CONDITIONS OU ÉLÉMENTS DE LA MORALITÉ
V. — L'ignorance : le prêt à intérêt a été longtemps condamné comme usuraire, parce qu’on croyait à tort que, toujours, l'argent est stérile. « Les dariques, disait Aristote, ne font pas d’autres dariques. pe Cette erreur provenait de l'analyse insuffisante des faits économiques. Les anciens le proscrivaient au nom de ce principe : Nulne doits enrichir au détriment d'autrui. Les modernes lautorisent en vertu du même principe, car le prêt gratuit, quand on peut faire fructifier son argent, serait l’enrichissement de l’emprunteur aux dépens du prêteur (128).
Conclusion : le scepticisme moral n’est pas plus recevable que le scepticisme théorique. Donc la loi morale existe. Æst igitur hæc non scripta, sed nata lex (?), dit Cicéron. Saint Paul lui. fait écho : Opus legis | scriptum in cordibus (?). Montaigne s’est donné la réplique lui-même, car il dit ailleurs : « La justice en soy, naturelle et universelle, est autre- ë ment reiglée et plus noblement que n’est cette autre justice speciale, : nationale, contrainte au besoing de nos polices (5). » Pascal a également 2 limité son accusation, car il ajoute dans le même passage qu’on oublie : généralement de citer en entier : «Il y a sans doute des lois naturelles ; » mais cette belle raison corrompue a tout corrompu. » <
Remarque : on objecte aussi la diversité et les contradictions de doctrines philosophiques. I1 v a les partisans de la morale utilitaire, de … la morale sentimentale, de la morale rationnelle. — Sans doute les 4 philosophes discutent sur le fondement métaphysique des devoirs, : mais ils s'accordent à reconnaître la nécessité de pratiquer le bien.