‹ Traite de pharmacie theorique et pratique v. 2, 1870Chapitre 73 sur 494 · EAU ALBUMINEUSE · texte numérisé non relu

EAU ALBUMINEUSE

Pr. : Blancs d'œufe N* 2

Eau froide 1000

I bat les blancs d'œufs délayés dans une petite quantité d'eau, au în d'un fouet d'osier ; on ajoute le reste du liquide, et l'on passe ivers une étamine.

Ite solution albumineuse est quelquefois prescrite pour combattre ccidents inflammatoires. L'eau albumineuse est souvent adminisà l'intérieur comme contre-poison du sublimé corrosif, f/albu- ? forme avec ce sel un composé insoluble presque inaffensif ; i il ne faut pas ingérer l'eau albumineuse en trop grande quantité, elle peut redissoudre le précipité formé, et rendre au chlorure ^urique la faculté d'être absorbable. On sait du reste que Teau alineuse n'est qu'un palliatif, et qu'il faut se hâter de débarrasser ibe digestif de la combinaison mercurielle toxique. . Hondier a prescrit avec succès dans le traitement de la dysenterie I albumineuse à la dose de 4 à 5 bouteilles par jour. 11 administre iltanément des lavements préparés aver^ deux ou trois blancs rfb» et répétés trois fois par jour.

Le Codex donne la formule d*une eau albumineuse dans laquelle il fait entrer pour 1 litre d'eau, 4 blancs d'œufei 10 grammes d'eau de fleur d'oranger,

suiop d'œuf.

J'r. ; OBufs nMO 60

Sucre en poudre 100

Sel marin 2

Eau de fleur d'oranger 3

On bat les œufs, blancs et jaunes, avec 6 parties d'eau jusqu'à ce qu'ils soient bien divisés. On passe à travers une étamine claire ; on ajoute le sucre, le sel et l'eau de fleur d'oranger, on fait dissoudre le tout à la température ordinaire, en agitant de temps en temps ; on passe.

Ce sirop est recommandé comme analeptique et d'une digestion facile chez les sujets affaiblis par de longues maladies. La formule est due à M. Payen, qui a employé ce sirop avec succès sur lui-môme. Le Codex ne donne pas de formule pour cette préparation.

HUILE d'œufs.

On prend des jaunes d'œufs récents, on les fait évaporer dans un poêlon d'argent, en agitant sans cesse jusqu'à ce que, par l'expression de la matière entre les doigts, on voie l'huile suinter ; alors on l'enferme dans un sac de coutil, et on l'exprime promptement entre des plaques d'étain chauffées ; on filtre à chaud.

Ce procédé est dû à Henry, il a été adopté par le Codex et est préférable à tous les autres moyens de préparation qui ont été proposés. L'huile d'œufs ainsi obtenue est trés-douce, ce qui est trèsimportant quand on la prescrit pour le traitement des gerçures du sein.

Pour obtenir une plus grande quantité de produit, on a recommandé la formule suivante.

On prend des jaunes d'œufs ; on les chauffe au bain-marie en agitant pour les diviser et pour favoriser l'évaporation ; ils sont tenus sur le feu jusqu'à ce que l'huile commence à s'en séparer, et qu'ils prennent l'apparence dune bouilHe. Alors on les laisse refroidir, et on les introduit dans un flacon avec de l'éthcr. Après vingt-quatre heures, on verse le mélange dans un appareil de déplacement ; on le laisse égouttcr, et l'on épuise le résidu au moyen de nouvel étlier.

Les liqueurs éthérées sont recueillies et soumises à la distillation ; on obtient pour produit une huile jaune mélangée avec une matière visqueuse, on fait chauiïer le liquide afin de séparer cette matière, laquelle finit par s*isoIer ; on passe à travers un linge fin et Ton filtre à chaud.

