‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 33 sur 761 · (12) UNIVERSALITÉ DE LA CONSCIENCE MORALE · texte numérisé non relu

(12) UNIVERSALITÉ DE LA CONSCIENCE MORALE

-oracles quicorrespondent toujours à la vérité. —Cette opinion estréfutée par les faits, la conscience est souvent rgnorante, perplexe, erronée, contredite. Il. — Sans valeur : si on explique la conscience tout entière par la coutume, l'éducation, l’évolution et l’hérédité, elle est sans valeur, car tous ces éléments sont variables et particuliers : telle est l'opinion des Sophistes et des sceptiques. Ce: devrait être aussi celle des associaionnistes et des évolutionnistes, car la conscience n’est pour eux, en dernière analyse, qu’une habitude, acquise par l'individu ou par l'espèce. -- Malgré cela, ils veulent conserver à la conscience son autorité : c’est une honnête inconséquence. Mais sachant que la conscience n’est que le produit d’associations contingentes, esprit ne doit voir qu’une illusion Eos l’obligation qu’elle impose.

III. — Valeur de la raison : c’est conséquence logique, puisque La conscience est, selon nous, une forme de la raison. Ses jugements primitifs et les déductions immédidtés qu’elle en tire sont infaillibles. Mais, comme l'exercice de la raison dépend de lexpérience, de la coutume, de la sensibilité, il arrive que, sous ces influences, les déductions médiates et les applications plus ou moins éloignées des vérités premières de l’ordre moral sont souvent erronées (Loc. 124). La conscience morale a une valeur absolue en soi. Elle ne peut se tromper quand elle . prescrit le devoir ; elle peut n’avoir qu’une valeur relative en tant qu’elle porn devoirs particuliers, car elle est exposée à subir dans . ce cas les influences perturbatrices indiquées plus haut. C’est ainsi que Et raison spéculative est infaillible quand elle affirme que Tout ce qui arrive à une cause, mais elle peut se tromper quand elle dit que Tel effet vient detelle cause. De même donc que les erreurs et les contradictions des savants dans la connaissance de la nature n’infirment en rien la valeur absolue du principe de causalité et de la raison théorique, ainsi es erreurs et les contradictions de l’homme en morale n’enlèvent pas eur valeur absolue aux notions du devoir et de la conscience morale. Remarque : Kant a prétendu que la raison pratique avait une valeur - Supérieure à à la raison théorique. C’est inadmissible, étant donné que c’est la même raison. La raison théorique a même l’avantage de voir confirmées par l’expérience ses plus importantes affirmations, vg. prin- cipe de causalité. La raison pratique ne reçoit pas de l’expérience une Demain aussi parfaite, parce que la loi morale peut être librement violée, tandis que la loi physique est fatalement obéie.

- Les notions morales ne. elles communes à toute l'humanité ? Leur raie n'est-elle pas apparente, puisque, selon les pays et les époques, les mêmes mots désignent des choses diverses et même contra-

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dictoires ? Tel est le doute soulevé par le scepticisme moral, qu'il N s’agit de réfuter (1). | | “4

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L'objection, tirée des variations de la conscience, avait déjà’ été formulée dans l’antiquité par Carnéade. Montaigne l’a exposée à son tour : « Telle chose est icy abominable, qui apporte recommandation ‘ailleurs, comme en Lacédémone la subtilité de desrober (2). » Pascal, 3

dans une boutade fameuse, a aussi exploité cette thèse pour réprimer … la « superbe de la raison » : «On ne voit presque rien de juste ou d’injuste qui ne change de qualité en changeant de climat. Trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien décide . de la vérité... Le droit-a ses époques. L'entrée de Saturne au Lion nous | montre l’origine d’un tel crime. Plaisante Justice qu’une rivière borne |! Vérité au decà des Pyrénées, erreur au delà (%). » P. Janet résume en ces deux propositions l’objection des sceptiques : « Chez les peuples : sauvages, point de moralité ; chez les peuples civilisés, moralité contradictoire (4). » Faut-il donc conclure de ces affirmations, appuyées sur des faits, que la conscience est «la plus changeante des règles » (Vauve- M nargues) ? | | PER

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