‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 415 sur 761 · S À. — CRITIQUE DE LA RAISON IPORE 0 À · texte numérisé non relu

S À. — CRITIQUE DE LA RAISON IPORE 0 À

But de Kant : avec Hume, l’Idéalisme avait dégénéré en scepti- | cisme : plus de cause ni de substance : plus de loi, partant plus de * science ; tout se réduit à de pures liaisons habituelles de phénomènes. Entre le Dogmatisme et le Scepticisme, Kant voulut fonder le Criticisme : mais ce n’est en réalité qu’une nouvelle forme de l’Idéalisme. À Kant se propose de résoudre le problème de la possibilité de la Méta- « physique : nos connaissances ont-elles une valeur objective ? Pour le « savoir, il fait la critique de nos facultés intellectuelles et en examine + la valeur dans son livre : Critique de la raison pure-(#). è : 1

Dans cette Critique, il distingue entre les choses telles qu’elles apparaissent : ce sont les phénomènes, et les choses telles qu'elles sont, les choses en soi, inaccessibles à l'intelligence : ce,sont les nouméênes. Kant \ veut faire, en philosophie, une révolution analogue à celle de Copernic, * en astronomie. Avant Copernic, on faisait tourner le soleil autour de « la terre. Copernic fait tourner la terre autour du soleil (#). Avant Kant.

(?) Cf. Tome I, Chapitre préliminaire, p. xx111-xxvrr1. (?) Tu. DespouiTs, La Philosophie de Kant d’après les trois Critiques. — SCHŒBEL, Philosophie de la raison pure. — T. PEscx, Kant et la Science moderne. ses erreurs. — H. GouJon, Kant et Kantistes. —

ÉE, Le Moralisme de Kant et l’Immoralisme contem- « Porain. — V. DELBOS, La Philosophie pratique de Kant. — RENOUVIER, Critique de la « Doctrine de Kant. — C. SENTROUL, L’'Objet de la Métaphysique selon Kant et selon Aristote. Kants Philosophie der Geschichte.

* IV. Origine et valeur de la connaissance T, Kantisme et Positivisme. = 178 antale, quand « elle ne porte point sur n tant que celle-ci est possible a priori ».

ectif. Ce Relativisme viendrait non pas, Ssance par rapport à ses objets, mais des : de la connaissance, par conséquent du :

sujet.

(® KANT, Critique de la raison pure, Préface de la 2e édition, page 22 de la Traduct. - TREMESAYGUES et PACAUD, Paris, 19092. ee |

on enseigne que la raison doit se conformer aux choses. Comme cette

“manière de voir, suivant lui, n’a mené à rien, il veut, dit-il, essayer de

blhypothèse contraire, qui consiste à admettre que c’est notre pensée

“qui règle les choses, car nous ne pouvons savoir ce qu’elles sont en

: elles-mêmes.

Kant distingue deux éléments dans la connaissance : | e 19 La Matière : sensations et autres états de eonscience, multiples,

É incohérents, épars. Cet élément ést contingent et particulier.

5 20 La Forme : c'est l'élément nécessaire, universel, & priori. Nous bne pensons qu’en mettant un certain ordre dans cette multitude de sensations incohérentes, qu’en donnant une forme à cette matière, car penser, c’est unir. Or les facultés, qui mettent de lunité dans les objets de nos connaissances, sont au nombre de trois : sensibilité, enten-. & Jement, raison. H faut en examiner successivement la valeur. De là trois

à parties dans la Critique de la raison pure. |

la Sensibilité. a sensibilité comprend : 1° le sens intime (conscience) ; … L 20 les sens extèrnes. Elle nous fournit des notions intérieures sensibles

| et des notions extérieures : c’est la matière de la connaissance. Cette

à matière a pour formes : l’espace et le temps.

L A) Espace : toutes les fois que nous éprouvons une sensation tactile Lou visuelle, elle nous paraît étendue : elle est dans l’espace. Cette repré- É sentation spatiale est donc une condition a priori de nos sensations, . L la forme des sens externes. < & BB) Temps : de même tous les phénomènes de conscience nous’ “ paraissent se succéder les uns aux autres et constituer la série de l'avant = et de l'après : ils sont dans le temps. La notion de temps est donc une

«condition a priori de nos phénomènes intérieurs, la forme du sens interne.

A TEE)

… re Partie\ : Esthétique transcendantale : c’est la critique de .

