B. — EXPLICATIONS DIVERSES DÙÜ COMMENT
Que Dieu connaisse les futuribles, x raison voit qu’il en doit être ainsi, parce que, étant infinie, sa connaissance s'étend à tout le connaissable. Qu’Il doive les connaître, comme tout le reste, dans et par son essence, la raison le voit aussi avec évidence. En effet, Dieu étant simple, infini, immuable, ne peut être modifié, ni attiré par aucune influences étrangère. Son intelligence et sa volonté ne peuvent donc être déterminées par l’action des objets extérieurs. Autrement Il serait dépendant,
et, conséquemment, imparfait. De toute nécessité l'unique raison de sa
science, comme de ses décrets, ne peut se trouver qu'en Lui-même, in Seipso. Mais, si le fait est incontestable, le comment reste mystérieux. C’est un mystère qu’une intelligence finie ne saurait comprendre, parce que seul linfini peut égaler l'infini. On a imaginé un certain nombre de systèmes pour essayer de soulever un coin du voile. 4 I. - Système de Bañes (:) : l'École thomiste, à la suite de BANES (1528-1604), célèbre professeur de Théologie à l’Université de Sala manque, a recours à la prédétermination ou prémotion physique (?) Dieu connaît : les futurs absolus dans les décrets par lesquels 11 prédés termine les volontés à action ; les futuribles dans des décrets prédéter” minants conditionnels, c’est-à-dire dans des décrets qu’Il porterait s'ils lui plaisait de réaliser la condition mise à l’accomplissement de l'acte Critique. — Ce système n’est pas admissible, parce que : 14 10 La Prédétermination physique supprime la liberté humaine. Cette conséquence ressort avec évidence des caractères que les Thomistes attribuent à cette prédétermination. D’après eux, en effet, elle est : a) Physique et non morale : elle influe sur la volonté en lui commu:
niquant le pouvoir d’agir et non en l’attirant par sa bonté (SX
(2) Cf. pour la Bibliographie, T. I, PSYCHOLOGIE, $ 205, III, note, p. 381. Le Pèr SCHNEEMANN (dans l’ouvrage cité à cette page 381) veut prouver que le système de prédétermination est en opposition avec la doctrine de S. Thomas et était inconnu l’ancienne École thomiste. Un précieux renfort lui est venu d’un côté d'où on ne l'attend guère. Le Père Dominicain PAPAGNI, maître en Théologie, est d'accord avec les Jésui pour constater «combien cette fausse doctrine touchant la motion divine dans les créatur introduite après coup, corrompt la pensée de S. Thomas et exerce une influence pernicieus sur les principales matières de la Philosophie et de la Théologie. » (La mente di S. Tommasü intorno alla mozione divina nelle creature e le quistioni che vi hanno rapporto, p. 83-84, Bénévent, 1902). Cf. G. Sorrais, Le Déclin d'un Système, dans ÉTUDES PHILOSOPHIQUES ET SOCIALES, p. 273-284, et dans les Érupes, 1905, T. I, p. 704-710. 700
CCE pee BANES, Scholastica Commentaria in Primam Partem Angelici Doc toris : Quæst. XIV, Art. XIII. Q. XIV, A. VIII. Q. XXII, A. IV, Salamanque, 1584. - DIE Go ALVAREZ, De Auxiliis Divinæ Gratiæ ethumani arbitrii viribus et libertate, ac legiti ejus cum efficacia eorundem auxiliorum Concordia Libri duodecim, Disput. V, $ 8-1 Disp. XIT ; XXII; XXIII. Rome, 1610. — ANTOINE GOUDIN, Philosophia juxta inconcuss tutissimaque D. Thomæ Dogmata, Part. IV, Disput. I, Quæst. III. a
(:) Est prædeterminatio physica, qua ex parte potentiæ efficienter proprie movetu
ts 0
a Deo voluntas ad aliquid volendum, quæ quidem prædeterminatio dicitur physica, Sb
/ CONNAISSANCE DES FUTURS CONDITIONNELS FA OMULe
E b) Antérieure à Pacte, car elle too sur la faculté en puissance pour. | la compléter et l'appliquer à l’action (1).
… c) Intrinsèquement efficace, de sorte que la volonté ne peut omettre a acte auquel cette prédétermination la meut (y: ; Rae . Cette solution sauvegarde la toute-puissance et Padépende es de. Dieu, mais en sacrifiant la liberté des êtres créés. Si, en effet, Dieu détermine d'avance que je ferai tel acte, de sorte qu’un acte différent soit de -ma part métaphysiquement impossible, comment peut-on affirmer que e reste maitre de produire ou de ne pas produire cet acte prédéterminé ? ($) À Les. distinctions, imaginées par les Thomistes pour énerver la force cet argument, sont de vaines subtilités, qui ne résistent pas à l’exa- : en. Voici, par exemple, la plus célèbre : la distinction entre le sens omposé et le sens divisé. RE À cette objection : posée la prémotion physique dans la volonté, acte suit nécessairement, voici la réponse la plus commune parmi les homustes : 4 es Si Pacte est considéré du côté du terme, c’est-à-dire de la volition, suit nécessairement, nous le concédons.
| Si l'acte est considéré du côté du principe, c’est-à-dire de la volontés suit nécessairement, nous le nions.