L'huile ainsi préparée est douce, à la condition toutefois que l'on ait eu le soin de se servir d'éther parfaitement rectifié ; dans le cas contraire toutes les impuretés de Téther se concentrent dans le corps gras et lui communiquent une odeur infecte et souvent de Tâcretê.

Comme l'huile d'œufftrancit très-facilement, on doit la renfermer dans des bouteilles d'une petite capacité, que Ton bouche exactement et que l'on conserve à la cave.

En dehors du pansement des gerçures du sein, l'huile d'œufs est à peu près complètement inusitée aujourd'hui.

Le lait est un liquide sécrété par la glande mammaire ; il est destiné à Talimentation plus ou moins prolongée du jeune mammifère dans une période de sa vie où les phénomènes de nutrition s'accomplissent avec une grande activité, et présente nécessairement dans sa composition la réunion de principes immédiats qui en font le type de Taliment complet.

L'importance du lait au point de vue de la physiologie et de l'hygiène est telle que son étude sous ces deux rapports nécessite des développements qui ne peuvent trouver place dans un traité de pharmacie. Le lait n'est en réalité la base que d'un très-petit nombre de préparations médicamenteuses, mais le pharmacien est souvent appelé h juger de la qualité du lait, et c'est surtout dans le but de l'aider à résoudre les questions qui peuvent lui être posées touchant la valeur d'un lait, que nous avons consigné les renseignements que Ton trouvera dans le présent article. Ils s'appliquent spécialement au lait de vache et par comparaison au lait de femme, les seuls qui dans des conditions bien différentes font partie de l'alimentation de l'homme.

Le lait est un liquide blanc, opalescent, présentant une légère coloration jaune sous une grande épaisseur, et un reflet bleuâtre dans les couches minces. L'opalescence du lait résulte du défaut d'homogénéité de ce liquide composé d'une solution aqueuse translucide, tenant en suspension la matière butyreuse à l'état de globules parfai-

134 MËDICVMENTS D'ORIGINE ANIMALK.

temcnt transparents, mais beaucoup plus réfringents que le liquide dans lequel ils nagent. Le lait possède une odeur faible, variable avec l'animal qui le fournit; sa saveur est douce, agréable, légéroment sucrée.

Le poids spécifique du lait pur est plus grand que celui de Tcau ; la densité du lait de vache pur à -+- 15** varie entre 1,028 et 1,056 (Quévcnne) ; elle est comprise entre i ,029 et 1 ,035, suivant M. Adrian. La moyenne des résultats d'un grand nombre d'observateurs donne le nombre 1,052 pour le lait normal de femme, dont les variations sont du reste comprises dans des limitos aisea; étendues.

Abandonné à lui-même, le lait eu raison nAme de son défaut d1iomogénéité ne tarde pas à se séparer en deux couches ; la couclie supérieure, renferme la plus grande partie des globules butyreux, et constitue la Crème. L'inférieure est formée par l'eau et les éléments solubles du lait privé en notable proportion de la matière grasse, elle est désignée sous le nom de Lait écrémé. Nous examinerons de nouveau les diverses propriétés physiques du lait, en nousoc^ cupant des essais nécessaires pour apprécier la pureté de ce liquide.

Le lait, au moment où il sort de la mamellcy présente une réaction alcaline; quelque temps après son extraction, il devient neutre et enfin acide. L'acidité du lait tient à la transformation du sucre de lait en acide lactique; elle se développe d'autant plus rapidement que la température est plus élevée. Lorsque la production d'acide lactique atteint une certaine limite, le lait se coagule à la température ordinaire, mais avec facilité surtout, lorsqu'on le porte à l'ébuUilion.

Nous allons passer rapidement en revue les caractères chimiques des quatre ordres de substances qui existent dans le lait, ce sont : 1" les matières grasses ; 2** les matières albuminoïdes ; 3^ le sucre de lait [lactine, lactose); l'eau et les sels.

