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LES SCOLASTIQUES

» A) Exposé : d’après Descartes, la matière est une étendue pas- Sive ; selon LEIBNIZz, c’est une collection de forces simples. Au dire des

PÉRIPATÉTICIENS et des SCOLASTIQUES, elle est tout ensemble étendue

b jorce. Ces deux éléments ne constituent pas la substance même de la hatière, mais sont les deux propriétés essentielles qui nous la manifestent. La force implique l’unité, la simplicité, l’activité : l'étendue entraine la pluralité, la divisibilité, la passivité. Ces deux propriétés dé la matière présentent des caractères non seulement opposés, mais contradictoires ; il est donc impossible de les expliquer l’une par l’autre Ou de les réduire à un seul principe qui les concilie. D’où il suit que tout

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(2) LeiBniz, Monadologie, $ 65-66. — « Le moindre corpuscule est actuellement subdi- : visé à l'infini et contient un monde de nouvelles créatures... » (LEIBN1IZ, Correspondance avec Clarke, Œuvres, Édit. JANET, T. I, p. 756).

...(*} « Tout est plein dans la nature » (LEIBN1Z, Principes de la Nature et de la Grâce, D loidémm, p.124); = :- ë

(*) Pour une exposition détaillée du Système de la Matière et de la Forme, on peut voir: M LIBERATORE, Institutiones philosophicæ, T. II, Cosmologia, C. 11, Art. VI. — Tu.-M. Zr- GHIARA, Summa philosophica, T. II, Cosmologia, L. IT, C. 11. — A. FARGES et BARBEDETTE, Bhilosophia scolastica, T. I, Cosmologia, L. II, C. 11. — A. FARGES, Malière et forme. — J KLEUTGEN, La Philosophie scolastique, Diss. VII. — Sur les Théories modernes de la constitution de la matière, voir vg. J. PERRIN, Les AlomesæParis, 1913. — PACOTTE, Physique théorique moderne, Paris, 1921. AGHALME, Les Alomes, Paris, 1921, La Molécule, 1922. — BErTHOUD, La constitution des atomes, Paris, 1922. — P. Descogs a confronté la concepion métaphysique des corps selon la Scolastique avec les théories actuelles des savants. Of Hylémorphisme et Science moderne, dans REVUE DE PHiLosopuie, 1922, p. 393-410. J'TE

Ed

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corps doit être considéré comme étant composé de dau principes distincts. L’un est le fondement de l’étendue, de la passivité, de l’inertie# bref, de toutes les propriétés géométriques des corps : on l’appellé matière première. L'autre est le fondement de la qualité, de l’unité, de l’activité ; bref, de toutes les propriétés dynamiques des corps : on

l'appelle forme substantielle. La matière première rappelle l'étendue

cartésienne, car elle est considérée comme une masse homogène, continué, divisible à l'infini, indifférente à toutes les déterminations. La forme substantielle représente, par certains côtés, la monade leibnizienne; car elle est une, active, levant l’indétermination de la matière qu elle spécifie. Ces deux principes sont incomplets par eux-mêmes, puisque le premier est indéterminé et le second déterminant. Ils se ‘complètent lun par l’autre dans l’unité d’une même substance et, par leur union: constituent les différents corps que l’École appelle matière seconde.

B) Preuve. — Les ScoLASTIQUES constatent, après ARISTOTE qu'il y a, dans la nature, des changements non seulement accidentels, mais substantiels : des corps nouveaux, résultant de la combinaison des corps simples, ont des propriétés qui difièrent spécifiquement des propriétés des composants. Or ces changements n’impliquent ni créa tion ni anéantissement : ce sont des transformations substantielles où accidentelles. Il y a donc quelque chose, un sujet, qui, en passant d’un forme à une autre, se maintient identique dans tous les êtres corporels, Cet élément commun, ce sujet identique c’est ce que l’on nomme la matière première. Mais cet élément commun se retrouve dans des êtres spécifiquement différents : c’est la forme substantielle qui établit entre les êtres corporels une différence essentielle. Les ou sont donc composés de matière et de Jorme substantiellement unies. $

