MORALE SOCIOLOGIQUE : CRITIQUE
mental, son âme. Nous avons les mêmes raisons d’éprouver ce sentiment | pour la collectivité (*). » DR en | | De bonne foi, est-ce par déférence pour la société, est-ce pour reconnaïtre notre dette à son égard que nous accomplissons nos devoirs quotidiens, « petits ou orands », spécialement ceux. qui sont extrasociaux ? Qui donc y songe en vérité ? = MEN | IV. Durkheim a beau dire que la morale commence où commence le désintéressement, sa doctrine, en fin de compte, doit être rangée parmi les doctrines utilitaires. Il écrit en effet : « En même temps qu’elle [la société] nous dépasse, elle nous est intérieure, puisqu'elle ne peut vivre qu’en nous et par nous. Ou plutôt elle est nous-même, en un sens, et la meilleure partie de nous-même, puisque l’homme n’est un homme que dans la mesure où il est civilisé.… Ainsi vouloir la société, c’est, d’une part, vouloir quelque chose qui nous dépasse ; mais c’est en même . temps, nous vouloir nous-même (2). » La morale sociologique n'est done, : dans son fond, qu’une variante de l’utilitarisme. à V. —— Le système renferme une contradiction interne qui le ruine. La source de la morale c’est, nous dit-on, la conscience collective. Mais Durkheim reconnaît, nous l’avons vu, que cette conscience peut être » erronée et, dans ce cas, qu’il est légitime de la redresser. Supposons que. tel ou tel s'emploie à ce travail de redressement. Il s’en suivra qu'un. jugement individuel a conféré à certains actes un caractère moral qui à. réformé le jugement de la conscience at Alors la moralité ne. dérive plus de la société, mais de Peffort d'un particulier, ce qui est la. négation même du système (°). AE a.
À cette objection foncière Durkheim n’a trouvé que cette réponse. qui repose sur une distinction équivoque : La seule raison qui ait « le. droit d'intervenir et de s'élever au-dessus de la réalité morale histo-. rique en vue de la réformer, ce n’est pas ma raison ni la vôtre : c'est la, raison humaine, impersonnelle, qui ne se réalise vraiment que dans la science. Ce n’est pas l'individu qui parle ici en tant qu'individu, au. nom de ses aspirations personnelles. C’est le savant, l'homme qui participe de cette chose impersonnelle qu’est la science (475 4
Pour dégonfler ces grands mots : « raison impersonnelle, science impersonnelle » et les ramener" à leur juste proportion, une simple remarque suffira. Quiconque cherche loyalement la vérité, qu'il s'agisse,
comme ici, d’un problème moral, ou qu'il s’agisse d’un problème phy-
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