‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 117 sur 761 · AS · texte numérisé non relu

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(*) KANT, Critique de la raison pratique. Fondements de la mélaphySique des mœurs» — Cf. BouTroux, La morale de Kant, dans la REvuE Des Cours ET CONFÉRENCES, n° du 21 Fév. 1901 et n°5 sqq. — Tu. Despouits, La philosophie de Kant, Ire P., ILeSect. ; IIe P, Ile Sect. — SCHOPENHAUER, Fondement de la morale, Ch. 11. Le monde comme volonté et comme représentation, L. I, $ 16. — Tn. RUYSsEN, Kant. — Tu. PEscH, Le Kantisme @t ses erreurs. — À. CRESSON, La morale de Kant. — Jourrxoy, Cours de droit naturel, Leçons XXVI, XXVII. — Fouirrée, Critique des systèmes de morale contemporains, L. IV. Lé moralisme de Kant et l’amoralisme contemporain. — V. DELBOS, La Morale de Kant, en tèke de la traduction des Fondements de la Métaphysique des mœurs, D. 21-60. 3

| L:, », et non pas la nécessité morale de faire le bien. Aussi une action n’est pas obligatoire parce qu’elle est bonne ; elle est bonne parce qu’elle est obligatoire. Tel est le formalisme moral de Kant.

I" III. — Condition de la moralité : la bonne volonté. De la notion du devoir ainsi comprise découle la manière de le remplir. Tout |: dépend de Pintention qui fait la valeur morale des actes : c’est la bonne volonté. Il faut étudier ce que Kant entend par là :

|| a) Sa nature : soit un ordre à accomplir, qui se présente à ma conscience comme catégorique. J’exécuterai cet ordre, ou bien pour obtenir l’avantage qui en résulte, ou bien uniquement pour obéir à la | loi. Dans les deux cas la matière de l'acte est la même ; mais leur valeur est bien différente. Dans le premier, l’action n’est pas bonne moralement,

elle n’est pas mauvaise non plus : elle est légale, c’est-à-dire matérielblement conforme à la loi. Dans le second, elle est morale. La bonne Lwolonté, c’est donc la volonté de faire le devoir parce que c’est le devoir, | d’obéir à la loi par respect pour la loi. | | db) Sentiment de respect qui l'accompagne : obéir à la loi par amour | pour la loi, ce ne serait pas, selon Kant, agir moralement, car ce serait | attendre quelque satisfaction de son obéissance. C’est pourquoi Kant | bannit tous les bons sentiments qui pourraient nous aider à pratiquer | le devoir, parce que ce serait rendre son observation intéressée (37, $ C). | Un seul sentiment a trouvé grâce devant lui: c’est le sentiment de | respect, parce que le respect n’est pas un sentiment agréable, il exerce | une certaine contrainte sur nos penchants inférieurs. (9, $ IL);

Me c) Son autonomie : qu'est en elle-même la bonne volonté ? Elle kest autonome, elle porte en elle-même la loi à laquelle elle obéit ; elle la pose et se l'impose. La volonté est à elle même. sa propre fin, c est une fin en soi. Si la loi morale nous était imposée du dehors par un Dieu ltout-puissant, la volonté ne pourrait s’y soumettre que par crainte, "amour ou intérêt : or l’obéissance due à de tels motifs n’est pas morale. De plus, toute doctrine qui fait dépendre la volonté d’une fin autre que la volonté même, est une doctrine d’esclavage, une hétéronomie.

d) Sa valeur : « Il n° y a qu’une seule chose qu’on puisse tenir pour |“bonne sans restriction, c'est une bonne volonté », c’est-à-dire la volonté | raisonnable et libre. Elle « ne tire pas sa bonté ‘de ses effets ou de ses résultats, ni de son aptitude à atteindre tel ou tel but proposé, mais L: seulement du vouloir, c’est-à-dire d’elle-même... Quand ses plus grands efiorts n’aboutiraient à rien, elle brillerait de son propre éclat, comme [tune pierre précieuse, car elle tire d'elle-même toute sa valeur. L'utilité F “ ou linutilité ne peut rien ajouter ni rien ôter à cette valeur (1). » C’est

Fe (1) KANT, Fondements de la Métaphysique des mœurs, Sect. I, p. 13 (trad. BARNT).

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que la volonté, étant hbre, ne doit rien qu’à elle-même. Tel est le bien absolu : il n’est pas distinct de la personne elle-même ; il résulte de l'intention pure d’obéir à la loi. Tout le reste n’a qu’une valeur relative, qui dépend du bon ou du mauvais usage qu’on:en fait #0 SR = IV. — Formules de la loi morale. Nous devons donc agir par | devoir. Il faut en outre connaître les actes que le devoir impose. Pour: éclaircir les cas embarrassants, Kant a formulé quatre grandes règles : (1} 10 « Agis de telle sorte que tu traites toujours la volonté libre et. raisonnable, c’est-à-dire l'humanité, en toi et en autrui, comme une: fin et non comme un moyen. » La volonté raisonnable et libre, la per-! sonne humaine, est done l’objet même de la loi, en même temps qu’elle en est l’auteur et le sujet. L’être raisonnable est une fin absolue, c’est-. à-dire qu’il ne doit jamais se regarder comme un moyen, mais toujours. comme une fin. Quand l’homme obéit aux inclinations de la sensibilité, au détriment de la raison, il se dégrade, car il se sert de lui-même comme, d’un moyen. Les autres hommes étant nos égaux en nature, nous devons! respecter leur personnalité ; il est donc illégitime de les traiter comme des moyens, c’est-à-dire de s’en servir pour en tirer un avantage. C’est, pour cela que l’esclavage est odieux. La personnalité est-inviolable et sacrée. Le respect absolu de la personne est donc le fondement du droit comme du devoir. “ Pa 4 20 « Agis comme si tu étais législateur en même temps que sujet dans la république des volontés libres et raisonnables. » L'idéal que poursuit la morale, c’est la réalisation d’une république des volontés. libres et raisonnables, dans laquelle chacune serait pour les autres une fin. Ce serait la conséquence de la mise en pratique de la première formule, car si les volontés se prenaient réciproquement comme fin, elles réaliseraient cette cité libre et unie où chacun serait à la fois légis= lateur et sujet : ce serait la « république des fins » | (3 30 « Agis toujours de telle sorte que la raison de ton action puisse être érigée en loi universelle. » L’universalisation d’un acte, tel est le critérium donné par Kant pour distinguer, pratiquement, quelles actions sont conformes ou contraires à l'idéal indiqué plus haut (20, IT} 49 « Agis extérieurement de telle sorte que ta liberté puisse s’accorder avec la liberté de chacun suivant une loi générale de liberté pour tous. > C’est le principe régulateur des droits. do {

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