‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 74 sur 761 · MORALE SOCIOLOGIQUE : CRITIQUE · texte numérisé non relu

MORALE SOCIOLOGIQUE : CRITIQUE

supérieur, source d'obligation, parce qu’ils n’ont pas changé de nature en s’associant. C’est donc en dehors et au-dessus de la société, c’est en Dieu qu’il faut chercher le principe de l'obligation. | Pour répondre à cette difficulté capitale, Durkheim n’a rien trouvé qui vaille. Qu'on en juge : « La société est une grande personne morale. Elle nous dépasse non pas seulement physiquement, mais matériellement et moralement. La civilisation est due à la coopération des - hommes associés et des générations successives : elle est donc une œuvre essentiellement sociale. C’est la société qui l’a faite, c’est la société qui . en a la garde et qui la transmet aux individus. C’est d’elle que nous la recevons. Or la civilisation c’est l’ensemble de tous les biens auxquels nous . attachons le plus de prix ; c’est l’ensemble des plus hautes valeurs humaines. Parce que la société est à la fois la source et la gardienne de la civilisation, parce qu’elle est le canal par lequel la civilisation parvient : . jusqu'à nous, elle nous apparaît donc comme une réalité infiniment plus riche que la nôtre... » (1). Et après ? C’est un bon argument pour | prouver que lPhomme est fait pour la société, où il trouve les ressources nécessaires au plein développement de ses facultés. Mais du fait que la société est «source de la civilisation », de quel droit conclure qu’elle est source de l’obligation ? La civilisation ne confère pas à la société une transcendance qui s'impose nécessairement aux membres associés. car la civilisation est quelque chose de changeant, de relatif, par conséquent de discutable. L'autorité sociale est représentée par Popinion . morale commune. Quelle efficacité, surtout quand le devoir exige des sacrifices pénibles, peut-elle avoir pour décider des volontés hésitantes ? “La voix de la conscience collective sera-t-elle assez puissante pour “comprimer les réclamations pressantes de l'intérêt personnel immédit? 3 C'est pourquoi la conclusion que Durkheim propose, après avoir - rappelé les bienfaits que nous devons à la société, dénote une candeur . qui étonne de la part d’un savant se disant positiviste : « N’est-il pas. naturel dès lors que nous nous la représentions [la société] comme un être psychique supérieur à celui que nous sommes et d’où ce dernier mane ? Par suite, on s'explique que, quand elle réclame de nous des sacrifices petits ou grands qui forment la trame de la vie morale, nous . nous inchinions devant elle avec déférence (2). » | | Un peu plus haut Durkheim avait dit : « C’est de la société que nous - Mient tout l'essentiel de notre vie mentale », et il se permet de faire ce rapprochement impertinent : « Le croyant s'incline devant Dieu, parce . que c’est de Dieu qu'il croit tenir l'être, et particulièrement son être

“ge ; ee) …—. (7) DUuRKHEIM, Détermination.…, Ibidem, p. 131.

(*) DuRkHEIM, Discussion, Ibidem, p. 192.

4X MRAÎTÉ DE PHILOSOPHIE. — T. Il. — 2.

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