Ils expliquent ainsi cette distinction : quand nous voulons, nous oulons nécessairement quelque chose, car nous ne pouvons à la fais st-à-dire in sensu composito) vouloir et ne pas vouloir. Mais notre olonté, avant d'agir, a le pouvoir de vouloir ou de ne pas vouloir est-à- “dire in sensu diviso) et la prémotion lui conserve ce pouvoir. D onc la volonté se meut et agit librement, parce qu’elle est libre par
modum causæ physicæe, ut condistinguitur contra illam quæ est solum moralis.
LVAREZ, De Auxiliis.…, Disp. XXII, $ I. — ALVAREZ passe pour. être de beaucoup le plus marquable (facile oo des Bannésiens.
(52 Id, per quod prædeterminatur voluntas , neque est formaliter actus secundus, nec.
imi. (AnvAREz, De Auxiliis. ., Disp. XXIII, XXVII). En d’autres termes, la pré: PE étermination physique est l’ application de la puissance à l’acte second (Applicatio PonE actum secundum).
ME La prémotion est dite physique : quia ex propria essentia et ab intrinseco est efticax dependenter a quocunque creato consensu... Non obstat quod per decretum divinum et. À onem prædeterminantem voluntas determinetur et applicetur ad unum actum. -B. GONET, Clypeus Theologiæ Thomisticæ, Tractat. V, Disp. VII, Art. V, SI Notandum. tio, $ IL Non obstat.) ) Cf. SuAREZ, Opuscul. De Concursu, Motione et Auxilio Dei, L. III, C. xI7, s 6 ne 4): Voluntate certissime libere volumus ; sed, cum volumus, infallibiliter et necesar yolumus (nempe in sensu composilo) : non enim est in libertate nostra non wvelle et elle simul. Hoc est ex parte termini. Attamen ex parte principii, hoc est voluntatis, scimus se “licet nostrum velle non possit simul componi cum non velle, est tamen in nostra potes-
Ds
Eyyea
: Partem Angelici Doctoris, Quæst.FxX XIII, Art. III, p. 271, C, col. 1, Douai, 1614).
- Dieu a voulu permettre. Il ne s’agit donc pas d’une attitude purement,
à sa sainteté. Dieu, en effet, veut absolument que tel acte aït lieu, parcem
| ù SL + tate ponere potius velle quam non velle ; quocirca, in sensu diviso, velle et non velle ins
jam diximus et sæpe est dicendum, præmotio non movet ad operationem simpliciter, sed
Il est clair, à y regarder d’un peu près, que cette ceplitasah ne résou pas la difficulté. Car, qu'importe que la volonté garde radicalement la faculté de vouloir ou de ne pas vouloir, si, posée la prémotion divine, il répugne métaphysiquement, de l'aveu des Thomistes ($ B, I, 1°, c) que Pacte prédéterminé par Dieu n'arrive pas. Bref, très libre en elle-! même, par nature, quand elle n’agit pas, la volonté, en fait, ne peut. jamais agir librement, parce que la prémotion la prédétermine à. une à seule chose. 2?
20 La Prédétermination physique est inconciliable avec la sainteté de Dieu, car Bañes enseigne que tout effet est voulu absolument par Dieu, même le mal. « Toute opération du libre arbitre se rapporte à Dieu comme à sa cause, et par conséquent doit être soumise à la divine Providence. Donc, sous la divine Providence, tombe toute opération du libre arbitre, même le péché, directement en tant qu’il est opération, d'une manière permissive, en tant qu’il s’écarte de la règle de la raison. Et c’est ainsi que se vérifie cette parole des Proverbes, Ch. xvr, v. 4 : Universa propter semeptisum operatus est Dominus, impium quoque in diem malum (1); c’est-à-dire Il a créé tel homme qu’il a voulu permettres impie, afin de montrer sa REA au jour du jugement par la just condamnation de cet homme (?). » .
