acide phosphorique par le charbon , etc. La lumière réduit plusieurs oxydes métalliques, l'argent, le mercure, etc.

X1) L'hydrogène produit des acides avec L'azote carboné ou cyanogène , Le gaz hydrogène sulfuré et le telltwc , L'acide muriatique , hydrochlorique ,

— — lluoriquc , hydroiluorique ,

— - — îodique , hydriodique.

■r— s- — bydro.\anthiquc, etc.

DESSICATION, etc. 161

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