1^ Matières grasses. Les matières grasses existent dans le lait à Tétai de globules dont le diamètre varie depuis 0"",00l jusqu'à Qmiu 020. Les globules sont sphériques dans le lait de femme, dont le beurre est mou, et légèrement polyédriques dans le lait de vache, dont le beurre est presque solide. Quelques auteurs croient que les globules butyreux présentent une enveloppe; quant à M. Ch. Robin, il admet que les divers faits avancés à l'appui de cette opinion ont été mal vus ou mal interprétés, et il pense que les globules butyreux n'ont pas de membrane propre, mais qu'ils sont enduits d'une coucbe minoe formée par la combinaison savonneuse des corps gras

avec les sels basiques entraînant des traces de substances alburainoîdes. Ce genre de phénomène s'accomplit, suivant M. Ch. Robin, toutes les fois que des gouttelettes d'un corps gras sont émulsionnées dans un liquide albumineux rendu à la fois alcalin et salin. Ce sont ws globules qui, en se soudant entre eux dans le barrattage, constituent le Beurre, matière alimentaire essentiellement formée par les substances grasses du lait, associées à une petite quantité de caséine coagulée dont la proportion est variable et dépend des soins apportés à la préparation du beurre.

La proportion de beurre contenue dans 100 parties de lait de vache est comprise entre 3,5 et 3,0 ; dans le lait de femme, Quévenne donne (x>mme chiffre moyen 2,42 de beurre p. 100 parties de lait. Du reste, ces nombres ne doivent être considérés que comme des moyennes dont les limites inférieures et supérieures sont assez éloignées. Il importe de noter également que les essais doivent porter autant que possible sur le mélange du produit total d'une traite entière, car l'expérience a démontré que les dernières parties de lait que Ton fait sortir de la mamelle sont notablement plus chargées de matières butyreuses que celles qui sont extraites les premières.

La composition chimique des matières grasses du beurre a été déterminée par M. Chevreul ; ce chimiste, dans ses mémorables re- :herches sur la constitution des corps gras, a trouvé que le beurre [fiche, femme, etc.) est formé par un mélange en proportions variaMes des glycérides suivantes : Oléine; Margarme; Stéarine; Bul^rine; Caproine et Caprine, Suivant M. Broméis, il convient d'ajouter k ces six glycérides la Butyroléine, laquelle résulterait de l'éthérification de la glycérine par V Acide hutyroléique^ sorte de combinaison définie des acides butyrique et oléique.

Le dosage des matières butyreuses du lait est un des points les plus importants des essais auxquels ce liquide peut être soumis; nous examinerons bientôt les méthodes abrégées et les procédés rapides qui permettent de Texécuter.

2* Matières albuminoules. Les matières albuminoîdes du lait sont : la Caséine^ V Albumine et une substance que HH. Millon et Commaille >iit désignée sous le nom de Lacto-protéine, La caséine est la plus ibondante et la plus importante de ces substances albuminoîdes ; elle le trouve dans le lait pour la plus grande partie dissoute dans le lipûde alcalin, au sein duquel flottent les globules butyreux. Cepenlant une portion notable de caséine parait exister en suspension dans :e même liquide à l'état de granulations très-petites.

La caséine dissoute dans le lait alcalin ou neutre ne se coagule pas

150 MÉDICAMENTS OmiGINE ANIMALE.

par raction de la chaleur, mais elle se sépare sous la forme de pellicules, à mesure que l'évaporalion s'accomplit. Si le lait est rendu légèrement acide soit par l'addition d'un réaclif, soit par la transfo^ mation de la lactose en acide lactique, la caséine devient insoluble et se sépare sous la forme d'une masse blanche cailiebottée, laquelle, en se coagulant, entraîne avec elle la plus grande partie des globules butyreux. La coagulation de la caséine est singulièrement facilitée par«ne élévation de la température du liquide.

