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ÉTHERS DU PREMIER GENRE

Les Éthers du premier genre ne contiennent aucune portion de l'acide qui les a formés ; ils ne constituent réellement qu'une seule espèce, bien qu'ils portent les noms d'éthers Sulfurique, Phosphorique, Arsénique, Fluoborique, suivant la nature de l'acide sous l'influence duquel ils se sont formés.

DES ETHKRS

ÈTBEIV SULFURIQUE.

(Éther hydr.tique, Oxyde déthyle.)

L'Éther sulfuriquc a été découvert par Valérius Cordius en 1540.

L'éther sulfurique est un liquide très-fluide, incolore, d'une odeur vive et suave, d'une saveur chaude ; sa densité à + 20° est 0,7155. Il est extrêmement volatil, il bout à 35,6 sous la pression de 76° c. de mercure. Sa vapeur est très-dense, elle pèse 2,565. Quand on verse de l'éther sur la main, il produit un grand froid, à cause de sa prompte volatilisation et de la chaleur qu'il enlève à la main pour se réduire en vapeur ; il s'altère lentement à l'air, et devient acide ; il s'y fait de l'acide et de l'éther acétiques.

Le chlore décompose instantanément l'éther.

Le brôme et l'iode s'y dissolvent ; peu à peu il se fait des acides hydrobrômique et hydriodique. Le soufre se dissout en petite quantité dans l'éther; celui-ci peut en prendre 13 millièmes, et le laisser cristallisé en aiguilles par l'évaporation. Le phosphore se dissout aussi dans l'éther, à la température ordinaire.

L'éther et l'eau, agités ensemble, se séparent en deux couches, l'une, supérieure, d'éther qui contient de l'eau en dissolution ; l'autre, inférieure, d'eau, qui contient 4/9 de son poids d'éther; à la chaleur, l'éther abandonne l'eau et se volatilise.

On prépare l'éther sulfurique en faisant agir l'alcool sur l'acide sulfurique à l'aide de la chaleur. L'opération consiste dans une distillation, et plusieurs appareils différents peuvent être employés.

Quand on opère en petit, on se sert avec avantage de l'appareil ci-contre.

Une grande cornue en verre tubulée, à tubulure large, est placée sur un bain de sable. On l'y enterre jusqu'à la hauteur où le liquide doit s'élever dans la cornue. Cette cornue porte une allonge qui écarte la cornue du réfrigérant ; elle pénètre dans un ballon fixé sur un serpentin ordinaire. La spirale du serpentin est terminée à la base par un long tube qui va porter l'éther loin de l'appareil, et s'il est possible dans une pièce voisine. A une certaine distance de la cornue et à une hauteur plus grande que sa tubulure, on place un grand flacon destiné à recevoir de l'alcool. Il porte à sa base une tubulure dans laquelle est fixé un tube de verre, qui, se courbant à angle droit au-dessus de la tubulure de la cornue, y pénètre dans le mélange d'alcool et d'acide sulfurique qui doit fournir l'éther. Par le bouchon de cette même tubulure, on fait passer un thermomètre

qui plonge dans le liquide et dont la tige soit assez longue pour que le 1206 degré soit en dehors. Afin de rendre l'appareil moins fragile, et plus encore pour pouvoir régler à volonté l'écoulement de l'alcool du flacon dans la cornue, le tube est coupé en 2 parties; mais on les relie l'une avec l'autre par deux tubes en caoutchouc qui sont attachés d'autre part aux deux bouts d'un robinet en cuivre.

On lute toutes les jointures avec soin et l'on place un récipient à l'extrémité du réfrigérant pour recevoir les produits.

L'appareil étant disposé, on mélange dans une terrine l'alcool et l'acide sulfurique ; on verse l'acide sur l'alcool, et non l'alcool sur l'acide ; autrement celui-ci se trouvant en excès, par rapport à l'alcool, le charbonnerait en partie. Il se développe beaucoup de chaleur. On introduit de suite ce mélange dans la cornue, on adapte le tube de verre, on lute avec soin la tubulure et l'on chauffe pour porter le liquide à l'ébullition le plus promptement possible.

Aussitôt que le thermomètre est arrivé à \ 30 degrés, on ouvre le robinet du tube de verre et l'on fait couler lentement de l'alcool, de manière à entretenir la température entre 130 et 140 degrés, et

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l'on continue ainsi tant que dure l'opération. Les proportions d'acide et d'alcool à employer sont les suivantes :

Pr. : Alcool à 85« 7

Acide sulfurique à 66» 10

L'alcool que l'on fait couler dans la cornue doit marquer 95e. La quantité n'en est pas limitée; elle peut aller à 10 et 15 fois le poids du mélange. On s'arrête quand on s'aperçoit que la proportion d'éther diminue dans le produit.