Exemple : le pain se change en chair par l'inflasneé d'agents datur0ll Le pain était en puissance de devenir chair ; or ces deux substances diffèrent spécifiquement, parce que leurs propriétés sont diverses où même opposées. Nous constatons, d’une part, l'existence d’une trans formation substantielle. De l’autre, nous remarquons que dans ce char gement quelque chose de commun et d’indéterminé persiste, car ce

changement est une transformation et non une création. Cet élément

persistant, qui peut devenir pain ou chair, c’est la matière première. « La science d'aujourd'hui n’admet plus les mutations substans tielles (:), donc les corps ne sont pas constitués par la matière et la | 3 (1) On trouvera sur ce point tous les renseignements nécessaires dans l'étude appro: fondie que le Père P. DEsco0s à publiée sous ce titre : La Théorie de la Matière et de La Forme et ses Fondements. (Sérte de 6 articles parus dans la REVUE DE PHILOSOPHIE, &

septembre 1921 à août 1922). Sur l’argument des mutations substantielles, voir ibid

4921, D. 488-518 ; 603-630. — Ces articles revus et complétés paraîtront en volum sous ce titre : Essai critique sur l’Hwflémorphisme (Paris, Beauchesne, 1924).

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forme. Pour enlever sa force à un tel argument, il faut ou nier l’anté- © “cédent ou nier la conséquence, c’est-à-dire qu'il faut ou revendiquer la “réalité des mutations substantielles ou recourir à d'autres arguments en faveur de l’hylémorphisme. Les philosophes scolastiques à tendance > “Scientifique sont plutôt inclinés vers cette seconde solution » (Aus “un certain nombre de néo-scolastiques, renonçant à la preuve tirée des mutations substantielles, ont recours aux arguments d'ordre méta physique. :

… Voici l'indication de « celui qui nous semble le plus ferme, disons | mieux le seul ferme dans l'espèce » (2). Cet argument est fondé sur les

propriétés des êtres matériels.

Me ; L ; SEE +3 … « Or ces propriétés, selon qu’elles appartiennent à l’ordre siatique : ou à l’ordre dynamique, se rangent d’elles-mêmes en deux catégories, “tres distinctes sans doute, mais tellement inséparables que l'être dont 222

elles sont la manifestation et comme lPémanation première, n’aura de “chance d’être compris d’une manière un peu profonde que s’il est envisagé à la fois sous ces deux aspects : l’un de ces aspects achève l’autre, Mais aucun ne suffit par soi, aucun ne révèle l’être tout entier. G). 5e «Le premier argument en faveur de là matière et de la forme 5e tire de la continuité ou extension propre à l'être matériel. On y envisage le corps en lui-même, à l’état statique et l’on en déduit la nécessité d’un double principe intrinsèque pour rendre compte de cette pro-briété. Un second argument prend, comme point de départ, le corps non a Plus seulement à l’état statique, mais aussi et en même temps à l’état As dynamique, c’est-à-dire en tant qu'il agit et qu'il pâtit, qu'il se meut 2 qu'il est mû... Entre elle [cette seconde preuve] et la première, aucune cloison étanche : tout ce que nous allons dire de l'être corporel considéré = dans l’ordre de l’activité et de la qualité par opposition à sa passivité et à sa quantité ne laissera pas d’impliquer ses propriétés d'extension et de divisibilité et le supposera toujours, en sorte qu’en définitive nous n'aurons bien qu’un seul et unique argument tiré des diverses propriétés … des corps (4). » Se - C) Nature de la matière et de la forme :

19 La matière première est le sujet premier de tous les changements corporels. C’est une réalité substantielle, mais incomplète (car elle ner re

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ne (2) P. GENY, Melafisica ed esperienza nella Cosmologia, dans GREGORIANUM, 1920 2100, : AE Ms (#) P. Descoos, La Théorie.…., REVUE DE PHILOSOPHIE, 1922, p. 207 ; 260.

… (‘) On trouvera le développement : de la première partie de la preuve, tirée du continu : Tbidem, 1922, p. 263-290 ; de la seconde, tirée de l’inertie et de l'activité, p. 384-393.

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