‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 118 sur 761 · B. — CRITIQUE · texte numérisé non relu

B. — CRITIQUE

Kant a clairement indiqué les caractères de la loi morale, son obli: gation absolue et son universalité. Il a nettement dégagé l’idée du devot

A Lu 11

(1) KanT, Fondements de la Métaphysique des mœurs, Sect. II.

des motifs égoïstes et il a bien réfuté les systèmes empiriques et utilitaires. . Il à us en relief la dignité et l’inviolabilité de la personne humaine. La grandeur du devoir lui a inspiré de beaux accents : « Devoir, nom “sublime et grand, toi qui ne renfermes rien en toi d’agréable, rien qui implique insinuation.. Quelle origine est digne de toi et où trouve-t-on la racine de ta noble tige, qui repousse fièrement toute parenté avec les penchants ?... (1) »

Il dit encore : « Deux choses remplissent le cœur d’une admiration | et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de mot et la loi morale en moi (2). » — Mais la morale kantienne mérite plus | de reproches que d’éloges. Pour s’en convaincre il suffit d’examiner

| doctrine :

| Pétablit ni a priori, ni à posteriori.

| telle que Kant la conçoit. En effet Kant distingue l’homme-phénomène, | c’est-à-dire tel qu il s'apparatt à lui-même et apparaît aux autres : | et l’homme-noumène, l'homme en soi, considéré dans son essence qui est | imconnaissable (?). Les actions de hommes -phénomène, étant dans le | temps et étant régies par le principe subjectif de causalité, sont soumises à la loi du déterminisme. Mais nous n’avons pas le droit de dire de | Phomme-noumène qu'il n’est pas libre. [Il se peut que la liberté noumé- | nale existe. Telle est la conclusion de la raison pure. Mais la raison pradique montre que cette liberté est nécessaire, parce qu’elle est impliquée | par le devoir. Kant aboutit à une contradiction. Ou le devoir s'applique | au monde nouménal, et alors il n’a pas d'influence sur le monde phénolménal qui est régi par la fatalité : ou bien le devoirs ‘applique au monde | phénoménal, le seul dont nous ayons conscience d’après Kant et par | conséquent le seul qui nous importe, et alors l’'homme- phénomène qui | y est soumis doit être libre pour pouvoir l’observer. Or Kant nie la liberté | phénoménale.

|: b) Les deux autres postulats (immortalité et existence d’un Dieu | rémunérateur) reposent sur une affirmation qui est en contradiction avec la doctrine kantienne sur d’autres points. L'homme doit, dit-il, |chercher à réaliser le souverain bien, c'est-à-dire l'accord du bonheur el | de la vertu : or cet accord, dont la raison voit la nécessité, n’est pas

(1) KanT, Critique de la raison pratique. Trad. PICAVET, p. 155.

1 (2) JZbidem, p. 291.

1 (") KAnrT, Eléments métaphysiques de la doctrine de la vertu, I'e P., L. I, Introd.8 3.

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|Pun après l’autre les quatre points, auxquels nous avons ramené sa.

I. — Kant ne prouve pas lexistence universelle du devoir ; | il affirme que le devoir est donné dans toute conscience humaine. Il ns

a) L'existence. du devoir n'implique pas la croyance à la liberté,

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(non l’exécution aveugle d’un commandement que rien ne justifie.\

réalisable en ce monde: donc il doit y avoir une autre vie. C’est bien di raisonné en soi; mais Kant s’est interdit cette façon de raisonner, car w un des éléments fondamentaux de sa doctrine c’est que la pratique de la vertu est incompatible avec la poursuite du bonheur (428 /B)4 Pour éviter cette contradiction, Kant se contente ordinairement de dire qu’il faut par la vertu se rendre digne du bonheur sans le rechercher. { Quand il parle ainsi, il n'est plus, en opposition avec ses principes, mais! il enlève toute base à son argumentation : il n’a plus le droit d'affirmer : l'obligation de croire à limmortalité de l’âme et à l’existence de Dieu, puisque le fondement de cette croyance : la nécessité de l’accord du! bonheur et de la vertu, a disparu. F. 4

II. — La thèse de l’antériorité du devoir sur le bien : LALOVOY MUR Ci

10 Est en contradiction avec la nature humaine. — L'homme est un être raisonnable : or un être raisonnable ne saurait, sans aller contre À sa nature, obéir à une loi dont il ne connaît aucune raison qui la motive.M L'obéissance à la loi morale doit donc être une soumission éclairée et\

Or ce qui justifie la loi morale c’est sa conformité au bien en soi. Le devoir,* tel que le présente Kant, ressemble à une consigne inintelligible et brutale, qui s'impose sans qu’il soit permis d’en chercher les motifs. On l’a comparé à la discipline des armées allemandes. La logique des“ choses a contraint Kant à être inconséquent avec son système; lun aussi rattache, quoi qu’il en dise, le devoir à un bien antérieur, et ces bien antérieur c’est pour lui l’universalité rationnelle de l’action (20 $ IT). ca : | | È 20 Rend la morale impraticable en bannissant tout autre sentiment que le respect (37, $ C). . ; 1

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