L'appareil que je viens de décrire convient pour des opérations en petit. Si l'on voulait opérer sur une plus grande échelle, il faudrait remplacer la cornue par un alambic en cuivre à chapiteau en plomb et chauffé au moyen d'un fourneau mobile. — Je renvoie les personnes qui voudraient se livrer à cette fabrication, au tome XVI du Journal de pharmacie et de chimie, où elles trouveront la description d'un appareil que j'ai donné pour la fabrication en grand de l'éther et sa rectification dans la même opération.

L'éther, quand il vient d'être préparé, contient de l'eau, de l'alcool, souvent de l'acide sulfureux, de l'acide sulfovinique et de l'huile douce de vin (sulfate d'éther). Pour le rectifier, on le mêle avec une solution concentrée de soude ou de potasse caustique, et on l'agite fortement, de temps à autre, pendant 24 à 48 heures; on peut remplacer la potasse par de la chaux. On sépare la liqueur éthérée de la solution alcaline, ôt on la rectifie par une nouvelle | distillation. Celle-ci se fait dans le bain-marie d'un alambic que l'on

échauffe avec de l'eau chaude, quand on opère sur de petites quantités, et qu'on échauffe avec de la vapeur, quand on rectifie de plus grandes quantités d'éther.

Ce procédé de rectification ne suffit pas quand on veut rectifier l'éther très-impur du commerce. Il faut y ajouter le vingtième de son poids d'huile et le distiller dans un alambic. On interpose entre la cucurbite et le chapiteau une sorte de bain-marie percé de trous à son fond, et que l'on remplit de braise mouillée avec de la lessive des savonniers que la vapeur d'éther est forcée de traverser.

L'éther rectifié doit avoir une odeur f ranche ; on s'assure de sa pureté en en versant un peu sur la main et en le laissant évaporer ; il ne , doit laisser après lui aucune trace de l'odeur de l'huile douce de vin.

I L'éther médicinal est mélangé d'alcool ; sa pesanteur spécifique est

0,758, et il marque 56° à l'aréomètre de Baumé. La densité de l'éther pur est 0,729 ; il marque 65° à l'aréomètre de Baumé.

La formation de l'éther par l'action de l'acide sulfurique, prise

dans sa généralité, consiste dans la déperdition faite par l'alcool de la moitié de l'eau ou des éléments de l'eau qu'il contient. L'alcool est en effet représenté dans sa composition par des volumes égaux de gaz hydrogène bicarboné et de vapeur d'eau ; l'éther pur contient 1 volume d'hydrogène bicarboné, et 1/2 volume d'eau; d'où il résulte qu'en enlevant à l'alcool la moitié de l'eau qu'il contient, on le transforme en éther.

Dans une théorie fort simple qui a été proposée par M. Mitscherlich, l'acide, par une simple action de contact, à la température de 130 à 140 degrés, déterminerait le dédoublement de la molécule d'alcool et son partage en eau et en alcool. Cette théorie est assez goûtée, bien qu'elle ne paraisse pas être l'expression de la vérité. J'ai vu, par exemple, qu'en faisant passer de l'alcool dans un mélange d'eau et d'acide sulfurique bouillant à 140 degrés, il ne se fait pas d'éther. Pourquoi se fait-il à la même température dans le mélange d'eau et d'alcool?

On admet plus volontiers que le dégagement de l'éther est précédé de la formation de l'acide sulfovinique (acide éthyl-sulfurique) qui, dans une seconde réaction sur une molécule d'alcool, donne de l'acide sulfurique et de l'éther.

Dans une première réaction, l'acide sulfurique et l'alcool se changent en acide sulfovinique et en eau.

S«0« + 2Aq = Acide sulfurique.

lAq+OHK) *= Alcool.

SH>« :i.\q C»HH) deviennent

S'0«-}- I Aq -H CkH*0 = Acide sulfovinique. 2Aq = Eau.

Dans une seconde réaction, l'acide sulfovinique et une molécule d'alcool donnent de l'acide sulfurique et 2 molécules d'éther.

S*0« + lAq + C>H»0 = Acide sulfovinique. lAq+CMIH) = Alcool.

2Aq C»H'«0«

deviennent

SK)« + 2Aq= = Acide sulfurique hi-hvdrolé.

C»H'<H)*= Ether.