L'espace et le tempsme sont pas des concepts empiriques, dégagés à

… par abstraction des perceptions sensibles, puisque ces perceptions sont - 2 impossibles sans eux : ce sont donc des éléments @ priori, des intuitions = primitives, des formes subjectives, idéales. Mais ces intuitions ne sont

et mortes : ce sont des actes vivants que l’esprit produit et qui lui servent ù

| | | pas constituées d'avance, ces formes ne sont pas des entités latentes | |

à coordonner ses sensations.

- Bref, la sensibilité est une sorte de raison intuitive, à la fois réceptive et active. Dans chaque intuition, il y a deux éléments : un élément & posteriori, venu du dehors, à savoir, les sensations qui constituent la

… matière : un élément pur ou a priori que la sensibilité tire de son propre - fonds, à savoir, l’espace et le temps, intuitions primitives, antérieures à toute expérience, qui constituent la forme. | Ile Partie : Analytique transcendantale : c’est la théorie … critique de l’Entendement ou faculté de juger. La sensibilité nous fournit + #

ER

ET ESS RELATIVISME : $ II. — LE CRITICISME DE KANT ses notions sensibles, intérieures et extérieures. Le rôle de l’entendeme est d’unir les notions pour en composer des connaissances : il les ramène” à des jugements. Ces jugements ne se font que suivant certaines lois,

d’après lesquelles l’entendement unit un sujet à un attribut. Ces lois … sont appelées Catégories, parce qu’elles servent à classer nos connais sances ; ce sont des concepts, des formes a priori de l’activité de l'esprit: quand il-yuge, comme l’espace et le temps sont des formes a priorr dé lesprit quand il sent. Ces catégories sont au nombre de quatre, lesquelles

se subdivisent en trois ; donc en tout douze catégories (Ps. 166) 3

| : a) Ünité I. — QuANTITÉ b) Pluralité RE SA | c) Totalité FR tes

a) Réalité | ÉeRes

Il. — QuaLriTé b) Négation | LE TT me de c) Limitation a a) Substance et Inhérence ITT. — RerarTIon 4 +) Cause et Effet ee - c) Action et Réaction ; a) Possibliité IV. — MopaziTÉ b) Actualité | ©) Nécessité

: TR re a ns

Kant appelle les jugements, formés d’après ces catégories, des jugements SYNTHÉTIQUES A PRIORI : synthétiques, parce que le sujet ne. contient pas l’attribut ; a priori, parce qu'ils ne dérivent pas de l'expé-. ‘rience : vg. 5 7—12. Tout ce qui arrive a une cause (Ps. 150). La fonction des catégories n’est pas de représenter ies objets, mais d'imprimer aux intuitions sensibles, matière éparpilléeide la connaissance, une forme (Vg. causalité, substance, ete.) qui permet au moi de les unifier. dans la « synthèse transcendantale de l’aperception ». Les catégories. ont conséquemment une valeur objective, parce que leur application. aux données sensibles rend celles-ci objet de pensée È 20

Nos jugements peuvent donc s’organiser d’après ces catégories, lois” constitutives de notre esprit, que nous appliquons à tout ce que nous connaissons. Par conséquent, la Science est possible, puisqu'elle est un. ensemble de connaissances coordonnées ; mais elle est tout entière relative aux phénomènes ; elle n’atteint pas les choses en soi. : AE

IIIe Partie : Dialectique transcendantale : c’est la théorie critique de la Raison proprement dite. La raison unit les jugements. entre eux en les rapportant à des idées supérieures. La connaissance ébauchée par la sensibilité, perfectionnée par l’entendement, s'achève” par la raison pure. L'esprit est poussé par son organisation à concevoir,

trois à idées D le Mons, l’AmE et Dieu, qui lui permettent d’unifier toutes ses représentations. Grâce à l’idée : # 10 Du Monve, l'esprit unifie les jugements qui ont pour objet les représentations spatiales.

… 29 Du Mor, l'esprit unifie les jugements qui ont pour objet les phéno- mêènes de conscience, c'est-à-dire les représentations successives, temporelles.

30 De Drev, l'esprit unifie la totalité de ses jugements.

- Ces idées servent comme de centre de ralliement à la synthèse de nos jugements. Ce sont les lois ou formes a priori de la raison, les cadres idéaux dans lesquels toutes nos connaissances viennent s unifier. |

= Objectivité de ces idées : mais à ces idées transcendantales est-ce kque des existences réelles correspondent ? est-ce qu’à ces phénomènes - Éde connaissance subjective correspondent des êtres, des réalités en SOI, “en dehors de notre connaissance ? La Métaphysique dogmatique le soutient. Pour résoudre la question, Kant examine successivement ces trois idées : ee - 19 Moi : nous avons l’idée du moi; s’ensuit-il que l’âme existe ? Cette idée est une, simple, identique ; s ”ensuit- il que l’âme soit un être “un, simple, identique ? En le concluant, la Métaphysique fait un para- Jogisme, car de l’idée elle passe à l'être, c’est-à-dire de l’ordre logique à l’ordre ontologique, puisqu'elle donne à l’être les attributs de l'idée. * Dbysique est donc re à déterminer le noumène ÂME.

