UTILITARISME RECTIFIÉ DE S. MILL
qui n’est pas encore réalisé. Afin de se D rbbber le se près possible de cet idéal, il faut qu’une nouvelle organisation sociale harmonise l'intérêt général et l'intérêt privé et que l’éducation et l'opinion unissent
leurs efforts pour «associer dans l'esp de chaque individu son bonheur
au bien de tous ».
Réplique : la pratique de la morale utilitaire exige, de l’aveu de Mill,
cette merveilleuse transformation des sociétés. Or un pareil changement
est une utopie irréalisable ; la morale utilitaire est done ii sb
et chimérique.
II. — L'intérêt général ne peut constituer une règle elaire : il est
déjà assez difficile à chacun de calculer ce qui lui est: vraiment utile.
nité ?
III. — La morale utilitaire est incomplète : elle omet les devoirs
envers Dieu. Quant aux devoirs personnels, elle en fait un simple corollaire des devoirs envers la société : il ne faut pas se dégrader, parce qu'un citoyen dégradé est nuisible à la société. La conséquence logique, mais inadmissible, serait que les hommes isolés, comme Robinson, ou inutiles
comme tant d’incurables ou de malades, n'auraient pas de devoirs.
Iest manifeste au contraire que les devoirs envers Dieu et les devoirs de dignité personnelle sont indépendants de tout PAPE avec l'intérêt - général. \
IV. —— La morale utilitaire propose un nu inaccessible à la plupart Fu.
… des citoyens : le bonheur de l'humanité. Il n’y a en effet que les puissants et les favorisés de la richesse, les savants, qui peuvent songer à procurer
—— En admettant même que les efforts des petits et des humbles contri- buent à l’avènement du bonheur général de humanité, il resterait néanmoins que la morale assignerait à l’effort de l’homme un but irréalisable. Le bonheur n’est pas de ce monde. L° espérance d’un âge d’or
où la souffrance serait bannie est une chimère. D'ailleurs les générations
préparer l'amélioration lentement progressive de l’état futur de lhuma- nité ? Ce qui rend les misères de la vie actuelle supportables à à l'humanité, c’est que chacun de ceux qui la composent espère, dans un monde meilleur, une compensation à la douleur présente. Mais donner pour fin unique à l’existence de travailler au bonheur terrestre de l'humanité actuelle et surtout future, sans autre consolation que d’y contribuer pour une part infinitésimale, c’est trop présumer des forces humaines :
le
Combien plus de déterminer ce qui l’est au bien commun de Phuma-
lé bien général de l'humanité. Le commun des mortels sera donc. condamné, au nom de la morale, à vivre sans idéal moral et sans vertu.
présentes auront-elles le courage de se sacrifier complètement pour.
. la masse des hommes est incapable de s’éprendre pour un idéal aussi décevant et une récompense aussi creuse. C’est pourquoi une pareille théorie mènerait infailliblement à l’inertie, quand elle n’aboutirait pas
au désespoir. L'histoire atteste que nulle doctrine n’a fait plus de déses- P q P
| Épicuriens, qui donnaient comme but à la vie le plaisir et le bonheur en ce monde.