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AMANDES AMÈRES

Les Amandes amères, comme substance médicamenteuse, appartiennent à la série des médicaments cyaniques. Bien qu'elles ne contiennent pas d'acide cyanhydrique tout formé, nous allons voir que cet acide et une huile volatile de propriétés analogues sont la partie essentielle de toutes les préparations pharmaceutiques des amandes amères. Le laurier-cerise est exactement dans le môme cas. Ces deux substances viennent donc se ranger naturellement avec les préparations du cyanogène. <

L'action médicinale des amandes amères est la même que celle de l'acide cyanhydrique ; seulement, il y a des signes extérieurs de douleur, cris et convulsions d'apparence tétanique. Les anciens s'en servaient pour dissiper l'ivresse ; elles tuent les vers intestinaux.

Les amandes amères sont les semences de YAmygdalus communis, var. Amara (Drupacées). Elles sont composées de :

Huile fixe ; caséine ; émulsine ou synaptase ; amygdaline ; sucre liquide ; gomme ; résine jaunâtre.

Les semences de la tribu des Drupacées sont toutes remarquables par leur analogie avec les amandes amères; les espèces qui ont été analysées, les amandes du Prunus jmdus, du pêcher et du Cerasus avium, ont une composition pareille ; les autres sont certainement de même nature ; elles servent à fabriquer des liqueurs de table; celles du Cerasus mahaleb sont employées par les parfumeurs, à cause du principe prussique qui y est contenu. Toutes ces graines donnent une huile douce par expression ; celle que l'on retire du Prunus brigantiaca des Alpes est vendue sous le nom d'Huile de marmotte.

On a compté au nombre des principes constituants des amandes amères, l'acide prussique et une huile volatile; mais ces deux principes ne préexistent pas dans la graine. Aussi, quand on exprime les amandes amères pulvérisées, surtout lorsqu'elles sont un peu anciennes, et par conséquent bien sèches, on n'obtient que de l'huile

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douce, résultat qui ne saurait avoir lieu si les amandes contenaient en même temps de l'huile fixe et de l'huile volatile. Planche avait pensé que la chaleur était la principale cause du développement de l'essence ; MM. Henry et Guibourt ont démontrée qu'elle ne se produit que sous l'influence de l'humidité.

MM. Bobiquet et Boutron ont confirmé ces résultats; en traitant les amandes amères par l'éther et par l'alcool fort, ils n'ont pu séparer l'huile volatile. L'éther, mis en contact avec le marc des amandes exprimées, ne donne qu'un peu d'huile fixe. L'alcool fort et bouillant ne donne pas non plus d'huile volatile.

Ce qui est fort remarquable, c'est qu'aucun de ces produits obtenus soit par l'éther, soit par l'alcool, n'a l'odeur d'amandes amères, et que le marc mis en contact avec l'eau après qu'il a été épuisé par l'alcool, ne prend pas non plus l'odeur prussique. On n'a pu obtenir cet acide avec aucun des produits, ou par leur mélange entre eux, ou avec le résidu d'amandes.

L'huile volatile résulte de la réaction de la synaptase ou émulsine des amandes sur la matière cristalline que l'on peut retirer de celleci, et qui a reçu le nom d'Amygdaline.

VAmygdaline est une matière blanche, cristalline, dont la saveur, d'abord sucrée, rappelle bientôt celle des amandes amères. Elle est très-soluble dans l'eau ; l'alcool froid la dissout en très-petite quantité à froid et en grande quantité à l'ébuliition. Elle cristallise par le refroidissement. L'alcool absolu à froid en dissout à peine des traces. L'éther ne la dissout pas. Elle est formée de C20 H47 0SÎ Az1 : quand elle a cristallisé dans l'eau, elle retient 6 prop. d'eau de cristallisation, et elle est alors cristallisée en longs prismes soyeux ; si elle a cristallisé dans l'alcool, elle ne retient que 4 proportions d'eau : elle est alors cristallisée en aiguilles courtes ou en paillettes soyeuses. Les alcalis caustiques la décomposent en ammoniaque et en un acide particulier (acide amygdalique). Les éléments de l'eau concourent à cetie iransionnation.

Pour préparer l'amygdaline, on traite deux fois le tourteau d'amandes par l'alcool à 94e. On passe à travers un linge et on presse le résidu; le liquide trouble laisse souvent déposer de l'huile grasse que l'on sépare; on le chauffe et on le filtre. Après quelques jours, une partie de l'amygdaline a cristallisé. On distille l'eau mère au sixième de son volume, et on la mélange avec de l'éther qui précipite l'amygdaline ; on la recueille et on la comprime entre des papiers sans colle qui la débarrassent d'une grande partie d'huile grasse ; on la lave à l'éther et on la fait redissoudre dans l'alcool fort,

bouillant , d'où elle se dépose cristallisée par le refroidissement.

