DES PRÉPARATIONS DU CHLORE
Le Chlore est un corps simple dont le nom rappelle sa couleur jaune verdàtre. Il est gazeux ; mais il peut être liquéfié par un abaissement de température ou une forte compression ; son odeur et sa saveur sont fortes et caractéristiques ; il ne peut être respiré, même mélangé avec beaucoup d'air ; il produit un sentiment de strangulation et un resserrement à la poitrine, souvent accompagnés de toux, quelquefois de crachement de sang. Sa densité est 2,5.
Comme élément chimique, le chlore est l'un des corps les plus remarquables que nous connaissions, par la puissance de ses affinités. Il se rapproche tout à fait de l'oxygène par ses caractères électro-négatifs ; souvent même il paraît l'emporter sur lui, par exemple dans ses combinaisons avec la plupart des métaux. Le nombre proportionnel du chlore est AA,32. 11 forme avec l'oxygène cinq combinaisons: l'acide hypochloreux, l'acide chloreux, l'acide hypochlorique, l'acide chlorique et l'acide perchlorique. 2 volumes de chlore y sont combinés à I, 3, 4, 5 et 7 volumes d'oxygène.
On obtient le chlore par la réaction de l'acide chlorhydrique sur le peroxyde de manganèse. Il se fait de l'eau, du protochlorure de
manganèse et du chlore ; on peut admettre que l'oxyde de manganèse, qui contient deux proportions d'oxygène, forme de l'eau avec deux proportions ou quatre volumes d'hydrogène provenant de l'acide chlorhydrique, tandis que le manganèse, métal, se combine au chlpre ; mais le chlorure de manganèse qui se produit ne contenant qu'une proportion de chlore, tandis que les deux proportions d'hydrogène étaient combinées à deux proportions de chlore, la proportion excédante du chlore passe dans les récipients.
\*ero\. de mang Acide chlorhyd
Quand l'acide sulfurique est à bas prix, et que l'acide chlorhydrique est cher, on se sert, pour obtenir le chlore, d'un mélange de sel marin, de peroxyde de manganèse et d'acide sulfurique mêlé d'eau. La réaction consiste dans la transformation du sel marin en acide chlorhydrique et en soude par la décomposition de l'eau. La soude se combine à l'acide sulfurique, tandis que l'acide chlorhydrique réagit sur le manganèse comme nous l'avons dit; seulement tout l'acide chlorhydrique est changé en chlore, parce que ce n'est plus lui, mais l'acide sulfurique qui sature le protoxyde de manganèse formé.
Chlorure de sodium, i Na
Eau I H. } ) Acide chlorhydrique.
Acide «ulfurique S 0*7.' [Z'I S\5 | Su,fatC de ?0ude-
On admet encore que le sodium du sel marin enlève l'oxygène au peroxyde de manganèse, d'où résultent du chlore et de la soude ; ou bien encore, que le sodium s'oxydant par l'oxygène de l'eau, l'hydrogène de celle-ci réduit le peroxyde de manganèse à l'état de protoxyde en même temps que le chlore est mis en liberté ; la première des trois hypothèses est la plus vraisemblable.
On peut encore faire agir sur le peroxyde de manganèse un mélange d'acide sulfurique à 66° et d'acide chlorhydrique ; ici encore tout l'acide chlorhydrique est changé en chlore, parce que l'acide sulfurique sature le protoxyde de manganèse qui est formé.
La préférence à donner à l'une ou à l'autre de ces méthodes, est une question de temps et d'économie ; c'est la valeur commerciale
2 Cl. I chlore.
1 chlore. Chlore libre.
relative des acides sulfurique, chlorhydrique et du sel marin qui doit décider du choix.
Les proportions à employer sont les suivantes : protoxyde de manganèse, 1 ; acide chlorhydrique à 22 degrés, A. Il y a un excès de manganèse, mais suivant l'observation de Swarz et de Labillardière, il vaut mieux qu'il en soit ainsi ; on retire par des lavages le peroxyde qui n'a pas été attaqué ; il sert pour d'autres opérations.
Si Ton emploie l'acide chlorhydrique mêlé d'acide sulfurique, les proportions sont : peroxyde de manganèse, 2 ; acide chlorhydrique, 2; acide sulfurique, 1.
On commence par mêler peu à peu l'acide sulfurique et l'acide chlorhydrique, que l'on tient plongé dans l'eau froide pour éviter que le mélange ne s'échauffe ; à chaque affusion d'acide sulfurique, il y a production de chaleur par la combinaison de cet acide avec l'eau, et si le mélange ne se faisait pas lentement, on perdrait beaucoup de gaz chlorhydrique.
Il ne faut pas, comme le conseillent quelques personnes, faire une première décomposition avec l'acide chlorhydrique, puis en faire une seconde en versant plus tard l'acide sulfurique dans le vase distillatoire, même par petites portions ; il en résulterait que le chlore qui se dégagerait, serait mêlé d'une forte proportion de gaz chlorhydrique.
Quand on emploie le sel marin, les proportions sont : sel marin décrépité, 2 1/2; acide sulfurique à 66©, 4 ; eau, 3 ; peroxyde de manganèse, 2.
On mêle l'acide sulfurique à l'eau, et on laisse refroidir le mélange ; d'un autre côté, on réduit en poudre le peroxyde et le sel marin ; on les mélange intimement avant de les soumettre à l'action de l'acide sulfurique.
