IV. — HYPOSULPITE DE SOUDE
NaO, S*04 + 5Aq.
L'acide qui entre dans la composition des hyposulfites est S*0*, qui sature une proportion de base M 0. L'acide est fort peu stable, el à peine a-t-il été séparé qu'il se change en soufre et en acide sulfureux.
Les hyposulfites sont tous solubles dans l'eau; le seul dont on fasse usage est l'hyposulfite de soude. Il participe à la propriété excitante du soufre et des sulfures alcalins ; mais il est moins irritant que ceuxci. Il dissout la plupart des composés métalliques insolubles, et fournit, pour les faire pénétrer dans l'économie , un moyen facile dont les médecins n'usent pas assez. On attribue môme aux hyposulfites le pouvoir d'aller chercher dans les organes les composés métalliques qui y séjournent et qui nuisent à l'exercice libre des fonctions.
L'hyposulfite de soude était recommandé par Chaussier, à la dose de 2 à 4 grammes, contre les exanthèmes chroniques et les engorgements des viscères. On en a mal à propos négligé l'emploi.
L'hyposulfite de soude est blanc, transparent, inaltérable à l'air.
DU SOITRE.
Ses cristaux sont des prismes rhomboïdaux terminés par une (ace oblique et dont les arêtes aiguës sont remplacées par des faces. Il est très-soluble dans l'eau et insoluble dans l'alcool. Quand il est pur, sa dissolution ne précipite pas la dissolution de nitrate de baryte.
Pour préparer l'hyposulfite de soude, on opère par la méthode suivante décrite par M. Faget :
On dissout du carbonate de soude dans 2 fois son poids d'eau; on partage la liqueur en 2 parties égales, et l'on sursature l'une d'elles avec de l'acide sulfureux. On y mélange l'autre partie. On fait bouillir la liqueur dans un ballon pour chasser l'excès d'acide sulfureux ; alors on ajoute du soufre en fleurs (le huitième du poids du carbonate) ; on fait bouillir pour dissoudre le soufre, on filtre et l'on fait cristalliser.
Il est à remarquer que le bisulfite de soude ne donnerait pas de l'hyposulfite pur, mais de l'hyposulfite mêlé de sulfite et de trithionate de soude (S305, NaO). C'est pour cela qu'il faut débarrasser la liqueur de tout excès d'acide sulfureux avant d'ajouter le soufre.
On préparait l'hyposulfite en faisant passer l'acide sulfureux dans une dissolution de carbonate de soude mélangée de soufre; maison ne peut éviter alors qu'il ne se produise du bisulfite, et la pureté de l'hyposulfite en est altérée.
§ V. HYDROGÈNE SU FI KL Acide •ulfhydrique, acide hydrotalfurique.
HS.
L'Hydrogène sulfuré est un gaz qui exerce sur l'économie une action stupéfiante. Chez les animaux qui le respirent, il atteint profondément le système nerveux, le sang devient noir et les muscles perdent leur contractilité.
A dose modérée, il agit comme stimulant et possède les qualités curatives du soufre, contre les affections de la peau, celles de la poitrine, les rhumatismes. ( Voy. Eaix minérales et artificielles.)
L'hydrogène sulfuré est gazeux, incolore; il a une odeur fétide qui ressemble tout à fait à celle des œufs pourris. Sa densité est de 1,19. Il est extrêmement vénéneux; il est soluble dans l'eau. L'air le décompose lentement en brûlant l'hydrogène et en séparant le soufre. Il noircit la plupart des métaux , et précipite un grand
nombre de dissolutions salines en formant des sulfures métalliques diversement colorés.
Il contient 1 volume d'hydrogène égal au sien.
On ne l'emploie en médecine que sous forme de dissolution aqueuse. Il entre dans la composition de plusieurs eaux minérales. On le prépare par différents procédés.
i° Pr. : Sulfure d'antimoine en poudre t
Acide chlorhydrique du commerce 4
On opère dans une fiole, dans un matras ou dans une cornue en grès, suivant la quantité de matière que Ton emploie ; on verse l'acide chlorhydrique sur le sulfure métallique, et l'on aide l'action d'une douce chaleur, que Ton continue à faire agir, tant qu'il se dégage de l'hydrogène sulfuré. La réaction consiste dans la décomposition mutuelle de l'acide et du sulfure. Le chlore de l'acide chlorhydrique se combine à l'antimoine et constitue du chlorure d'antimoine ; en même temps que l'hydrogène de l'acide se combine au soufre et forme de l'hydrogène sulfuré. Il reste dans le vase distillatoire du chlorure d'antimoine qui est tenu en dissolution dans l'eau de l'acide à la faveur de la portion de cet acide qui n'a pas été altérée.