Bañes ne dit pas : Dieu a permis que tel homme fût impie, mais.
permissive qui laisse à la volonté humaine la responsabilité de lexis= tence ou de la non-existence de l’acte mauvais qui dépend de son libres arbitre. Dans cette conception, Dieu coopère au mal, ce qui répugne
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nostra potestate Sunt. Porro præmotio divina, ratione suæ universalitatis et efficacitatis,” ut dictum est supra, potestatem sic conservat in voluntate, ac si voluntas concipiatur omnino independens a quocumque sive influxu sive concursu : ratio est quia, ut pluriesM
ut reduplicative modificata a natura voluntatis (31, V, Quo sensu motio moventis). Seds voluntas non potest libere agere nisi educatur ad agendum ex sua nativa potentialitate, id est nisi præmoveatur, sicut lignum calefactum calefacit, sed non potest calefacere ni præcalefiat (Jbid., Traditur). Perfectissime ergo se movet et libere agit, quia libera natu | est. (TH.-M. ZIGLIARA, Summa philosophica in usum Re SDL EP Theologia naturalis,. CL. III, C. 1v, Art. VII, $ II, Objectio tertia.) SA (*) Jéhovah a tout fait pour son but, et le méchant lui- meme pour le jour du malheur: { (Traduct. de CRAMPON). | (?) Nihilominus actusliberi arbitrii reducitur in Deum sicut in causam :unde necesse € üt divinæ providentiæ subjiciatur ; ergo sub divina providentia cadit omnis operatio libe arbitrii, etiam peccati, directe quidem quatenus operatio est, permissive vero quate deficiens est a regula rationis. Et ita verificatur illud Prov. XVI : Universa propter sem
ipsum operatus est Dominus, impium quoque in diem malum : scilicet eatenus creax li:
hominem aliquem, quem voluit permittere impium esse, ut in die judicii ostenderet just * - tiam suam in ejus condemnatione justa (BANES, Scholastica Commentaria in Prima
u PTT a k dolenté de manifester sa justice en condamnant cet Horn rides 5 b, parce que la faute de cet homme est nécessaire à la production dés cte, Dieu la permet. Il y a donc connexion entre la volonté divine et Pacte mauvais. ; RE exemple que Bañes apporte pour justifier la conduite de Dieu a fait que mieux ressortir l'odieux de son système, en manifestant les «conséquences répugnantes auxquelles il aboutit logiquement. « Par xemple, dit-il, Dieu est cause voulante et efficiente d’un acte de haine de Dieu, et la volonté humaine est cause volontaire et efficiente du même acte. Mais la volonté de l’homme est mauvaise, parce qu’elle roduit un tel acte sans la règle de la raison, bien plus contre la règle et-la loi de Dieu. Quant à la volonté de Dieu, elle est bonne, lorsqu'il eut que cet acte ait lieu en permettant la défaillance de la cause econde, afin d’en tirer quelque plus grand bien par la manifestation e sa: justice ou de sa miséricorde (1). » Voilà où en arrive Bañes : Dieu veut et fait dans tel homme l’acte de haïr Dieu. Pourquoi cette volonté a t cette opération de Dieu sont-elles bonnes ? Parce que Dieu veut … anifester par là sa justice vindicative. Mais, alors, que Bañes fait-il es du principe : on ne doit pas faire le mal pour obtenir Te. bien ? Non sunt cienda mala ut eveniant bona ? Ou bien faut-il préconiser la maxime + àpie : La fin justifie les moyens ?
D'ailleurs, la prémotion physique n’est pas moins contraire à la onté de Dieu qu'à sa sainteté. Cela ressort clairement de ce que dit” añes : vg. « L’acte de la divine volonté relatif à la permission du éché des réprouvés et à la soustraction du secours efficace avec lequel, u ils ne pécheraient pas, ou ils feraient pénitence, doit être expliqué omme un acte affirmatif et non pas seulement négatif. C’est pourquoi eu a eu cet acte de toute éternité : Je veux permettre ces péchés ; ne veux pas donner à quelques-uns des secours tels que, s’ils les ecevaient, ils ne pécheraient pas (2). » ch Les conséquences du système de Bañes sont si dures que ses dis-
CV. g. Deus est volens et efficiens causa actus odii Dei, et voluntas Héanz est causa usdem actus voluntaria et efficax. At vero voluntas hominis mala est, quia talem actum “exercet sine regula rationis, imo contra regulam et legem Dei : Deus autem bona voluntate
It fieri illum actum permittens defectum causæ secundæ in ipso, ut inde aliquod majus
num faciat, sc. ut ostendat bonitatem suam juste puniendo et magis miserendo respectu
iorum, vel etiam respectu ejusdem si prædestinatus fuerit (BANES, Ibidem, Q. XXII, soie III, p. 270- 271). Re (2) Actus divinæ voluntatis circa permissionem peccati reproborum et circa substrac- ES nem auxilii efficacis, quo posito non peccarent, vel, si peccarent, pœnitentiam agerent, - à rmative explicari debet et non solum negative. Itaque Deus habuit hunc actum ab zbterno : volo permittere haec peccata, volo quibusdam non dare auxilia, quæ si reciperent, | D m pocarent, (BANES, I bidem, Q. XXIII, A. III, p. 270, col. 1, $ Secunda conclusio.)