Parmi les nombreuses matières qui, ajoutées au lait, possèdent la propriété de coaguler la caséine, il convient de citer : les acides, les astringents végétaux ; une foule de sels métalliques, etc. Hais, entre tous les agents de coagulation, le plus intéressant et le plus énergique est certainement la Présure^ substance que Ton extrait de la caillette du veau et des jeunes ruminants et qui est constituée par un mélange de lait coagulé et de suc gastrique. Cette présure, qui sert dans la confection des fromages, possède, grâce à la pepsine qu'elle renferme, un pouvoir coagulant suffisant pour que 1 gramme puisse cailler 30 litres de lait.

L'albumine existe en petite proportion dans le lait normal de vache et de femme, elle se concrète et se dépose d'une façon à peine visible par rébullition. Si Ton veut démontrer sa présence dans le lait, il suffit de coaguler la caséine à 30® ou 40<^, au moyen de l'acide acétique, de filtrer le liquide et de le soumettre alors à l'ébullition ou à l'action de Tadde nitrique. La lacto-protéine de MM. Millon et Commaille est une substance albuminoîde qui, suivant eux, diffère de la caséine et de l'albumine. La chaleur, l'acide nitrique, le chlorure mercurique ne coagulent pas cette matière, mais le nitrate acide de mercure produit sa précipitation.

La caséine du lait a été dosée par un grand nombre de chimistes ; la moyenne des analyses donne pour iOO parties de lait de vache, caséine ^i à 5 ; et, pour iOO parties de lait de femme, de 3 à 4.

,'** Sucre de lait (lacline, lactose). Lorsque le lait a été privé par i'écrémage et la coagulation des matières grasses et albuminoîdes, il constitue sous le nom de petit-lait ou sérum un liquide aqueux enant en dissolution le sucre de lait et les sels. C'est ce liquide qui soumis à une évaporation ménagée laisse déposer lentement le sucre de lait sous la forme de cristaux que Ton purifie et décolore par des dissolutions et des cristallisations successives.

Le sucre de lait a été découvert en 1619 par F. Bartoletti, professeur à Bologne, et décrit sous le nom de Manna seu Nitrum seri lactis. Ce principe sucré a reçu de H. Berthelot la dénomination de Lactose.

DU LMT.

Pig. 3.

La lactose a pour formule C**H**0'* -f- H*0* ; pure, elle se présente sous la forme de prismes rhomboîdaux droits terminés par des sommets à quatre faces (fig. 3). Ces cristaux sont incolores, durs, ils craquent sous la dent. Le sucre de lait, provenant de la fabrication en grand, qui s'exécute en Suisse, possi^e la fonne de cylindres résultant de l'agrégation d'un grand nombre de cristaux groupés autour d'un axe en bois. Cbauffés à -h 140*», les cristaux de lactose perdent leur eau de cristallisation. Une partie de lactose se dissout approximativement dans 6 parties d*eau froide, et dans 2 parties d'eau portée à Tébullition. Cette matière sucrée est insoluble dans l'alcool absolu, dans Téther, dans le chloroforme, etc. La solution de lactose est dextrogyre ; H. Pog-

giale, conune nous le verrons bientôt, a utilisé cette propriété pour la doser dans le lait.

La solution aqueuse de lactose ne subit la fermentation alcoolique que sous l'influence d'une grande proportion de levure de bière. Le ferment lactique, espèce de mycoderme composé, suivant M. Pasleur, de globules ou d'articles très-courts, possède la propriété de la transformer en acide lactique par une sorte de dédoublement. Cette fermentation ne s'accomplit d'une façon régulière que lorsque l'acide est neutralisé au fur et à mesure de son développement, et que, de plus, la liqueur reste chargée de substances a^)uminoîdcs nécessaires à la reproduction du ferment. Dans le cas où l'acidité de la solution devient manifeste, les phénomènes changent de nature, et la lactose donne naissance à de la mannite et subit partiellement la fermentation alcoolique.

