MO, CIO
Quand on fait passer du chlore dans une dissolution étendue de potasse ou de soude, ou dans un lait de chaux, le chlore décompose la moitié de l'oxyde alcalin, s'empare de son oxygène et constitue un
acide. Cet acide est l'acide hypochloreux; il est formé de 2 volumes ou 1 pp. chlore, 1 volume ou 4 pp. d'oxygène. Dans la réaction qui le produit, 4 pp. d'oxyde cède son radical au chlore et forme un chlorure métallique. L'oxygène de cette pp. d'oxyde se combine à 4 autre pp. de chlore et forme l'acide hypochloreux qui s'unit à l'oxyde non décomposé. La liqueur que Ton obtient contient donc 4 pp. de chlorure métallique et une proportion d'hypochlorite, chacun des deux composés contenant la même quantité de chlore. Ce mélange a été considéré longtemps, sous le nom de chlorure d'oxyde, comme une combinaison du chlore avec l'oxyde métallique.
L'acide hypochloreux est un acide liquide, d'un rouge de sang qui bout à 20°; il est très-soluble dans l'eau. Il a peu de puissance; beaucoup d'oxydes ne se combinent pas avec lui ; l'acide carbonique le chasse de ses combinaisons; par ses deux éléments, chlore et oxygène, il attaque un grand nombre de corps. Il se décompose même spontanément avec la plus grande facilité, en donnant du chlore, de l'oxygène et de l'acide chlorique.
Les hypochlorites ont une odeur et une saveur toutes particulières. Ils blanchissent et détruisent les couleurs végétales, par l'action double du chlore et de l'oxygène.
Tous les acides, même l'acide carbonique, décomposent les hypochlorites. Le métal du chlorure métallique prend l'oxygène de l'acide chloreux pour se dissoudre dans l'acide employé, tandis que le chlore se dégage provenant, partie du chlorure métallique, partie de l'acide hypochloreux détruit. Si l'on n'ajoute que la quantité d'acide nécessaire pour saturer la base de l'hypochlorite, alors l'acide hypochloreux reste dissous et indécomposé.
Quand on veut connaître la force d'une dissolution de chlore ou d'une dissolution d'hypochlorite, on peut rechercher quelle est sa puissance décolorante sur une dissolution d'indigo. Cet emploi de l'indigo n'est pas susceptible d'une grande précision, parce que la dissolution d'indigo est essentiellement altérable, et parce qu'il est difficile de saisir avec précision le moment où l'action décolorante a fini de s'exercer. M. Gay-Lussac a remplacé l'action décolorante sur l'indigo par l'action oxygénante sur l'acide arsénieux, qui permet de reconnaître avec une extrême exactitude la valeur des chlorures.
M. Gay-Lussac a pris pour unité de force l'action d'un volume de chlore sec, à la température de zéro, et sous la pression de 0B,,76, dissous dans un égal volume d'eau; cette unité est divisée en 400 parties égales ou degrés. Un degré chlorométrique représente donc un centième de volume de chlore.
On prépare une dissolution de chlore contenant son volume de chlore, et une dissolution arsénieuse telle que, sous le même volume, les deux dissolutions se détruisent mutuellement d'une manière complète.
La réaction consiste en ceci que l'eau est décomposée ; son oxygène se combine à l'acide arsénieux, tandis que l'hydrogène s'unit au chlore et forme de l'acide chlorhydrique dont le pouvoir décolorant est nul.
1 pp. arsenic qui pèse 94, plus 3 pp. d'oxygène qui pèsent 30, constituent 1 pp. d'acide arsénieux qui pèse 124.
1 pp. ou 124 d'acide arsénieux prendront à l'eau 2 pp. oxygène pour devenir acide arsénique ; l'hydrogène correspondant, savoir : 2 pp. changeront 2 pp. de chlore, soit 88,5, en acide chlorhydrique; le rapport entre l'acide arsénieux et le chlore qui seront détruits sera donc 124 à 88,5.
Soit un litre d'eau tenant en dissolution un litre de chlore, ce chlore pèse 3,15 grammes; si l'on dissout dans un litre d'eau une quantité d'acide arsénieux dont le poids soit à 3,15 comme 124 est à 88,5, savoir : 4,41 ; cette dissolution d'acide arsénieux, à volume égal, détruira complètement le chlore, en même temps que l'acide arsénieux qu'elle contient sera changé tout entier en acide arsénique.
