‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 122 sur 604 · LES SANCTIONS MORALES : BUT · texte numérisé non relu

LES SANCTIONS MORALES : BUT

plus parfaite est son action et plus grande sera sa récompense. I;a mesure du désintéressement sera la mesure même de la récompense. Cette morale est admirablement appropriée à la grandeur et à la faiblesse de l'homme. « L'homme n'est ni ange ni bête ; et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête (^). » A la grandeur de l'homme répondent les exigences austères du devoir accompli par amour du devoir : les âmes d'élite sont celles qui s'élèvent souvent à cette hauteur morale. Mais il est impossible de s'y maintenir constamment : à cette faiblesse de l'homme répondent les promesses et les menaces, qui l'aident à rester dans le devoir parce qu'elles font équilibre aux entraînements de la sensibilité. A ce point de vue, la sanction est une excitation à faire le bien et à éviter le mal.

B) De compensation, de réparation et d'expiation : l'ordre veut que le bonheur soit le prix de la vertu et que le malheur soit le salaire du vice. Or c'est la sanction qui établit cette harmonie :

I. — La vertu entraînant le sacrifice au Bien suprême des plaisirs immédiats qui en arrêtent la poursuite, il est juste que ce sacrifice soit compensé par une jouissance, qui dédommage l'homme vertueux de sa peine : c'est une créance sur la justice divine. Celui qui fait le bien respecte l'ordre ; ce serait un désordre qu'il ne fût pas récompensé par une sanction compensatrice.

II. — Celui qui fait le mal trouble l'ordre, car il recherche un bien interdit, une jouissance illicite. Il faut donc, pour que l'ordre soit rétabli, que le coupable soit empêché d'obtenir le bien qu'il lui est défendu de rechercher, ou que, s'il a réussi à l'atteindre, il soit privé de ce bien illégitimement acquis. Cette contrariété apportée à ses désirs ou cette privation d'un bien défendu, c'est une souffrance ; of cette souffrance est la conséquence légitime de la faute, parce qu'elle répare l'ordre troublé. « La peine est dans l'ordre, dit Bossuet, parce qu'elle ramène à l'ordre celui qui s'en est écarté. »

III. — Lorsque le coupable se repent de son péché et accepte librement la peine, la peine devient une expiation. L'ordre n'est pas seulement rétabli au dehors, il l'est dans l'âme du coupable, qui se réhabilite en expiant sa faute. Aussi Platon a-t-il dit avec profondeur : « L'injustice n'est que le second mal pour la grandeur ; mais l'injustice impunie est le premier et le plus grand des maux. » AcuTspov ap" £7x1 xôjv xaxôiv (/.sYÉOei To dotxeTvTO o à^txouvxa ij.-)) otodvat Stxr;V Travroiv ijLi'ytGTOv re xai Trpôixov xaxôjv TTï'juxev ( 2).

(M Pascal, Pensées, Art. VII, 13.

(») Platon, Gorgias, Didot, T. I, p. 350, lignes 44-46.

(49) LES SANCTIONS DE LA VIE PRÉSENTE I2i.

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