PRÉCEPTE ET CONSEIL
devoir, c'est-à-dire la réalisation dans les actes de l'idéal de perfection qui s'impose à toute volonté humaine.
Remarques : I. — Précepte et Conseil : on a établi (46, § A, V) que tout bien n'était pas formellement obligatoire par lui-même ; autrement, l'héroïsme serait obligatoire pour tous. Il y a donc place, entre ce qui est strictement ordonné et ce qui est rigoureusement défendu, pour ce qui est simplement permis. Il faut donc distinguer entre le bien obligatoire et le bien surérogatoire, entre le précepte et le conseil. Par conséquent, l'idée du devoir n'est pas formellement coextensive à l'idée du bien. Le bien a un domaine plus étendu que le devoir strict. On objectera peut-être que cette doctrine est en contradiction avec ce que nous avons exposé plus haut : l'idée du bien est obligatoire. — La contradiction n'est qu'apparente, car nous parlions là d'une façon générale ; or on peut dire en général que le bien est obligatoire, quitte à spécifier ensuite. Tout bien n'est pas formellement et actuellement obligatoire : vg. l'héroïsme. Mais tout bien est virtuellement obligatoire, et il le devient formellement et actuellement, sans intervention nouvelle de la volonté divine, dès que la raison le perçoit comme nécessaire pour observer la loi morale et atteindre la fin dernière. C'est ainsi que les actes héroïques, auxquels nul n'est tenu en règle générale, deviennent strictement obligatoires : vg. pour le prêtre et le médecin en temps d'épidémie, pour le soldat en temps de guerre, etc.
II. — Péché philosophique : on a appelé péché philosophique un désordre moral grave qui serait une faute contre la raison et ne serait pas une offense de Dieu, parce qu'on suppose que l'agent ignore Dieu invinciblement.
La notion de péché philosophique répugne comme contradictoire dans les termes.
En effet : a) Ou bien l'agent a le plein usage de sa raison, ce qui suppose la conscience réfléchie de la loi morale, et alors il pèche non seulement contre le dictamen de la raison, mais aussi contre la volonté de Dieu, car une telle conscience ne peut exister sans une connaissance au moins confuse de Dieu. La loi morale, étant absolue et immuable, exige un législateur absolu et immuable comme elle, c'est-à-dire Dieu. (Théodicée, Ch. III, Art. I, Sect. I, 74).
b) Ou bien l'agent n'a pas le plein usage de la raison, et alors il ne pèche pas contre le dictamen de la raison, ni conséquemment contre Dieu.
Il n'y a donc pas place pour le péché philosophique {}). Ce qui est vrai, c'est qu'on peut considérer l'acte du péché sous un double aspect :
(') Cf. L. Billot, dans Études, T. 164, p. 400-403.