La lactose chauffée avec de l'acide sulfurique trés-dilué se transforme en Galactose C"H*W*, matière sucrée très-soluble dans l'eau et susceptible de subir directement la fermentation alcoolique, sous rinfluencc d'une petite quantité de levure de bière. Un des produits de l'action de Tacide nitrique étendu sur la lactose est V Acide mucique; par l'action de cet agent d'oxydation il y a également formation A' Acides taccharique, tartrique, paratartrique et oxalique.

Les solutions de lactose réduisent avec énergie les tartrates cuproalcalins et donnent un précipité d'oxyde cuivreux dont le poids est seulement égal au 7/10 de celui qui est réduit par une proportion

i38 MÉDICAMENTS DX)RI6INE ANIMALE.

équivalente de glucose. On verra que celte réaction a été mise à profit pour le dosage de la lactose dans le lait.

4^ Matières salines. L'incinération du lait fournit des cendres dans lesquelles on reconnaît la présence de plusieurs métaux, potassium, sodium, calcium, magnésium, fer et de deux éléments électro-négatifs chlore et acide phosphorique. Le sodium est dans les cendres en partie à l'état de carbonate ; ce sel provient de la destruction d une cdmbinaison de la soude avec la caséine ou avec un acide organique. En calculant le groupement approximatif des éléments fournis par l'analyse, on est arrivé à considérer comme très-probable l'existence des sels suivants dans le lait : chlorure de potassium ; phosphates de soude, de chaux, de magnésie et de fer. Le présent tableau donne la quantité des sels fournis par 1000 parties de lait de femme et de vache, et la proportion relative de chacun d'eux.

SELS FOURNIS PAH l/lNCINÉRATION DE 1000 GRAMMES DE LAIT.

PEMMB VACIIB

(scnwENTz). (pPArr rt bcnwAiiTx).

Chlorure de potassium. . , . 0,70 1,350

I»hosphale de soude 0,40 0,225

— de chaux .... 2,50 1,805

— de magnésie. . . . 0,50 0,170

— de fer 0,01 0,032

Soude (libre) 0,30 0,115

Les résultais de ces analyses peuvent être considérés comme des lypes dont les laits pui*s de bonne qualité doivent se rapprocher.

Le poids des matières fixes, laissées par le lait convenablement séché fait connaître la proportion d'eau contenue dans ce liquide. Sans entrer ici dans l'exposé des différents résultats obtenus par un grand nombre de chimistes, nous dirons que dans le lait pur le rapport des matériaux fixes à l'eau est sujet à des variations dont il y a grandement lieu de tenir compte dans une expertise. Nous donnerons, sous le bénéfice de cetle restriction, les nombres suivants qui résftllent de la moyenne de plusieurs analyses sur lesquelles on peut compter.

LAIT DB PBIIHI, UlT DB VACHE.

Matières Oies 12,127 15,215

Eau 87,873 86,785

Tels sont les principaux renseignements sur le lait qu'il nous parait utile de remettre sous les yeux de nos lecteurs, ils sont relatifs seulement aux faits que le pharmacien est oblige d'avoir présents à l'esprit, lorsqu'il doit procéder à un essai de lait de vache ou de lait de femme. Parmi les principes immédiats qui n'existent dans le lait qu'en très-faible proportion et qui ont par conséquent en dehors des considérations purement scientifiques, un intérêt secondaire, nous mentionnerons parmi les corps gras : la Myrkticine et la Lécithine ou matière grasse phosphorée, et parmi les substances cristallisables tenues en dissolution dans le sérum : YVrée découverte dans le lait par Bouchardat et Quévenne et la Créatine dont la présence dans ce liquide a été récemment signalée par M. Commaille.

Essai du lait. L'importance du lait dans l'alimentation est telle que l'approvisionnement des grandes villes est devenu l'objet d'un commerce sur lequel l'administration exerce une active surveillance. M. Adrian dans sa thèse sur le lait (1859) a donné touchant cette branche d'industrie des détails pleins d'intérêt ; leur connaissance ne saurait être indifférente au pharmacien, qui est fréquemment consulté sur la qualité d'un lait dont l'origine précise reste souvent difficile à déterminer.

