‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 62 sur 761 · UTILITARISME RECTIFIÉ DE S. MILL · texte numérisé non relu

UTILITARISME RECTIFIÉ DE S. MILL

de vue empirique et sensible pour recourir au critérium du bien rationnel,

ou se contenter du critérium de la quantité et, par conséquent, se résigner à n'être qu'une morale « grossière ».

B) Bonheur, de l’humanité : par intérêt général, on n'entend

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évidemment ni l'intérêt de la famille, ni l'intérêt d’une ville ou d’une:

province, pas même l'intérêt de la patrie, car ce serait de l’égoisme national. Travailler au bonheur des autres, c’est donc travailler au bonheur de l'humanité. Bentham avait déjà mis en avant le bonheur de l'humanité comme règle de la vie morale. Mill a voulu la purifier du reproche mérité d’égoïsme. Dans la théorie de Bentham lPagent cherchait son propre bonheur en travaillant pour le bien oénéral. Pour Mill « le

critérium utilitaire ne consiste pas dans le plus grand bonheur de l'agent,

mais dans la plus grande somme de bonheur général, et Putilitarisme

exige que, placé entre son bien et celui des autres, l'agent se montre

aussi strictement impartiat que le serait un spectateur bienveillant et

désintéressé » (1). Il s’approprie, pour résümer sa doctrine, la maxime

évangélique : « Aimez votre prochain comme vous-même. » Critique : I. — Cette morale est plus élevée et plus pure que celle

de Bentham, car elle exige le sacrifice et le désintéressement. En cela ‘ elle s'accorde avec la morale vraie; mais la question est de savoir si.

l'utilitarisme, confiné dans l’empirisme et la sensibilité, trouve en luimême un principe capable d'imposer à l'humanité ce qu'il ordonne.

Or il n’en est rien, car l'intérêt d'autrui n’est pas obligatoire par lui- a même. Pour le rendre obligatoire il faut invoquer un principe supérieur a

à l'intérêt. L'utilitarisme humanitaire donne le bonheur comme le bien.

suprême de l’homme. Comment peut-il alors me commander de sacrifier,

en cas de conflit, mon bonheur personnel au bonheur général ? C'est

poser d’un côté le bonheur comme la seule chose bonne et désirable,

- comme la fin unique et la raison d’être de toute l’activité : c’est, d’autre q )

part, exiger qu'on soit toujours prêt, le cas échéant, à sacrifier son bonheur au bonheur des autres. C’est au nom de mon bonheur me commander de sacrifier mon bonheur. Il y a là une contradiction formelle,

qui montre qu'en s’enfermant dans les considérations de l'intérêt on

ne peut justifier l'obligation morale de sacrifier son bonheur personnel

au bonheur des autres. Il faut donc, de toute nécessité, recourir à un

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principe étranger et supérieur à l'intérêt même général.

Réponse de Mill : Mill a vu la difficulté. Il reconnait, à l'encontre

de Bentham, que l'intérêt particulier et Pintérèt général sont loin de coïncider toujours en fait : vg. l'intérêt public exige que les soldats

sel fassent tuer pour défendre la patrie envahie, mais est-ce l’intérèt

personnel de ceux qui se feront tuer ? L'identité des intérêts est un idéal

(*) S. Mizz, Utilitarianism, Ch. 11, p. 24, $ 1 musi.

Le L

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