On conçoit maintenant que si, prenant un volume de la dissolution arsénieuse, on le mélange avec une solution de chlore dont la force ne soit pas connue, on pourra juger par la quantité de dissolution arsénieuse nécessaire pour détruire ce chlore, de la quantité de celui-ci ; soit, par exemple, qu'il faille un volume de liqueur arsénieuse pour un volume de dissolution chlorée; c'est que celle-ci contient un volume de chlore : soit qu'il faille 1/2 de liqueur arsénieuse; c'est qu'il n'y a qu'un 1/2 volume de chlore dans la dissolution chlorée : soit qu'il faille 2 volumes de liqueur arsénieuse; c'est que la dissolution chlorée contient 2 volumes de chlore.
Si maintenant nous remplaçons le chlore par un hypochlorite, l'effet décolorant sera exactement le même que si tout le chlore qui a servi à le former était à l'état libre. Ainsi :
2 pp. chlore -f- 2 pp. chaux donnent :
i calcium -4- I chlore chlorure de calcium.
I calcium » -+• 1 oxyg. = chaux.
i chlore 4- « oxyg. =* ac. hyp. = hypochlorite de chaux.
Or, l'acide hypochloreux composé de 1 chlore -f- 1 oxygène a la même puissance de décoloration que 2 chlore qui sont entrés dans
la réaction, de telle sorte que Thypochlorite que Ton obtient avec une certaine quantité de chlore, produit le même effet décolorant que si le chlore était resté libre. Le mode d'action est seulement changé. Ainsi l'acide arsénieux est transformé en acide arsénique, en partie par l'oxygène de l'acide chloreux, en partie par la réaction due au chlore du même acide ; mais quand on emploie une dissolution d'acide arsénieux acide, comme on a l'habitude de le faire, le chlore est mis en liberté et l'action est la même que si l'on opérait directement sur du chlore libre.
Ceci posé, voici comment on mesurera la force ou le titre d'un hypochlorite, celui de chaux, par éxemple : soit 10 grammes le poids de Thypochlorite de ohaux soumis à l'essai; on le dissout dans l'eau, de manière que le volume total de la dissolution soit égal à un litre, dépôt compris.
Si l'on prend un volume constant de cette dissolution, 10 centimètres cubes, par exemple, divisés en 100 parties égales, et qu'on y verse peu à peu la dissolution arsénieuse, mesurée en mêmes parties, jusqu'à ce que le chlore soit détruit, la force de Thypochlorite sera proportionnelle au nombre des parties de la dissolution arsénieuse que Thypochlorite aura exigées. L'hypochlorite a-t-il détruit 100 parties de dissolution arsénieuse? il sera au titre normal de 400°; s'il a détruit seulement 80 parties de dissolution arsénieuse, il sera au titre de 80°, etc.
Cette manière d'opérer est assurément très-simple, mais elle est peu praticable, parce que la dissolution arsénieuse, qui est trèsacide, dégage du chlore en abondance, et l'essai est rendu par là très-inexact.
Si Ton verse, au contraire, la dissolution de Thypochlorite de chaux dans la dissolution arsénieuse, cet inconvénient n'a pas lieu, le chlore, trouvant toujours de l'acide arsénieux sur lequel il agit, à quelque degré de dilution qu'ils soient Tun et l'autre ; mais alors le titre de Thypochlorite n'est pas donné immédiatement; car il est en raison inverse du nombre de parties qu'il aura fallu en employer pour détruire la mesure de dissolution arsénieuse. S'il a fallu 50 parties d'hypochlorite, le titre sera 100 X 100/50 = 200; s'il en a fallu 200, le titre sera 100 X 100/200 = 50, etc. Néanmoins cet inconvénient n'est pas très-grave, puisqu'il se réduit à consulter une table dans laquelle on trouve le titre correspondant à chaque volume (Thypochlorite employé pour détruire la mesure constante de dissolution arsénieuse. Voici cette table :
BTWCHUMUTI
Tint
ITPOCILOUTI