IPÉCACUANHA
Le nom brésilien d'Ipécacuanha est donné à la racine d'une pLinte qui n'a été bien connue en Europe que vers Tannée 1686. Elle avait été apportée par un marchand nommé Grenier, qui en confia l'expérimentation à Adrien Helvétius. Ce médecin, ayant guéri le Dauphin par remploi de Tipécacuanha, Louis XIV le combla d'honneurs et lui permit de vendre son remède ; Grenier, n'ayant pu obtenir la part qui lui était due, divulgua le secret.
L'ipécacuanha employé en médecine est la racine du Cq)halU Ipécacuanha Rich. (Rubiacées), plante herbacée qui croit dans les forêts du Brésil. Cette racine est très-nettement partagée en un corps ligneux central (medituUium) et en une partie corticale, lesquels se séparent facilement l'un de l'autre. Le médituUium est cylindrique, homogène, à peine coloré ; Técorce est relativement épaisse, inégale, et ses divisions transversales lui donnent l'apparence d'une série d'anneaux traversés par le méditullium ; sa consistance est cornée, sa couleur grise en dedans, d'un gris noirâtre en dehors « L'ipécacuanha possède une odeur nauséabonde et une saveur acre. On a distingué quelques variétés d'Ipécacuanha annelé qui se rapportent à ce type : /. imnelé rougeâlrcy qui a reçu cette dénomination en raison de sa couleur ; i. annelé supérieur^ cette racine est la plus volumineuse^ elle est souvent mêlée de souches et de tiges, elle est mœns contournée, moins ondulée à la surface que l'espèce ordinaire. Le diamètre de l'ipécacuanha varie entre 3 et 5 millimètres.
Les traités de matière médicale signalent deux ipécacuanhas dus à des genres différents de la famille des Rubiacées ; ce sont les suivants.
Jl)écacuanha strié. Racine fournie par le Psycholria emetica Mut., du Brésil. Elle est grise rougeâtrc, striée longitudinalement ; l'écorcc adhère au médituUium. Cet Ipécacuanha contient moitié moins de matière vomitive que l'ipécacuanha annelé.
Ipécacuanha ondulé ou /. blanc. C'est la racine du Richardsotiia 9cabra Saint-Hil. 11 ressemble à l'ipécacuanha annelé, mats sa partie corticale ne constitue pas de véritables anneaux ; la racine est ondulée, et chaque repli qu'elle forme détermine d'un côté une partie saillante et sur la face opposée une partie rentrante. Cette racine est trèsamylacée, et renferme trois fois moins de parties vomitives que l'ipécacuanha annelé.
U> seul ipécacuanha ofDcinal est la racine du Cephalis Ipécacuanha ;
n. — VH' ÉDIT. 1
ÏAft£ UBRARY. STANFORD UNIVERSITE
les ipécacuaiihas striés et ondulés sont tout à fait exclus de la matière médicale européenne et n existent plus dans le conunerce.
L'ipécacuanha contient, d'après Pelletier :
Extrait vomitif [émétinc impui*c] 8,3
Extrait non vomitif ■ 1,3
Gomme 7» >
Amidon 31
Ligneux '. . . 43,1
Matière grasse odorante 1
Cire 3
Perle '. ^,8
L'écorce seule contient 16 p. 100 d'extrait vomitif.
Il importe de noter que le principe vomitif pur, Vémétxney n*est pas représenté dans cette analyse à l'état isolé.
On admet généralement que l'émétine existe dans la racine à Tétat de combinaison avec un acide spécial [Acide ipécacuanhique), lequel se rapproche par ses propriétés de Tacide gallique. Ce composé trèsincomplétement étudié présente un goût amer très-prononcé, il s'altère rapidement à Tair, et absorbe énergiquement l'oxygène surtout en présence des alcalis.
Uemétine est une substance dont les propriétés basiques sont peu prononct'ïcs^ sa composition est trop peu connue pour être exprimée par une formule rationnelle. Pelletier et Dumas ont proposé la formule C^II^Azo*, que M. Lefort croit devoir doubler.
Cette matière a été découverte par Pelletier dans Tipécacuanha annelé, et elle parait exister dans les trois espèces précitées. Brandes a isolé un principe immédiat identique ou analogue de la racine de Cainça, laquelle provient d'un végétal de la famille des Rubiacées.
L'émétine se présente sous la forme d'une poudre incristallisable, incolore lorsqu'elle est pure; sa saveur est légèrement amère; elle fait vomir à la dose de quelques centigrammes.
