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GIGUE

La Ciguë officinale est le Conium maculatum (Ombellifères). On emploie en médecine la plante verte, feuilles et tiges, et les fruits. Ceux-ci sont un biachène, comme celui de toutes les Ombellifères. Il est ovale, comprimé latéralement. Il porte cinq côtes ondulées, crénelées et égales. — Le fond des sillons ne porte pas de canaux colorés.

Toutes les parties de la ciguë contiennent un alcaloïde très-actif qui a été découvert par Giesecke. Il ne contient pas d'oxigène et a pour formule C16 H15 Az. On l'a nommé conicine, coniue et cimtine.

Conicine. — La conicine est liquide, d'apparence huileuse, d'une

couleur jaunâtre. Sa saveur est extrêmement acre ; son odeur tient à la fois de la ciguë, du tabac et de la souris ; on ne peut la sentir longtemps sans en être incommodé ; elle est du reste extrêmement vénéneuse, une seule goutte donne la mort à un chien. Sa densité est moindre que celle de l'eau. Elle bout à 212°, l'eau froide en dissout le centième de son poids ; elle est moins soluble a chaud. L'alcool la dissout en toutes proportions. Un mélange de i partie de conicine et 4 parties d'alcool, n'est pas précipité par l'eau. L'éther dissout 4/6 de son poids de cicutine ; cette base est également trèssoluble dans les huiles fixes et essentielles.

La conicine est très-altérable à Uair ; elle se colore en brun en passant par les nuances les plus belles et les plus variées. On ne peut la distiller dans une cornue pleine d'air sans qu'elle s'altère. ïl se fait de l'ammoniaque et une matière résineuse.

Ses dissolutions ramènent au bleu le papier rougi de tournesol. Elle sature les acides et forme des sels cristallisables avec les acides sulfurique, phosphorique, nitrique et oxalique. Les sels de conicine sont inodores ; mais quand ils sont humides ils répandent une légère odeur de conicine ; à l'air, ils éprouvent le môme genre d'altération que la conicine isolée ; ils sont solubles dans l'eau et dans l'alcool ; le tannin les précipite ; quand on les évapore, ils perdent une partie de leur base qui se sépare et se volatilise.

La conicine a été retirée des feuilles de ciguë ; mais elle se trouve en proportion plus grande dans les semences.

Pour obtenu* la conicine, on distille les semences de ciguë avec de la potasse caustique en dissolution étendue aussi longtemps que le produit de la distillation conserve de l'odeur. On sature la liqueur distillée avec de l'acide sulfurique, et on évapore en sirop. On ajoute au produit un mélange de 2 parties d'alcool et i partie d'éther, tant qu'il se précipite du sulfate d'ammoniaque, et l'on retire l'alcool par la distillation. On met le résidu dans une cornue avec une dissolution de potasse caustique très-concentrée, et l'on distille de nouveau.

La conicine est alors à l'état d'hydrate ; on l'obtient anhydre en la distillant sur du chlorure de calcium. Souvent elle retient de l'ammoniaque. On l'en débarrasse en la laissant séjourner dans le vide, ou en ayant recours au procédé de MM. Boutron et Henry, qui consiste à la traiter par un peu de chlore liquide, qui décompose l'ammoniaque sans toucher à la conicine.

Plus simplement pour l'usage médicinal, on opère par un procédé qui a été donné par MM. Devay et Guillermond, et que voici :

Avec les fruits de ciguë et l'alcool à 85e, on fait un extrait de consistance sirupeuse ; on le reprend par un peu d'eau pour séparer l'huile, et on l'introduit dans un flacon avec un peu de potasse caustique et de l'éther (le cinquième- du poids des fruits). On agite fortement et on sépare de l'éther. On répète cette manœuvre plusieurs fois, de manière à employer en tout un poids d'éther égal à celui des fruits. Le produit est une solution éthérée de conicine. MM. Devay et Guillermond s'en servent pour préparer une pommade propre à être employée en frictions et en pansements.

BAUME CICUTÉ.

Pr. : Éther cicuté 100 grammes.

Axonge 200 —

On laisse évaporer en grande partie l'éther cicuté à l'air libre et quand la conicine commence à se montrer sous la forme de gouttelettes jaunes, on y incorpore Taxonge en agitant pour achever l'évaporation à l'éther.

Quant à la conicine elle-même, elle ne se prête pas à l'usage interne.

Propriétés médicinales de la ciguë. — La ciguë que des paysans ont, dit-on, employée les premiers contre le cancer, avait été l'objet des observations de plusieurs médecins, lorsque Storck Ta préconisée de nouveau. Quand cette plante est administrée à haute dose, elle produit de l'assoupissement, de la stupeur, des syncopes. Le pouls se ralentit, il survient du refroidissement accompagné de nausées et de vomissements ; puis la mort arrive. A petite dose, tout se borne à quelques vertiges, à des nausées et à de l'anxiété.

La ciguë est considérée comme un agent très-puissant dans le traitement des engorgements chroniques. C'est un médicament qu'il faut manier avec prudence. On commence par de faibles doses que l'on peut successivement élever très-haut. Il n'y a de guérison que si tes doses sont suffisamment élevées et si le traitement est suivi avec persévérance.

C'est à la feuille de ciguë que l'on s'adresse ordinairement. On récolte la plante lorsque la tige est déjà développée et que les fleurs ont commencé à s'épanouir. Plus tard, les sucs de la plante seraient attirés en abondance vers les organes de la reproduction, au détriment des propriétés médicinales des feuilles et de la tige. Les feuilles bien mondées doivent être desséchées aussi rapidement que possible. Si la couleur verte et l'odeur de la plante sont bien

conservées, c'est l'indice certain d'une bonne dessiccation. Un kilogramme de ciguë fraîche donne un peu moins de 200 grammes «le ciguë sèche. En faisant l'opération sur des feuilles mondées avec soin, la perte est des cinq sixièmes.

La poudre et l'extrait de ciguë sont les formes sous lesquelles la ciguë est presque toujours employée.

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