EXTRAITS AQUEUX
Les extraits aqueux s'obtiennent i° de l'évaporation des sucs des* plantes, 2° on de celle de l'eau chargée parles divers modes de solution de leurs principes actifs.
Extraits obtenus des sucs.
Pour préparer ces extraits, le suc obtenu par les procédés ordinaires, privé par reposition, et en le passant à travers une chausse, des débris parenchymateux, est évaporé f^sans être séparé de la matière colorante verte (chlorophylle ; ) l'extrait, ainsi obtenu , est dit extrait avec fécule. 2° Ou bien on l'en dépouille préalablement; il prend en ce cas le nom d'extrait sans fécule.
i 0 Extraits avec fécule , ou retirés des sucs non clarifiés. Le procédé suivi par le Codex est celui de Henry. Le suc non clarifié, étend* en couches peu épaisses sur des assiettes de faïence , est placé dans une étuve chauffée à 36° ou 40°. Lorsqu'il est évaporé jusqu'à presque complète siccité, les assiettes étant exposées à l'air, le suc prend bientôt la consistance extractiforme en absorbant l'eau hygrométrique.
Les extraits de plantes narcotiques de ciguë , de belladone, de jusquiame , de stramoine, de morelle, d'aconit, de laitue vireuse, de rhus-rhadicans , etc., se préparent ainsi. Il faut piler cette dernière plante avec un peu d'eau, et se garantir les mains et le visage de ses émanations, qui déterminent ordinairement un gonflement érésypélateux de ces parties. Ces extraits, d'après M. Soubeiran, se conservent très-bien dans des vases fermés, pourvu que l'é-
vaporation n'ait pas été trop prolongée ; ils ont la couleur et l'odeur de la plante.
Stoerk, qui le premier a mis en usage les extraits des plantes vireuses avec fécule , les préparait en évaporant le suc à un feu très-doux et en remuant continuellement. D'autres conseillent dè séparer la fécule , et de rajouter (fraîche ou desséchée) au suc lorsqu'il est évaporé en consistance de miel épais. D'après M. Guibourt, les extraits , préparés ainsi s'altèrent très-promptement. En outre, considérant la fécUle et l'albumine comme inertes , ce phannacologiste conseille de les préparer avec le suc clarifié, ou privé de la clorophylle , ef d'évaporer ensuite au bain-marie jusqu'à siccité. C'est à Y expérience médicale a nous fixer sur l'avantage de l'un de ces deux procédés.
2° Extraits sans fécule, ou retirés des sucs clarifiés, ou privés de leur matière verte. Le suc placé dans un matras est exposé a la chaleur du bain-marie ; l'albumine en se coagulant, entraîne la matière colorante : on passe a travers un tissu de laine pour la séparer , et Ton évapore au bainmarie jusqu'à consistance d'extrait. Ainsi s'obtiennent les extraits de pissenlit , de chicorée , de* fumelerrc , de trèfle, d'eau, de cresson, de cochlèaria, de cerfeuil, de rue, ainsi que les extraits de toutes les plantes fraîches , et assez succulentes. Celui de laitue ordinaire , on thridace, se retire seulement de la partie corticale de la plante, lorsqu'elle est près de fleurir. Le cœur de la laitue ne contient presque pas de principes actifs. L extrait des turïons d'asperge s'obtient des turions entiers. La. partie blanche, d'après M. Dausse, contient autant de principes actifs que les pointes.
Des Robs.
Les robs sont des extraits qui se retirent des sucs des fruits évaporés au bain-marie, en consistance de miel ou de mélasses Ainsi s'obtiennent les robs de belladotic, de
concombre sauvage , de raisin,- ceux de nerprun et de sureau, presque les séuls usités , .se préparent de même , mais après avoir laissé fermenter le suc ayec le parenchyme , et la pellicule de ces fruits, (voyex sucs).