L'émétine est fusible à 50"*, elle se dissout assez bien dans l'eau froide, et mieux encore dans l'eau chaude. L'alcool la dissout parfaitement. Elle est à peine soluble dans les huiles et dans Téther. L'acide nitrique la précipite de ses dissolutions salines en une masse qui prend bientôt un aspect résinoïde. (J. liCfort.)
L'acide gallique et la noix de galle la précipitent de ses dissolutions.
L'acétate de plomb est sans action sur elle quand elle est pure; ce sel précipite rémétine colorée.
alcaloïdes. - IPÉCACUA1>)HA. 99
tlie sature incomplètement les acides, et donne des sels incristallisables.
Une grande quantité d'ipécacuanha ne fournit qu'une petite pro- |K»rtion 4l'émétinc ; ce fait parait résulter de l'imperfection du procédé employé pour l'isoler.
Pour obtenir l'émétine, on prépare un extrait alcoolique d'ipécaoianha au moyen de l'alcool à 95*". On dissout cet extrait dans 10 parties d*eau, et l'on filtre la solution afin de séparer la matière grasse; on ajoute à la liqueur un poids de magnésie calcinée égal à celui de I extrait, et Ton évapore le mélange à siccité. On réduit le résidu en IMKidrc fine ; on le lave avec 4 à 5 parties d'eau froide, on le sèche de nouveau, et on le traite par l'alcool à OO^' bouillant. On distille cet alcool à siccité, et l'on traite le résidu par l'acide sulfurique dilué et le charbon animal ; on précipite l'émétine de la liqueur par l'ammoniaque. Il est important d'employer, dans tout le cours de l'opération, des liqueurs concentrées, car l'émétine est notablement soluble dans l'eau ; c'est pour la même raison qu'on ne lave pas le précipité magnésien. Malgré ces précautions, une grande partie de l'émétine reste dans les liqueurs ; aussi n'obtient-on d'une forte profiortion de racine qu'une petite quantité de produit, laquelle est bien loin de représenter, par son action, les propriétés vomitives d'un \mAs correspondant de racine d'ipécacuanha.
M. Leprat, pour préparer l'émétine, fait dissoudre l'extrait alcoolique d'ipécacuanha dans cinq fois son poids d'eau distillée, il filtre la S4ilution et ajoute 2 p. 100 de potasse caustique et 15 p. 100 de t hloroforme. Après avoir agité pendant quelques instants le mélange, il le laisse reposer pendant une demi-heure, sépare la solution chloro-
ammomaque.
|H>ur 100 d'ipécacuanha.
L'émétine pure n'est pas employée ; on préfère avec raison à ce produit mal défini et dispendieux les préparations pharmaceutiques dont la racine d'ipécacuanha est la base.
Propriétés thérapeutiques de Vipécacuanha. L'ipécacuanha fait vomir moins rapidement que l'émélique, mais les vomissements sont plus durables. On le donne à la dose de 1 gramme à 2 grammes de poudre que l'on administre en plusieurs fois. A petite dose (1 centigr. toutes les demi-heures), l'ipécacuanha détermine du malaise, des nausées et une sudation générale.
iOO MÉDICAMENTS FOURNIS PAR LES VÉGÉTAUX.
L'ipécacuanlia a d*abordété employé comme médicament antidyseiitérique; on l'administrait en poudre et en décoction. Dans les diarrhées simples accompagnées d*un état saburral, il agit efficacement et promptement. L*ipécacuanha est quelquefois prescrit dans la pneumonie, comme hyposthénisant, à la dose de 2 grammes dans une potion. La tolérance s*établit facilement; il déprime le pouls, provoque des sueurs, diminue Tétat phlegmasique, facilite l'expectoration et modifie la nature des sécrétions bronchiques. 11 est surtout usité dans les pneumonies compliquées d'un état saburral de l'eslomac.
C'est un remède souvent employé dans les catarrhes chroniques accompagnés d'accidents nerveux, et dans le cours de la coqueluche dont il rend les quin'es moins fréquentes.
POUDRE d'iPÉGACUANHA.
La poudre d'ipécacuanha est la forme sous laquelle la racine du Cephalis Ipecacuanha est le plus ordinairement administrée.
