SD ROLE DE L’INTÉRÊT EN MORALE
l'acquisition de la perfection. » Les adversaires de cette doctrine oublient
que le bonheur final auquel nous aspirons et le bien en tant qu’il commande nos actes libres sont en réalité un seul et même objet, sous deux aspects différents. Cet objet, c’est l’Étre infini, absolu, c’est Dieu même. Il est sans doute plus parfait de pratiquer la vertu par amour du bien, en faisant abstraction de la récompense ; c’est l'idéal de la perfection, réservé à l’élite. Mais il est légitime de pratiquer la vertu en recherchant le bonheur qui y est attaché, car ce bonheur se confond avec notre per-
fection morale, avec le bien : c’est l’idéal proportionné à la commune
faiblesse. Celui que Kant propose est chimérique ; il se condamne d’ailleurs lui-même en disant que peut-être aucun acte de vertu n’a été encore fait (1).
B) Cette doctrine entraine une mutilation de la nature humaine,
que la morale ne peut commander. — L'homme est tout ensemble ;
sensible et raisonnable. Pourquoi donc exclure des motifs d'action le
motif du bonheur, quand 1il est conforme ou subordonné au devoir ?
Imposer le sacrifice du bonheur, c’est imposer le sacrifice de la sensi-
bilité (?). C’est d’abord sacrifier les inclinations personnelles, dont.
le bonheur est la satisfaction. C’est, par eontre-coup, sacrifier aussi les imclinations altruistes, car comment celui, qui se désintéresserait totalement de sa destinée, pourrait-il s intéresser à celle des autres ? Cette théorie va donc à mutiler l'âme humaine. De quel droit ? N'est-ce pas avec «l'âme tout entière » qu’il faut aller au devoir ? Ce serait d’ailleurs une obligation impraticable. Comment arracher du cœur de l’humanité
… l'instinct du bonheur ? « Tous les hommes désirent être heureux ; cela
est universel et sans exception » (Pascal).
Conclusion : 1° Le devoir seul en vue en faisant abstraction de
ne la récompense.
29 Le devoir d’abord en vue, puis la récompense. 30 La récompense d’abord en vue, puis le devoir. 20 La récompense en vue, Sans exclure le devoir. 50 La récompense seule en vue, en excluant le devoir.
Telle est la hiérarchie de la perfection morale : partout où la récom- pense et le devoir coïncident, l’acte est bon moralement ; là où il y'a? . exclusion du devoir, l’acte est mauvais. L'acte est plus ou moins parfait selon que l’idée du devoir brille seule ou au premier rang.
(1) Fondements de la métaphysique des mœurs : « Peut-être il n’y a pas eu sur la terre un seul acte de véritable vertu, un seul acte fait par respect de la loi » (Trad. BARNI, p. 36). (2) On connaît l’épigramme de ScxiLLer : « J’ai du plaisir à faire du bien à mon voisin,
… cela m'inquiète ; je sens que je ne suis pas tout à fait vertueux ! »
ei ES COMPARAISON ENTRE LE PLAISIR ET L'INTÉRÊT à (82) \