Lorsque les plantes fraîches sont peu succulentes, oji lorsqu'elles sont desséchées, on emploie l'eau pour dissoudre les produits qui doivent composer les extraits. Los procédés usités, £t qui doivent être en rapport ayec la nature et la composition des végétaux , et celles des principes qu'on désire obtenir sont, la macération , l'infusion, la décoction et La lixiviaiton, ce qui forme autant de sous-sections.
A 0 Extraits retirés du macéré. Les corps médicamenteux grossièrement divises sont soumis à deux macérations successives de vingt-quatre heures , dans huit parties d'eau ; passez avec expression ; laissez reposer les solutés, décantés, passez à travers une chausse, réunissez les liqueurs et évaporez au hain-marie en consistance d'extrait, Ainsi se préparent les extraits des substances extractives et féculentes. Ceux de bardane, de patience, ou autres racines féculentes, de reglisse, de* gentiane , de rhubarbe, de valériane, de coloquinthe, de séné, de baies ae genièvre, a" agaric blanc, et celui de quinquina (extrait sec de la Garaye). Ce dernier extrait s'obtient en faisant évaporer le macéré jusqu'à siccité, sur des assiettes placées a létuve. 11 est très-hygromètrique; il doit être conservé dans des flacons bien bouchés. M. Guibourt prépare aussi par macération les extraits d'aunée, de chiendent , de grande consoude , depolygala, etc.
2° Extraits obtenus avec l'infusé. Procédez comme cidessus , mais avec de l'eau à 80° centigrades. Ainsi s'obtiennent les extraits des plantes, contenant des produits extraclo- résineux, ou aromatiques associés ou non à de la fécule^ ceux de salsepareille, de douce-anièrc, de cascarille ,
de chamœdris , de scordium, de chardon-bénit , de /leur* de camomille , de /Jeur# de «ouct , de petite centaurée , de cônes de houblon , de pensée sauvage , de coue , etc. *
3° Extraits retirés du décocté. Autrefois la plupart des extraits se préparaient avec le décocté des corps médicamenteux . Les produits organiques, avons-nous dit, s'altèrent par l'action prolongée de la chaleur. D'ailleurs les expériences de MM. Charpentier et Guibourt ont démontré que l'extrait d'unè même plante, obtenu par macération ou par infusion, était plus beau, plus homogène, et plus soluble dans l'eau que celui obtenu par décoction, et qu'en outre, dans la plupart des cas, la quantité était plus considérable. Ainsi une livre de racines de patience a donné trois onces d'extrait par infusion , et deux onces deux scrupules par décoction; une livre de racines de gentiane, cinq onces deux gros deux scrupules par macération , et quatre onces six gros deux scrupules par décoction. Cependant quelques substances donnent plus d'extrait par décoction que par infusion ou macération ; mais dans les deux cas , la quantité de parties solubles est à peu près égale; ainsi le quinquina a donné par livre trois onces soixante-huit grains d'extrait par infusion, $ quatre onces quatre-vingt-sept grains par décoction : mais ce dernier ne contenait pas plus de parties solubles que le premier. De nos jours la préparation des extraits par décoction est restreinte à celui de gaïac. Traitez ce bois râpé par deux décoctions successiTes d'une heure et demie chacune dans huit livres d'eau, passez, laissez reposer, décantez, réunissez les liquides, et évaporez au bainmarie. L'extrait de semences de stramoine, se prépare de même avec une partie de ces graines écrasées par huit livres d'eau.
4° Extraits préparés avec le soluté des corps, obtenu par lixiviation. Ce procédé est applicable à toutes les substances végétales dont les produits qui doivent composer leurs extraits sont solubles dans l'eau. Les plantes desséchées et
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grossièrement divisées (les fleurs peuvent être entières) sont introduites dans le filtre - presse de l'appareil a déplacement (voyez lixiviation^ et soumises a la lixiviation a l'eau froide, quelquefois à l'eau chaude jusqu'à complet épuisement : quatre livres d'eau suffisent ordinairement. Les substances spongieuses , susceptibles de gonfler , sont préalablement délayées dans l'eau. Le liquide est ensuite évaporé au bain-marie jusqu'à consistance d'extrait.
