ÉTHER SULFURIQUE
(Éiher, Osyde d'éfthyle.)
Ce composé a été découvert par Valérius Gordius en i MO .
I/éther sulfurique est un liquide incolore, très-mobile, doué d'une odeur vive et suave ; sa saVeur est d'abord brûlante, puis elle laisse une impression de fraîcheur. La densité de Téllier varie notablement avec la température, ainsi qu'il résulte du tableau suivant :
nsK^trii Di l'^trih pur. temmRratpri».
L'éther jM^out, à la tempéralure de 35*^6. (Gay-Lussac.) La vapeur d'èttiCTiposséde une densité de 2,i>65 par rapport à l'air.
L'éther et la vapeur d*éther sont inflammables ; la vapeur d'éther, mélangée à l'oxygène ou à l'air, constitue un mélange détonant. On ne saurait donc apporter trop de prudence dans le maniement de ce liquide et dans sa conservation.
En raison de sa grande volatilité et de la chaleur qu'il absorbe eo Sf transformant en vapeur, l'éther est utilisé pour produire deat-refroidissements intenses et rapides. Depuis longtemps, on a observé la sensation de froid qui résulte de Taffusion de Téther sur une partie da corps. On a utilisé la projection de l'éther en filet liquide ou mieux divisé à Taide d'un appareil pulvérisateur, dans le but d'obtenir l'anesthésie locale consécutive au refroidissement.
L'éther et l'alcool se dissolvent réciproquement en toutes p^opo^ tions. L'eau agHée avec Téther en dissout environ i.9 de son poids à -h 12®, et la solution présente, à cette t^pérature, une densité de 0,983. U solubilité de l'éther dans l'eau djScrott avec la température; nous aurons occAion de revenir sur ce fait en traitant du sirop d'éther.
Le pouvoir dissolvant de l'éther s'exerce sur une fiAile de substances parmi lesquelles il convient de citer le soufire, le phosphore, le
ËTHER SULFIIRIQDE. 053
brome, l'iode, les clilomres rerritjiie et merciiriqiie. les corps gras solides et liquides, tes matières résineuses.
Préjiaration. On prépare l'cther sulfurique en Taisant agir l'alcool sur l'acide suUurique à une température déterminée. L'o[Jëration s'exécute dans un appareil distillaloire dont la Torme et la disposition peuvent être Ires-variées suivant qu'on opère dans un laboratoire ou industriellement et sur une grande échelle.
Quand on opère.en petit, la dispnïilupn •[m: imu^ .nmiia ilciiire {fiif. 55) constitUcW appareil classique.
Il se compose d'uhe grande cornue eu verre a tubulure large,
654 MÉDICAMENTS GUIJUQUES.
placée sur un bain de sable dans lequel elle est plongée jusqu à la hauteur où le liquide doit s^élever. Le col de cette cornue se rend dans une allonge qui écarte la cornue du réfrigérant, et qui pénètre dans un ballon fixé sur un serpentin d*alaiiibic ordinaire. La spirale du serpentin est terminée à sa base par un long tube qui va porter l'étiier condensé loin de l'appareil, et s'il est possible dans une pièce voisine. A une certaine distance de la cornue et à une hauteur plus grande que la tubulure, on place un flacon de grande capacité destiné à recevoir Talcool. 11 porte à sa base une tubulure dans laquelle est fixé un tube de verre, qui, se courbant à angle droit au-dessus de la tubulure de la cornue, y pénètre dans le mélange d'alcool et d'acide sulfurique qui doitfournir Téther. A travers le bouchon de cette même tubulure onengatt^un thermomètre qui plonge dans le liquide, et dont la tige est assez longue pour que le 120^ degré soit en dehors. Afin de rendre Tapparcil moins fragile, et plus encore afin de pouvoir régler à volonté Técoulement de Talcool qui sort du flacon pour se rendre dans la cornue, le tube est coupé en 2 parties qui sont reliées Tune avec l'autre au moyen de deux tubes en caoutchouc attachés d'autre part aux dçux bouts d'un robinet en cuivre.
On lute toutes les jointures avec soin et l'on place un récipient à l'extrémité du réfrigérant pour recevoir les produits.
L'appuAétant ainsi disposé, on mélange dans une terrine l'alaiol et l'acide sulfurique. Il convient de verser l'acide dans Talcool, et non l'alcool dans l'acide ; car durant l'opération inverse, l'acide se trouvant en excès relativement à l'alcool, le carboniserait en partie. 11 se développe beaucoup de chaleur pendant le mélange. On introduit de suite ce liquide dana la cornue, on adapte le tube de verre, on lute avec soin la tubulure, et l'on chauffe pour porter le liquide à l'ébullition le plus promptement possible.
Aussitôt que le thermomètre est arrivé à 1 50 degrés, on ouvre le robinet du tube de verre" et l'on fait couler lentement l'alcool, de manière à entreteniît^ la température entre 150 et i iO degrés, et l'on continue ainsi tant que dure l'opération. Les proportions d'acide et d'alcool à employer sont les suivantes :
Pr. : Alcool à 85-.