FUMIGATION DÉSINFECTANTE.
(Fumigation désinfectante de Guyton-Morveau.)
Pr. : Chlorure de sodium 2 1/2
Peroxyde de manganèse 2
Eau a
Acide sulfurique 4
On peut également faire ces fumigations avec le peroxyde de manganèse et l'acide chlorhydrique. Elles consistent en un dégagement de chlore.
L'opération se fait dans une petite terrine de terre que l'on place sur des cendres chaudes. On se sert aussi à cet effet d'appareils particuliers : ce sont des flacons en verre très-épais, dont le bord supé
rieur a été usé pour le polir. Après y avoir introduit les matières propres à produire le chlore, on les ferme au moyen d'une plaque de verre poli qui vient s'ajuster sur l'ouverture du flacon et s'y trouve serrée à l'aide d'une vis. Par ce moyen, on peut à volonté permettre au gaz de se répandre, ou s'opposer à sa sortie.
Les fumigations de chlore gazeux ont été conseillées dans le traitement des maladies chroniques du foie. Le malade doit être placé la tête en dehors dans un appareil fumigatoire. On s'en sert avec avantage pour rappeler à la vie les asphyxiés par l'hydrogène sulfuré ou par le gaz des fosses d'aisance ; mais il faut n'en faire respirer que peu à la fois. Voici l'expédient conseillé par M. Mialhe : On prend un mouchoir ou une grande compresse de toile, on la plie en quatre et on la trempe dans du vinaigre ordinaire ; après quoi, on place au milieu du carré une petite poignée de chlorure de chaux, et on replie le linge en serviette ; cela fait, on place la compresse chlorovinaigrée sous le nez du malade, en ayant soin d'activer de temps en temps le dégagement de chlore en comprimant le petit appareil avec le pouce. On obtient par ce moyen un dégagement mixte de chlore et d'acide acétique des plus salutaires. Aussitôt qu'on s'aperçoit que le patient commence à faire quelques inspirations, ce qu'on reconnaît à de légers mouvements, comme spasmodiques, que laisse apercevoir sa figure, et qui sont surtout perceptibles aux ailes du nez, il faut enlever de suite la compresse et ne la replacer sous le nez qu'à d'assez longs intervalles , afin de permettre la libre inspiration de l'air atmosphérique.
OU <>iu LIQUIDE.
L'eau dissout, suivant M. Gay-Lussac,
à 0 degrés.
1,43 vol. de chl.
à »0 degrés.
3 vol. de chlore.
Pour obtenir le chlore liquide, on fait passer dans l'eau distillée le chlore qui se produit dans l'une des opérations indiquées précédemment. On se sert d'un matras, ou si l'on opère sur des quantités plus fortes, d'une cornue de grès que l'on chauffe au bain de sable pour produire le chlore, et de l'appareil de Woulf (t. Ier, p. 430) pour faciliter sa dissolution; le premier vase ne doit contenir qu'une petite quantité d'eau destinée à retenir l'acide chlorhydrique qui est toujours entraîné en partie à la distillation. On met dans la cornue 1 par-
tie de peroxyde de manganèse pour 120 à 160 parties d'eau dans les flacons. On lute toutes les jointures, et Ton abrite les flacons de la lumière, en les couvrant de papier noir. Cela fait, on introduit l'acide chlorhydrique, et on laisse l'opération marcher pendant un jour ou deux sans le secours de la chaleur étrangère ; quand le dégagement du gaz cesse, alors on élève la température et on s'arrête aussitôt que les bulles ne se dégagent plus, ou qu'elles ne se succèdent qu'à des intervalles très-éloignés.
Il faut munir le dernier flacon d'un tube droit qui va porter l'excédant de chlore dans la cheminée du laboratoire, ou bien, ajouter un quatrième flacon dans lequel on met un lait de chaux.
Toutes les jointures de l'appareil doivent être lutées avec le plus grand soin ; les bouchons doivent être choisis, les trous qui doivent livrer passage au tube doivent être bien ronds et les tubes doivent y entrer à frottement ; on recouvre le bouchon d'un lut de pâte d'amandes, sur lequel on met encore des bandelettes enduites de lut de chaux et d'œufs, et que l'on assujettit avec plusieurs tours de ficelle. Le chlore se fait aisément passage, et, si l'on n'a pas eu le soin de lui oter tout moyen de sortir, il est fort difficile de l'arrêter une fois que l'opération est en train.
Le chlore liquide doit être préparé en petites quantités à la fois; il faut le conserver dans des flacons bien bouchés que Ton tient dans un lieu frais et obscur. Pour plus de précautions, on les recouvre de papier noir. Les rayons lumineux déterminent une décomposition de l'eau, il se dégage de l'oxygène et il se fait des acides chlorhydrique et hypochloreux.
Le chlore liquide a été essayé à l'intérieur contre les affections syphilitiques. Hallé et, plus tard, Gannal ont conseillé de le faire respirer pour guérir quelques catarrhes chroniques. On se sert d'un appareil fumigatoire qui le mélange avec beaucoup d'air et beaucoup de vapeur d'eau. On en a obtenu quelques succès. On s'en sert quelquefois encore pour laver et déterger des ulcères ou des plaies atteintes par la pourriture d'hôpital. En somme, c'est un agent peu utile et peu employé.