‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 90 sur 761 · ROLE DE L’INTÉRÊT EN MORALE · texte numérisé non relu

ROLE DE L’INTÉRÊT EN MORALE

I. — Exposé : certains moralistes comme les Stoïciens, les Quiétistes, Kant et autres repoussent tout point de vue imtéressé dans l’observation de la loi morale, surtout l’espérance d’un bonheur éternel ou là crainte d’un malheur éternel, fondée sur la croyance à l’immortalité de l'âme. D’après Kant, l’action, considérée en elle-même, dans sa matière, HSE RU pas de caractère moral. Ce caractère lui vient de sa forme, de l’intention dans laquelle elle a été faite. Or l'intention est toujours mauvaise, quand elle est rntéressée : alors elle peut être légale, matériellement conforme à la loi ; elle n’est pas morale, Une action n’est morale que si elle est accomplie uniquement par respect pour la loi, par amour du devoir. | io IT. — Réponse : A) Cette objeetion est mal fondée. En principe, agir par l’unique motif du devoir, préférer la vertu au vice, alors même que, par impossible, elle ne serait suivie d'aucune récompense, c’est la perlection. — Agir au contraire par l’unique motif du bonheur, en excluant formellement l’amour du devoir, dans la disposition intérieure de violer la loi s’il n’y avait pas de châtiment, c’est faire un acte coupable, car c’est exclure l’idée du bien. — Mais l’espérance du bonheur final, motif intéressé, peut se surajouter à l'amour du bien en soi : elle n’est, dans ce'cas, ni l'unique, ni même le principal motif. Je puis faire mon devoir d’abord et surtout parce que cela est bien, et ensuite parce que j’en serai récompensé. C’est agir d’abord par le motif du devoir, | s’exciter ensuite à l’accomplir par l’espoir de la récompense ou la crainte du châtiment : où est le mal, étant donné que l’intérêt est subordonné ‘au bien ? — Bien plus, un acte fait d’abord en vue de la récompense, . sans exclure positivement l’amour du devoir, est bon moralement : mais il est moins parfait, parce que le motif intéressé est prédominant. La raison en est que le bonheur poursuivi est un bonheur digne de * l’homme. C’est un bonheur qui résulte de la satisfaction de ses tendances raisonnables ; il exige le sacrifice de plaisirs immédiats et de tendances agréables, mais opposées à la raison. Le bonheur et le bien iciseconfon- * dent ; poursuivre son bonheur, c’est travailler à sa perfection morale, 1 car, comme dit Descartes : « La vraie félicité est la satisfaction qui suit À

(*) KaAnNT, Critique de la raison pratique, If° P., L. I, Ch. I, 11. Fondements de la méta- # Physique des mœurs, IL° Section. Doctrine de la vertu, Introd., Art. 5. — L. ROURE, Doctrines el problèmes, Ch. vir, Vertu kantienne et vertu chrétienne. — Cx. DANIEL, La morale philosophique avant et après l'Evangile, dans les Etudes, 1856, T. I. — Sur le Quiétisme, Cf: G. LONGHAYE, Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, T, ITF, L. VIN Ch: 111,008

Carl

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