Acide sulfurique à 66- = 1,84 D.. 10
L'alcool que l'tn fait couler dans la cornue doit marquer 95s l^a quantité n'«n est pas limitée ; elle peut atteindre 10 et 15 fois le poids du mélange. On s'arrête quand on constate que llfiproportion d*ëther diminue notablement dans le produit de la di^ilktton.
ÉTH£R SULFURIQUË. 655
L'appareil que nous venonëiie décrire convient puui* des opérations portant sur quelques litres d'alcool. Si l'on voulait agir sur une grande échelle, il faudrait remplacer la cornue par un alambic en «suivre à chapiteau de plomb et chauffé au moyen d'uu fourneau mobile. — Les personnes qui se livrent à la fabrication de Téther trouveront dans le tome XYl du Journal de pharmacie ^de chimie^ la description d'un appareil étabh par Soubeiran poff la fabrication en grand de Téther et pour sa rectification dans la même opj^ation.
La préparation de l'éther par l'action éthérifiante préïque indéfinie d'une proportion limitée d'acide sulfurique, est fondée sur les expériences déjà andénnes de BouUay.
La théorie d^a production de Téther, sous l'influence d'une température suffisamment élevée appliquée à un m^ange d'||^ol et d'acide sulfurique, est restée pendant de longues flpesun problème qui a semblé défier la sagacité des chimistes.
M. Williamson (1855) a démontré à l'aide d'un ensemble imposant de preuves expérimentales et théoriques, que Téthériflcation de l'alcool par l'acide sulfurique est un phénomène complexe et qui comprend deux périodes successives. Dans la première période, une molécule d'acide sulfurique transforme l'alcool en acide éthysulfurique (sulfovinique) et en eau ; réaction qui peut être exprimée par l'équation suivante : ^
Dans la seconde période, l'acide éthylsulfurique réagit sur l'alcool libre et donne naissance à de l'éther (oxyde d*éthyle) et à de l'acide sulfurique,
La nature complexe des masses en présence, et celle des produits formés ont été l'écueil sur lequel avaient échoué les théoriciens qui n'avaient pas pu, avant M. Williamson, concilier la production de l'éther par déshydratation de l'alcool avec le dégagement d'eau qui accompagne l'opération. La régénération de l'acide sulfurique dans la seconde phase de la réaction, rend égaleme^l compte du pouyoir éthérifiant presque illimité d'une même dose d'acide sulfurique.
Désirant consacrer ^^tjllde pharmacologique de l'éther d'assez longs développements, nous limiterons à ces simples indications la partie théorique de sa fabrication. Ceux de nos lecteurs qui veulent être en possessiim des démonstrations complètes de H. WilUarnson, liront avec profit Te résumé de ses beaux travaux pallié par lui-même ^
656 \ MÉDICAMENTS CHOUQUES.
dans le tome XL de la 3® série des Amales de chimie et de phy$ique (1854).
Hectification de Véther, Uélher sulfurique résultant de Topération que nous venons de décrire est impur, et doit subir divers traitements, que l'on oAprcnd sous le nom de rectification. En effet, l*alcool et l'acide sulkrique bien que mélangés en proportions convenables e^hmffés à une température déterminée, fournissent des liquides dont la composition varie pendant les périodes successives de l'opération.
Au début, on peut recueillir un mélange d*éthe%et d'alcool peu » hydrat^jplus tard la quantité d'eau augmente d'une Taçon apjirécia- Ble, et ^*s la fi^Ékns le cas où la température s'élève trop, il se dégage de l'acide^Bfureux et un liquide complexe que l'on désigne encore sous les noms anciens d'huile de vin douce ou Almile de vin pesante. Ce liquide est constitué essentiellement par un mélange de sulfale d'éthyle et de plusieurs hydrocarbures isomères du gai oléOant. L'éther, l'alcool et l'eau sont les produits nécessaires des réactions ou mieux des conditions auxquelles on soumet le mélange. Les autres composés peuvent être considérés comme accidentels, mais leur génération n'en est pas moins constante, et leur proportion seule est moindre €t variable.
Pour les usages ordinaires de la pharmacie, les auteurs conseillent de rectifier l'éther en le mélangeant à une solulion concentrée de soude ou de potasse. Les deux liquides sont maintenus en contact pendant quarante-huit heurtas environ, et Ton a soin de les agiter fréquemment et fortemcnl. Pour un litre d'éthor, il est nécessaire d'employer 60 granunes au moins d'une solution alcaline possédant une densité de 1,320 à 4- i5<>. L'éther est ensuite décanté avec un siphon, et soumis à la distillation dans le bain-marie d'un alambic chauffé à l'eau ou à la vapeur. Une seconde rectification après digestion prolongée avec la môme quantité de liqueur alcaline est prescrite par quelques praticiens pour enlever à Téthor toute réaction acide.
Les éthersdu commerce étant chargés de produits hydrocarbonés volatils , quelquefoll^ différents entre eux , mais toujours doués d'une odeur plus ou moins repoussante, ne peuvent pas en être dépouillés par les manipulations précédé|it|K Guibourt, le premier, a indiqué- un procédé ingénieux et très-simple pour priver les éthers de cm composés nuisibles. Cette addition à la rectification simple consiste à placer dans le bam-marie, avec l'éther d^^anté de dessus la soude, 60 grammes pour 1,000 grammes d'huiles d'amandes ou plus