M. Dausse sépare par la filtration l'albumine cq^gulue par la chaleur, et afin d'avoir des extraits toujours les mêmes, et plus constants dans leurs effets, il évapore jusqu'à sicclté : ainsi obtenus, ils se pulvérisent facilement, se dissolvent mieux, et se prêtent davantage aux diverses formes pharmaceutiques ; il faut les conserver dans des flacons bien fermés. D'après ce pharmacien, les extraits obtenus par lixiviation sont moins colorés, ont l'odeur et la saveur de la plante plus marquées que ceux préparés par le procédé ordinaire.
Nota. Les extraits bruts du commerce se purifient par l'intermède de l'eau , l'opium et le suc de régHsse, par deux macérations successives, et le cachou et Yalocs par une seule digestion : on passe et on évapore en consistance au baînînarie; l'extrait d'opium est redissous dans huit fois son poids d'eau froide ; le soluté est filtré et de nouveau évaporé.
DES EXTRAITS ALCOOLIQUES ET, DES VjÉSlNES.
Ces extraits, autrefois peu employés, le sont beaucoup plus de nos jours. Le but qu'on se propose dans l'emploi de l'alcool pour la préparation des extraits , est de dissoudre les principes aéfeifs insolubles dans l'eau , d'éliminer quelques produits inertes solubles dans l'eau et insolubles dans l'alcool, d'obtenir tous les principes actifs, lorsque ces produits ne sont solubles qu'en partie dans l'un de ces deux véhi-
cules. Le degré de concentration de l'alcool doit varier selon qu'on désire obtenir l'un ou l'autre de ces résultats.
Se préparent avec de l'alcool a 56°, les extraits de jalap, de nota; vomiques, de fèves saint Ignace, de cônes de houblon, de fougère mâle ; avec de l'alcool a 22°, les extraits des plantes extracto-résineuses ou gonirao-résineuses , associées a des matières féculentes ; ceux de colombo , d'ellébore noir, d'ipécacuanha, de polygala de Virginie, de quassia amara, de rhubarbe, de valériane , de rathania, de scille t de quinquina, de cascarillc, d'absinthe, de camomille, de petite centaurée, de safran, de coloquinthe , de fleurs de souci; ainsi que les extraits alcooliques des plantes narcotiques": de têtes de pavot, des feuilles d'aconit, de ciguë, de belladone, de jusquiame, de semences de stramoine, de r/zus radicans.
Ces extraits s'obtiennent par digestion. Les substances desséchées et grossièrement pulvérisées , introduites dans le bain -marie d'un alambic avec quatre ou cinq fois leurs poids d'alcool; laissez digérer pendant vingt-quatre heures, passez avec expression. Le marc est soumis à deux nouvelles digestions. Les liqueurs étant réunies , distillez au bain-marie pour retirer l'alcool , évaporez ensuite dans une bassine au bain-marie jusqu'à siccité.
Nota. Les résines qui se préparent dans les pharmacies peuvent être considérées comme des extraits alcooliques, prives par le lavage a l'eau des matières solubles dans ce véhicule. Après avoir épuisé les substances sèches et divisées, par trois digestions successives avec de l'alcool à 32°, en opérant comme ci-dessus , on distille les liqueurs aux trois quarts ; le résidu est mêlé avec son volume d'eau distillée. Il se forme un dépôt de résine qui est lavé à l'eau chaude et séché sur des assiettes a l'étuve jut^u'a siccité. Ainsi s'obtiennent les résines de jalap, de quinquina, de scammonée, de pyrelhre, etc.
Les gommes-résines impures ( assa fœtida , gomme ammo-
iliaque , etc.) , peuvent être purifiées eu les mettant digérer au bain-marie avec de l'alcool à 22°. Faites deux digestions; passez avec expression ; évaporez jusqu'à consistance pre* nnere.