IV. — BUT DE LA SANCTION
La sanction n'ajoute rien au caractère obligatoire ni à la valeur intrinsèque de la loi morale ; elle est cependant nécessaire pour procurer le triomphe de la loi. Elle le procure comme moyen :
A) D'intimidation qui prévient le mal et d'encouragement qui aide au bien : c'est là le but prochain de la sanction. Le devoir ne s'adresse î directement qu'à la raison et à la volonté, aux côtés spirituels de l'homme. iMais l'homme est encore sensibilité. Il faut donc, pour contrebalancer l'influence des passions mauvaises et l'entraînement des plaisirs défendus, que l'attrait des récompenses et la crainte des châtiments interviennent et excitent l'homme à l'observation de la loi morale. La sanction est par conséquent un auxiliaire indispensable de la moralité.
Objection : les Stoïciens et Kant ont soutenu que l'idée d'une rémunération avilit la morale en faisant de la vertu un calcul et une 'spéculation. Il faut faire son devoir par devoir, guidé par la considération purement intellectuelle de la majesté de l'obligation, sans se laisser aller au désir et à l'espérance du bonheur, sans s'abandonner à la crainte du châtiment.
Réponse : cette doctrine, nous l'avons vu (31, § B ; 32), est :
10 Impraticable en fait, car elle supprime tout désir, toute sensibilité ; or il n'y a pas de volonté sans désir.
2° Injuste en droit : la sanction fait partie intégrante de la loi ; exiger de l'homme qu'il ne pense pas à la sanction, c'est lui imposer l'obligation de considérer la loi comme mutilée. Est-ce là respecter la loi ? Sans doute, dans l'observation de la loi, faire abstraction de la sanction., c'est le plus pur désintéressement. Mais, s'il est moins parfait, il est encore très raisonnable d'obéir à la loi en voulant à la fois la loi et la sanction dans leur rapport naturel : dans ce cas l'homme veut la sanction comme une conséquence de l'observation de la loi. Enfin, il est encore légitime d'obéir à la loi par crainte du châtiment et par espoir de la récompense. En effet l'agent ne sort pas de la loi, puisque la récompense et le châtiment sont contenus dans la loi même. La sanction ne se substitue pas au devoir, elle s'y surajoute. Elle est voulue non comme une fin dernière, mais comme un moyen de faciliter la pratique du bien. Elle vient au secours des volontés défaillantes et leur fournit un nouveau motif d'être fidèles au devoir. C'est un motif légitime, mais moins relevé que les motifs précédents. Plus l'homme s'oublie dans l'effort vertueux,