D'après les expériences de M. Liebig, dans un mélange d'acide sulfurique et d'alcool, l'acide sulfovinique se fait et se maintient jusqu'à

DES ETHEKS.

oe que l'ébullition ait lieu à 1*7°; à ce moment, il passe à la distillation un mélange d'alcool et d'éther ; à partir de ce point, et surtout à 140% l'acide sulfovinique se décompose, et il passe à la distillation seulement de l'eau et de l'éther ; cette action se continue tant que l'on n'arrive pas jusqu'à 160° de température; alors, comme nous le verrons, il se fait d'autres produits. • 1

En tout cas, puisque le mélange éthérifianl laisse distiller de l'eau et de l'éther dans les proportions qui constituent l'alcool absolu, il est tout naturel que si l'on fait arriver peu à peu de nouvel alcool absolu, celui-ci sera successivement changé en acide sulfovinique, en eau et en éther, et que l'opération pourra ainsi être continuée à l'infini ; le même acide sulfurique exerçant une action toute pareille sur chaque partie d'alcool à mesure qu'elle lui est présentée. C'est à M, Boullay que l'on doit la découverte de ce fait capital. f Mais dans la fabrication de l'éther c'est de l'alcool aqueux (alcool à 92e) que l'on fait arriver dans la cornue ; il se fait en conséquence un acide sulfurique plus hydraté, mais qui est encore très-propre à l'éthérification. Si l'acide devenait trop aqueux, l'éthérification n'aurait plus lieu, parce que l'alcool échapperait à toute action chimique et passerait directement à la distillation.

Dans la pratique, il n'est pas possible de faire servir indéfiniment le même acide à la préparation de l'éther ; la quantité de celui-ci que Ton obtient, diminue de plus en plus. La disposition de l'appareil a une grande influence sur le résultat. Avec l'appareil dont je me sers à la Pharmacie centrale , l'acide sulfurique éthérifie aisément trente à quarante fois son poids d'alcool.

Dn mélange d'alcool et d'acide sulfurique étant donné, si l'alcool est dans d'autres proportions que celles indiquées par la théorie, l'excès d'eau et d'alcool passera à la distillation, et l'éther ne commencera à se faire que lorsque le mélange se sera assez concentré pour que la température de l'ébullition soit au moins à 127°.

Si, dans le courant ou vers la fin de l'opération, on laisse concentrer le liquide de manière à ce que la température dépasse 460 degrés, la liqueur noircit; vers 407°, il se fait de l'acide sulfureux et sans doute de l'acide carbonique et de l'eau ; vers 170 à 180°, de l'acide sulfureux, de l'acide carbonique, de l'hydrogène carboné et du sulfate neutre d'éther ou huile douce de vin. La formation des premiers produits résulte probablement de l'action de l'acide sulfurique sur les matières organiques que l'alcool contient toujours; ces matières sont charbonnées d'abord, puis brûlées par l'acide sulfurique : de là de l'eau, de l'acide carbonique, de l'acide sulfureux et du

charbon ; plus tard l'alcool éprouve lui-même ce genre de décomposition, mais en même temps une portion d'alcool est décomposée entièrement en eau et en gaz hydrogène carboné ; une autre portion est amenée seulement à l'état d'éther dont une partie se volatilise, tandis qu'une autre partie se sature complètement d'acide sulfurique et forme du sulfate neutre d'éther (sulfate d'éthyie) accompagné par des carbures d'hydrogène isomères de l'hydrogène percarboné (huile douce de vin) ; il distille toujours en même temps un peu d'acide sulfovinique.

La présence de l'huile douce oblige à employer un alcali puissant pour la rectification de l'éther; cet alcali sature l'acide sulfureux; en même temps il sature l'acide sulfovinique, il décompose le sulfate neutre d'éther en acide sulfovinique qu'il change en sulfovinate et probablement en alcool et en huile de vin légère, qui ne bout qu'à 280 degrés, et qui par conséquent reste dans les derniers produits de la rectification.

Propriétés médicinales de l'éther. L'éther sulfurique est très-sou vent employé en médecine. Il détermine une excitation de la susceptibilité nerveuse qui peut aller jusqu'à causer quelques vertiges; mais cet effet dure peu ; l'éther est bientôt éliminé par la muqueuse pulmonaire.

Il est d'un usage habituel comme antispasmodique ; il a surtout action sur les affections nerveuses, soudaines dans leur apparition ;on y a souvent recours quand d'autres maladies se compliquent d'accidents nerveux. — C'est un bon remède contre le tamia; il faut administrer un gros d'éther, puis chasser le ver par une administration d'huile de ricin. L'éther est un remède populaire contre le hoquet, les coliques venteuses; on l'applique sur le front pour dissiper les maux de tête et la migraine. Il est le véhicule des médicaments connus sous le nom de teintures éthérées.

On l'administre sur du sucre ou dans un verre d'eau sucrée ou une potion. On a imaginé de l'enfermer dans une enveloppe de pâte de jujubes (perles d'éther).

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