On pulvérise l'ipécacuanha dans un mortier de fer couvert, et l'on ne fait entrer dans la poudre que les trois premiei*s quarts du produit obtenu. Le résidu est formé presque entièrement par la partie ligneuse; celle-ci est peu friable et beaucoup moins vomitive que la couche corticale. Ce résidu peut être utilisé pour la préparation de l'émétinc.
On recommandait autrefois de triturer la racine dans un mortier en fer, de manière à détacher la partie corticale du méditullium ligneux, de rejeter le méditullium et de pulvériser l'écorce de la racine sans laisser de résidu. Cette manipulation est difficile ù cxéculer quand Tipécacuanha, ce qui a toiyours lieu, est un mélange do racines de différentes grosseurs ; dans les petites racines, le méditullium ne se sépare pas nettement par la tiîturation.
La poudre d*ipécacuanha est plus active que la racine, précisément à cause de la séparation du méditullium.
L'ipétracuanha mondé de sa partie corticale nous a fourni une partie de méditullium et quatre parties d*écorce. Le rapport entre les quantités d'extrait fournies par un même poids de chacune de ces matières est de 10 ù 17. La par.ie corticale seule donne donc une poudre plus active que la racine entière dans le rapport de 1/H environ.
alcaloïdes. — IPÊGâGUANHA. 101
TABLETfES D^IPÉGAGUANHA .
Pr. : Poudre d'ipécacuanha i
Sacre très-blanc pulvérisé 49
Gomme adragante. 4
Eau de fleur d'oranger. 34
Faites des tablettes de 50 centigrammes ; chacune contient environ 1 centigranune de poudre d'ipècacuanha.
On prépare ces tablettes avec du sucre très-blanc, parce que la poudre d*ipécacuanha les colore toujours un peu ; on se sert d*un niacîlage épais, et Ton malaxe la pâte sur une table, sans la battre dans un mortier, pour éviter, autant que possible, de dissoudre la partie extractive de l'ipécacuanha qui colorerait les tablettes.
On a parfois trouvé de prétendues tablettes d'ipècacuanha dans lestpteiles Vémétique a été substitué à la racine vomitive. Pour reconnaiire cette falsification, il suffit de délayer quelques-unes de ces postules dans Veau et de laisser déposer ; avec les tablettes bien préparées la poudre d'ipècacuanha se sépare immédiatement. Dans le cas où le dépôt ne s'opère pas, on filtre la liqueur, et, après l'avoir légèrement acidulée au moyen de quelques gouttes d'acide chlorhydrique, on V verse de Veau chargée diacide suif hydrique, laquelle la colore en jaune, et donne même naissance à un \>récipité jaune orangé de sulfure d^anlimoine^ s'il y a de Vémétique dans les tablettes.
T.\BLBTTES D'iPÉCACUANnA AU CHOCOLAT.
(TaUellea de Daubenton.)
Pr. : Ipécacuanha pulvérisé 1
Chocolat à la vanille iO
Liquéflez le chocolat à une douce chaleur, incorporez la poudre d*ipécaciianha, divisez la masse en fragments de 65 centigrammes que vous roulerez en boules et auxquelles vous ferez prendre une forme hémisphérique, en lesposant pendant quelques instants sur une [ilaquede fer-blanc chauffée.
Ct's tablettes sont d*un usage commode ; les enfants les acceptent sans aucune difficulté.
LmiMEirr de hannat.
Pr. : Poudre d'ipécacuanha i
Huile d'olive i
Axonge 2
Mêlez.
On frictionne trois ou quatre fois par jour pendant 15 minutes environ. 11 apparaît sur la peau un grand nombre de petites papules et de vésicules, qui prennent plus tard le caractère de pustules et Unissent par tomber sous la forme de croûtes peu épaisses.
Ce Uniment a été recommandé pour rappeler quelques afTections cutanées.
HTDROLÉ dVÉCAGUAKHA.
Pr. : Ipécacuanha broyé 8 gr.
" Eau 375
On partage l'eau en trois doses, et chacune d'elles sert successivement à faire une décoction. La quantité totale du produit doit êtn' de 180 grammes, que l'on administre en trois fois.
Employé contre la dysenterie. (Spielman).
(Méthode brénlienne.)
Pr. : Ipécacuanha concassé 2 à 8 gr.
Eau bouillante "itiO
Faites une infusion de 12 heures, puis une seconde et une troisième semblables que vous conserverez à part. La première infusion provoque souvent des vomissements et des selles ; la seconde fait rarement vomir, il y a seulement des nausées et quelques selles; à la troisième, les selles diminuent pour ne plus augmenter.