I. — DU BONHEUR EN GÉNÉRAL
On peut envisager le bonheur au point de vue :
A) Psychologique : le plaisir est un élément du bonheur ; mais | un seul plaisir ne fait pas le bonheur ; il exige une succession de plaisirs | variés. Le bonheur c’est la synthèse de cette série de jouissances ; c’est, ‘comme dit Bentham, la plus grande somme de plaisirs diminuée de la plus grande somme de douleurs (t). Socrate distinguait deux sortes de Mbonheur : l’un qui vient des circonstances (edruy{x) ; l’autré qui nous wient de nous-mêmes (eèxo£tx). Ce dernier est la vraie forme du bonheur, | car il dépend de nous et résulte de notre activité normalement déployée (Ps. 21). Notre activité a des inclinations et par conséquent des fins qui lattirent. C’est dans la poursuite et l'obtention de chacune de ces fins qu’elle trouve le bien-être, +ù «5, comme dit Aristote. Le plaisir est donc la satisfaction momentanée d’une de nos inclinations ; le bonheur, Ha satisfaction collective de toutes nos tendances ou du moins des prin- |'cipales. De même que le plaisir est un « surcroît qui s’ajoute à Pacte comme à la jeunesse sa fleur », ainsi le bonheur est un épiphénomène ; il est comme l'épanouissement de tout l'être, auquel il est donné de réaliser ensemble ses fins préférées.
LB) Moral : il suit de cette analyse du bonheur en général qu'il ne peut être le fondement de la loi morale. En effet :
…. I. — Le bonheur est chose relative et variable avec les individus. . JT. — Il est en grande partie subjectif, car il dépend de notre imagiation et de notre volonté.
… III. — Il est toujours plus ou moins incomplet, car nos tendances
ont souvent opposées ; on ne peut contenter les unes qu'aux dépens
es autres. . ;
L \ IV. — Il n’est pas directement accessible : pour l’atteindre, il faut viser un autre but dont il puisse dériver. Descartes l'avait noté: «Le bonheur n’est pas le blanc où il faut tirer ; il est le prix remporté par es ceux qui y touchent. » C’est comme le plaisir, un moyen et non une fin : il ne saurait être le but de l’activité, mais il est la conséquence du Lt but atteint (Ps. 58, $ I, 50). Pour toutes ces raisons, il est clair que le co | bonheur, qui n’est qu’une collection de plaisirs, ne saurait être le fon- 1 | dement du devoir. |
(2) Leisniz définit le bonheur « un plaisir durable ». Nouveaux essais…., L. IT, Ch. xx1, V9: — P. JANET, Philosophie du bonheur.