Pa

re me F0) Pier: le monde a un commencement dans le temps ; il est limité dans l’espace.

b) ANTITHÈSE : le monde est infini dans le temps et dans l’espace. 2e Antinomie : a) THÈSE : toute substance composée est composée de parties simples.

D) ANTITHÈSE : nulle substance composée n’est composée de parties simples. 2 Le 3° Antinomie : a) Tuèse : il doit exister dans le monde, outre les Causes nécessaires, une causalité libre.

b) ANTITHÈSE : il n’existe dans le monde que des causes nécessaires.

4e Antinomie : a) THÈSE : il existe dans le monde un Être néces-. Saire. |

bd) ANTITHÈSE : il n'existe nulle part un Être nécessaire.

. Le résultat de ce conflit de la raison avec elle-même est de Done “qu elle ne peut démontrer les thèses sous peine de contradiction, car: elle prouve aussi bien les antithèses. La Métaphysique est donc i impuis- sante à déterminer le noumène MonpE.

39 Dieu : Kant fait la critique des preuves de ire de Dieu . il n’en trouve aucune convaincante. Il rejette notamment la preuve dite de saint Anselme, tirée de l’idée de l'être aussi parfait que possible parce que, dit-il, elle renferme un paralogisme : elle passe de l’idée, d’être à son existence réelle. La Métaphysique est donc impuissante à ta ‘démontrer le noumène Dreu. 4

La critique de la raison théorique aboutit à cette conclusion que. seule l’existence des phénomènes est certaine et que leur connaissance, réglée par les formes a priori et universelles de la pensée, suffit à constis tuer la science. La Métaphysique dogmatique n’est donc pas possibles ni légitime, puisqu'elle ne peut fournir la démonstration de l'existence de son triple objet, le monde, l’âme et Dieu. ‘3

$ B. — CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE 2 — But : elle a pour but de constituer la Morale comme sciences

-et L fournir une base à la Métaphysique. Nous pouvons non pas avoir, une science métaphysique, mais des croyances métaphysiques fondées s sur la Morale. L'existence des noumènes est un objet non de science {c’est-à-dire ne peut être démontrée) mais de foi : « Je dus done abolir le savoir afin d’obtenir une place pour la croyance (?}). » La Morale est donc le fondement de la Métaphysique et de la Théologie (LOGIQUE, 120, $ IT, B. Moraze, 6). N | ÏI. — Exposé : la critique de la raison pratique commence par. constater dans l’âme l’existence du devoir, de l'impératif catégoriques qui s’impose à toute volonté raisonnable. Nous avons en effet conscien 4 du devoir, c’est-à-dire d’une loi qui commande ce qui doit être, sa égard à ce qui a été, est ou sera. Elle est par conséquent intemporelle La seule chose absolument et immédiatement certaine, c’est donc Î devoir. Le reste peut se discuter, est hypothétique, mais le devoir col n.mande sans réplique. à La volonté pose le devoir et se l’impose : elle est autonome. La volonté est donc libre, car la conséquence du devoir, c’est le pouvoir is Je dois, donc je peux. La liberté est ainsi un postulat de la raison pr : tique : nous avons dans l’existence évidente du devoir une raison pod | sortir du doute, où nous avait laissés la croyance de la raison spécun lative. :

Nous pouvons affirmer de même done de l'âne et celle | Dieu ; car la Morale exige que la justice soit accomplie, que le bonheur

pre,

(*) KanT, Critique de la raison pure, Préface de la 2e édit., page 29 de la Traduct… "TREMESAYQUES et PACAUD.

être obtenu que si l’on admet la survivance de l’âme et l'existence de Dieu. Le

« La liberté, l’immortalité de l'âme et l'existence de Dieu, que la Métaphysique ne peut démontrer, reparaissent done comme des postulats de la loi morale, et c’est ainsi que la Critique de la raison pratique relève ce que la Critique de la raison pure avait abattu (MoRaLeE, 10,$ III ; 42)

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