2« Pr. : Sulfure de fer î
Acide chlorhydrique ! 3
Il faut verser l'acide par portions sur le sulfure de fer, car ici la décomposition est bien plus vive qu'avec le sulfure d'antimoine. La réaction est du même genre ; il se fait du chlorure de fer et de l'acide hydrosulfurique. On active la décomposition à l'aide d'une douce chaleur. On peut remplacer l'acide chlorhydrique par l'acide sulfurique étendu de deux à trois fois son poids d'eau ; le résultat est le même, bien que le mode d'action soit changé. Alors l'eau est décomposée ; son oxygène fait passer le fer à l'état de protoxyde, lequel se combine à l'acide sulfurique, tandis que l'hydrogène se combine au soufre et produit l'hydrogène sulfuré.
3o Pr. : Limaille de fer 2
Soufre 1
On mélange les deux corps ; on les met dans un matras, et on y ajoute assez d'eau pour faire une bouillie. On chauffe un peu le matras pour faciliter la réaction ; elle se manifeste par un grand dégage-
>ogle
ment de chaleur et parla couleur noire que prend la masse. Quand elle est arrivée à ce point, on adapte au matras un bouchon et les tubes convenables, et Ton introduit par parties de l'acide sulfurique étendu ou de l'acide hydrochlorique qui dégage du gaz hydrogène sulfuré.
L'opération consiste ici à faire le sulfure de fer au moment même de l'opération ; on évite ainsi l'embarras qui accompagne la fabrication du sulfure de fer, et Ton obtient en quelques instants une matière que son grand état de division rend facilement attaquable et qui donne de l'hydrogène sulfuré avec la plus grande facilité ; aussi, cette méthode, qui a été donnée par M. Gay-Lussac, est-elle trèscommode dans les laboratoires. Elle est fondée sur la facilité avec laquelle le fer et le soufre se combinent avec l'aide de l'eau et d'une douce chaleur. La masse noire qui se produit est un sulfure de fer hydraté (hydrosulfate de fer de quelques chimistes).
Les pharmaciens dans leurs laboratoires donneront habituellement la préférence au traitement du sulfure d'antimoine, parce que cette opération, plus coûteuse en apparence, est cependant plus économique pour eux , le résidu de l'opération trouvant facilement son emploi pour la préparation du chlorure d'antimoine ou celle de l'émétique. Le traitement par le sulfure d'antimoine est aussi préférable pour les chimistes qui ont besoin d'hydrogène sulfuré exempt d'hydrogène ; car, dans le traitement du sulfure de fer artificiel, on ne saurait répondre que quelques parties de fer n'aient échappé à l'action du soufre et ne donnent de l'hydrogène par le contact de l'acide.
EAU HYDROSCLFtRÉE.
On introduit dans un matras ou dans une cornue du sulfure d'antimoine, et l'on y ajoute quatre fois son poids d'acide chlorhydrique du commerce (on pourrait recourir à l'emploi du sulfure de fer, mais alors il ne faudrait verser l'acide que par parties). On adapte un appareil de Woulf composé d'un premier flacon contenant peu d'eau, et destiné à retenir l'acide chlorhydrique qui pourrait passer à la distillation. Il est suivi d'une série de flacons presque entièrement remplis d'eau distillée récemment préparée, ou que Ton a fait bouillir pour en chasser l'air. On fait plonger le tube qui termine l'appareil dans un lait de chaux pour absorber le gaz hydrogène sulfuré qui arrive jusque-là; on fait marcher l'opération jusqu'à ce que l'eau du dernier flacon refuse absolument d'absorber le gaz, et que, par conséquent, il arrive tout entier dans le lait de chaux ; alors on démonte
l'appareil, et Ton distribue rapidement l'eau hydrosulfurée dans des bouteilles que l'on bouche aussitôt et dont on goudronne le bouchon, c'est qu'en effet l'eau hydrosulfurée se trouble très rapidement au contact de l'air, parce que l'oxygène brûle l'hydrogène en formant de l'eau ; le soufre se dépose à mesure. Plus tard il se fait de l'acide sulfureux, puis de l'acide sulfurique.
L'eau hydrosulfurée contient deux fois son volume de gaz ; elle sert à la préparation de quelques eaux minérales ; on l'emploie aussi comme réactif.