La falsification la plus ordinaire du lait consiste dans la soustraction d'une certaine proportion de la crème et dans l'addition d'une quantité variable d'eau. Bien que l'on ait souvent signalé diverses autres fraudes telles que l'introduction de matières étrangères dans le lait, il est juste de dire que si elles ont été autrefois pratiquées, leur rareté est devenue extrême, grâce à la vigilance de l'administration. Dans les cas où on les constate actuellement, -elles paraissent plutôt destinées à masquer l'écrémage et le coupage par l'eau qu'à augmenter sensiblement le poids des matières vendues. Sans entrer ici dans des détails analytiques, que nous réserverons pour l'essai général du lait, nous mentionnerons les substances suivantes dont la présence dans le lait peut devenir l'objet d'une expertise : 1° bicarhonate de soude (ce sel est souvent ajouté par les laitiers, pendant les chaleurs de l'été, afin d'empêcher la coagulation du caséum et pour saturer l'acide lactique); 2" décoctions de matières amylacées; Z^ solutions de dextrine; 4® sirops glucosiques; 5® matières alhumineuses de Vœuf; 6** solutions gommeush; 1^ émulsions végétales ; 8° matières colorantes^ cartkame^ safran^ caramel. Nous le répétons, ces additions frauduleuses sont assez rares pour qu'il nous suffise de mentionner

140 MÉDICAMENTS DmiGINE ANIMALE.

leur possibilité, sans insister sur les procédés qui permettent de prouver leur existence.

Quant à Taddition d*eau et à Técrémage, opérations auxquelles le lait vendu dans les villes échappe bien rarement, il convient d'examiner avec quelques détails les moyens pratiques de les constater et d*en apprécier l'étendue. L^analyse complète du lait est sans contredit le procédé le plus sûr, mais il a cM)ntre lui la longueur de son exécution et s'il est indispensable dans une expertise judiciaire, ii devient impraticable lorsqu'il s'agit de recevoir dans de grands établissements le lait fourni par adjudication, puisqu'il ne permet de prononcer sur la valeur du produit qu'après sa consommation.

11 est heureusement possible d'arriver à une étude satisfaisante du lait en combinant entre eux l'emploi de trois moyens d'une exécution assez rapide, ce sont : 1** la détermination de la densité du lait à l'aide du Lacto^ensimètre de Quévenne ; 2^ le dosage approximatif des matières grasses au moyen du Lacto-butyromèire de Marchand ou du Lactoscope de Donné; 5" le dosage du sucre de lait (lactose) à l'aide de la Liqueur de Fehling ou du Saccharimètre de Soleil et Duboscq, moyens proposés par M. Poggiale.

Nous ne saurions trop insister sur l'insuffisance de chacune de ces indications isolées et sur la valeur extrêmement grande des données résultant de leur application combinée. La densité prise h part est insignifiante, car le liquide est formé d'un élément (matière grasse) moins dense que l'eau, et d'une solution dont la densité est plus grande que celle de ce liquide. Or la densité moyenne du lait étant supérieure à celle de l'eau, on peut toujours l'atteindre en soustrayant une partie de la matière butyreuse (crème) et la ren> plaçant par de l'eau. Hais si le lait examiné au LacUhbutyromètre contient une quantité de beurre égale ou très-voisine de la moyenne normale, le lait n'a pu être additionné d'eau, sans que sa densité diminue ; elle sera donc inférieure à la densité moyenne. Ces deux renseignements obtenus contradictoirement sont suffisants à la rigueur, mais on peut dire que si les méthodes qui les fournissent ne sont pas complètement exactes, tous les doutes sont levés par la fixation de la quantité de sucre de lait, substance dont la moyenne normale est comprise dans des limites bien connues et dont le dosage est à la fois précis et rapide. Ces conditions étant bien posées, il nous reste à donner quelques détails sur les instruments dont nous recommandons l'emploi.