La synaptase ou émulsine a une grande analogie de propriétés avec Palbumine ; elle est cornée, opaque, dure, très-soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool. Sa dissolution se coagule à 60° ; sous ce rapport elle ressemble beaucoup à l'albumine, dont elle paraît être une modification. Son caractère essentiel est d'agir à la manière d'un ferment sur l'amygdaline, dont elle détermine la transformation en huile d'amandes amères. Le procédé de préparation de la synaptase consiste à traiter le tourteau d'amandes amères par l'eau froide, à précipiter la matière caséeuse par l'acide acétique, à filtrer et à précipiter la synaptase par l'alcool.

La formation de l'huile d'amandes amères et ses principales propriétés sont liées à une théorie extrêmement remarquable établie par Liebig et Wœhler. Elle suppose un radical particulier, le benzoïle, capable, à la manière des radicaux simples, de se combiner avec divers éléments négatifs, qui forment, en se substituant l'un à l'autre, une série de composés.

Le benzoïle Bz est formé de C1* H5 0*.

1 pp. Bz. et 1 pp. Oxygène. —

1 pp. Bz. et 1 pp. Hydrogène. —

1 pp. Bz. et 1 pp. Chlore. —

1 pp. Bz. et 1 pp. Iode ou soufre. —

Acide benzoîque ou benzoïlique.

Hydrure de benzoïle (huile essentielle d'amandes amères).

Chlorure de benzoïle.

lodure ou sulfure de benzoïle.

L'huile volatile d'amandes amères est changée en acide benzoîque au contact de l'air ; c'est que l'oxygène est absorbé. Il brûle l'hydrogène de l'huile en formant de l*eau, en même temps qu'il se combine au benzoïle et constitue de l'acide benzoîque (Bz 1 pp. 0 i pp.).

Le chlore, en agissant sur l'essence d'amandes amères, se combine à l'hydrogène et forme de l'acide hydrochlorique en même temps qu'il se combine au benzoïle et le change en chlorure. A son tour, ce chlorure, mis en contact avec l'eau, s'empare de ses deux éléments. L'hydrogène de l'eau et le chlore du chlorure de benzoïle forment de l'acide hydrochlorique, tandis que l'oxygène de l'eau et le benzoïle constituent de l'acide benzoîque.

On peut, dans une théorie plus simple, considérer l'essence d'amandes amères comme une molécule complexe formée de Cu H6 0*, dans laquelle une proportion d'hydrogène peut, sans que le type de la molécule soit altéré, être remplacée par une proportion d'oxygène,

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de chlore, de soufre, etc. L'essence d'amandes amères, exposée à l'air, absorbe l'oxygène et se change en acide benzoïque.

L'essence d'amandes amères, chauffée avec l'hydrate de potasse, donne de l'hydrogène et un benzoate alcalin.

L'acide nitrique la change en acide benzoïque.

Ces diverses réactions s'expliquent facilement d'après la composition de l'huile d'amandes amères. .

Liebig et Wœhler ont trouvé que l'huile d'amandes amères se forme par l'action de lasynaptase des amandes sur l'amygdalîne. Cette propriété n'appartient qu'à la matière albumineuse des amandes et point à celle que l'on trouve dans d'autres parties des végétaux.

Elle agit comme un véritable ferment. L'amygdaline se change, sous son influence, en acide hydrocyanique, en huile volatile, en sucre de canne et en deux autres matières mal examinées. On peut concevoir la réaction suivante :

Asote.

. Hydrogène.

Oiygè

Acide hydrocyanique

Substances inexaminées

Voici les circonstances nécessaires à la décomposition.

La synaptase ou émulsine ne doit pas avoir été coagulée, soit par la chaleur, soit par l'ébullition avec l'alcool; mais si on précipite sa dissolution aqueuse par l'alcool, comme elle ne perd pas par là sa solubilité dans l'eau, elle ne perd pas non plus la propriété de changer l'amygdaline en huile essentielle.

La transformation se fait à la température ordinaire ; elle se fait mieux par un contact de 5 à 6 heures, à une température de 30 à 40 degrés.

La quantité d'eau que l'on emploie a une influence marquée. Il semble que la décomposition cesse quand l'eau est saturée d'essence. S'il y a moins d eau que l'essence séparée n'en a besoin pour se dissoudre, une partie de l'amygdaline reste indécomposée.

On peut former l'huile d'amandes amères en mettant de l'amygdaline soit avec la dissolution filtrée d'émulsine, soit avec une émulsion d'amandes douces.

Pour préparer l'huile volatile d'amandes amères, on prend des tourteaux d'amandes amères récemment exprimés; on les pulvérise, on y ajoute assez d'eau froide pour en faire une pâte liquide ; on laisse macérer pendant 24 heures dans la cucurbite d'un alambic, on adapte

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