1^ Détermination de la densité du lait. L'instrument le plus com-

de pour exécuter cette opération est un densimètre portant une elle spéciale imaginée par Quévenne ; il a reçu le nom de Lactotsimètre {fig. 4). La tige de ce densimètre porte 5 échelle comprenant les densités depuis i ,014 qu'à 1 ,042. Deux séries d accolades occupent chai oôté de Téchelle; les unes comprennent les initions relatives au lait pur, et sont colorées en ne; les autres conviennent au lait écrémé, elles I Miorées en bleu. Dans le lait pur le point d^afirement de la tige se trouve placé entre 1 ,029 : ,053 ; dans le lait écrémé, il tombe entre i ,035 1,057. Les deux premiers chiffres de gauche ne iant jamais, on les a supprimés sur TéchcUe ;

conséquent lorsque Tinstrument marque 25 50 degrés, cela signifie que la densité du lait

1,025 et 1,030, ou que 1 litre de ce lait e 1025 ou 1030 grammes. Les divisions de istnunent tracées au-dessous de i ,029 (lait pur) 1,055 (lait écrémé) portent la mention de la intité approximative d'eau ajoutée.

^oèYeiine est arrivé à cette détermination par

tàlomiements qui lui ont permis d'admettre i 1/10 d*eau ajouté à du lait pur fait tomber Tinition de 5 degrés. La même addition pratiquée

le lait écrémé abaisse, suivant cet auteur, le nré de 5,14. Il ne faut du reste prendre ces vars que comme de simples renseignements. La diiation de Tinstrument ayant été faite à -{- 15®,

indications qu'il fournit ne conviennent que ir cette température, et doivent être corrigées si l'on opère à des ipératures différentes. Quévenne a dressé des tables de correction ir toutes les températures usuelles. Nous ferons remarquer que r usage n*est pas indispensable, et qu'il sufïit, pour la pratique, se souvenir du résultat empirique suivant : l'indication du lactotsûnètre doit être augmentée ou diminuée d'un degré pour chaque iation de 5 degrés en plus ou en moins de la température. jes précautions indispensables pour la lecture du point d'aflleurent sont exactement les mêmes que celles qui sont exigées par is les instruments du même genre. Le lait que l'on essaye doit e bien homogène, il ne doit pas renfermer de bulles d'air interiées. De plus, H. Âdrian a remaj*qué que les résultats sont d'au-

Fig. 4.

iu mkdigâmënts d^orîgine animale.

rencc à donner à Tun ou à l'autre de ces titres, il nous a fait savoir qu'il adopte aujourd'hui Temploi exclusif de Talcool à S6^. Il a, en effet, observé que Talcool moins chargé d'eau détermine souvent la séparation d'une certaine quantité de caséum et d'albumine sous la forme de flocons blancs qui mettent obstacle à la montée du liquide éthéro-butyrique.

Parmi les précautions recommandées par M. Adrian, il en est une sur laquelle nous croyons devoir appeler l'attention; elle est relative aumesurage des trois liquides de l'essai. Suivant cet habileobserrafèur, il ne faut pas mesurer les liquides dans le tube gradué, mais il convient, de se servir de pipettes de 10 centimètres cubes exactement jaugées, et d'en faire usage, sans se préoccuper des traits L, £, A niarqués sur le tube. Comme, dans celte manière de procéder, on ne tient pas compte de la contraction qui accompagne le mélange du lait et de l'éther, il en résulte que l'on emploie une quantité d'alcool notablement moindre que celle qui est introduite dans le tube quand on procède par le mcsurage direct, en ajoutant de l'alcool jusqu'au trait supérieur, sans se préoccuper de la contraction subie par le mélange de lait et d'éther. Nous avons consulté H. E. Marchand sur ce problème, voici sa réponse sur la pratique qu'il juge la meilleure :

(( On apporte toujours une plus grande précision dans les résultats (le l'opération, en jaugeant avec des pipettes d'un étroit diamètre, le lait et l'éther pour les introduire dans l'instrument au lieu de les y verser directement. L'alcool seul doit être versé, par petites quantités, et sans mesurage préalable. On peut môme, sans inconvénient, l'employer en léger excès, c'est-à-dire que, dans son addition, au lieu de s'arrêter au trait marqué A, on peut dépasser ce trait, en le recouvrant à la hauteur des deux ou trois premières divisions placées audessus, n

'■ Ainsi donc, entre des limites assez étroites, et dans les conditions ordinaires des essais, il est permis d'admettre que la présence d'une quantité d'alcool à 86*= dépassant un peu 10*=* exerce peu d'influence sur la composition de la couche éthéro-butyrique et qu'elle est même favorable à sa séparation.

On devra donc s'en tenir au mode opératoire de l'auteur du procédé tel que nous l'avons décrit et qu'il nous a été recommandé par une lettre particulière.

Quant au mesurage du lait et de l'éther par les pipettes, on peut le remplacer par une manipulation qui réussit parfaitement; elle nous a été indiquée par M. J. Personne. On versele lait de façon à ne pas atteindre complètement (1/2 centimètre au-dessous) le trait Lf

alors on ajoute petit à petit une couche d'éther inférieure à £, de façon à faire tomber tout le lait qui mouille les parois du tube, et Ton introduit goutte à goutte le reste du lait à travers cette couche d'étlier jusqu'au trait L. On finit de remplir le tube d'éther jusqu'à £; on verse la soude; on bouche et l'on agite; puis on termine l'opération conune il a été dit plus haut.

On arrive encore à de bons résultats, en opérant le mesurage du lait avec ur.e pipette, en introduisant la soude, puis un mélange à voloraes égaux d'alcool à 86^ et d'élher anhydre depuis L jusqu'au trait A. Pour compenser l'excès d'alcool qui résulte de la contraction, on de l'alcool verse au-dessus du trait il, de façon à occuper deux divisions. L'addition du mélange d'alcool et d'éther préparé à l'avance est recommandée par notre savant collègue M. Fermond.

Nous espérons que les détails minutieux dans lesquels nous sommes entrés touchant le lacto-butyromètrc de M. E. Marchand, prouveront mieux qu'un banal éloge l'intérêt que nous parait mériter cet ingénieux procédé.

b. Lactosœpe de Donné. Cet instrument est celui dont les indiça? lions sont les plus rapides; en outre il exige seulement quelques centimètres cubes de lait pour chaque expérience. Tout en reconnaissant la valeur de certaines objections qui ont été dirigées contre son emploi exclusif, nous avons pu néanmoins nous assurer que cet instrument, manié par un observateur exercé et dans des conditions identiques, peut rendre de véritables services et fournir un moyen expêditif de contrôler et de confii*mer au besoin les résultats obtenus par la piécédente méthode.

M. Doimc a construit cet instrument d'après cette obsei*vation bien connue que le lait doit son opacité aux globules de matière butyreuse tenus en suspension dans le sérum caséeux, et que l'épaisseur de la amclie de lait comprise entre deux lames de verre parallèles est d'autant plus riche en globules qu'elle empêche de distinguer un objet lumineux sous une moindre épaisseur. Voici, du reste, la (iescription du lactoscope telle qu'elle a été donnée par ce savant.

« L'instrument consiste en une sorte de lorgnette composée de deux iubes entrant l'un dans l'autre, et munis de deux verres parallèles qui M^ rapprochent jusqu'au contact, ou qui s'éloignent plus ou moins l'un de l'autre, au moyen d'un pas de vis très-fin. Un petit godet iesliné à recevoir le lait, est placé à la partie supérieure; au côté jpposé, est adapté un manche qui sert à tenir Tinstrument. Le tube |ui se visse dans le tube-support forme la partie antérieure ou l'ocu-

Page 1