V. — SANCTIONS DE LA VIE PRÉSENTE
J. — Espèces : on les ramène aux quatre suivantes :
1° Sanction naturelle : ce sont les conséquences mêmes de nos actions. Santé, aisance, succès sont les suites normales de la tempérance, du travail et de l'énergie, tandis que des infirmités physiques et mentales sont le résultat naturel du vice.
2° Sanction légale : ce sont les récompenses et les châtiments édictés par les lois humaines.
3° Sanction sociale : c'est l'opinion publique ; c'est la bonne ou mauvaise réputation.
40 Sanction morale : ce sont les satisfactions et les remords de la conscience.
II. — Leur insuffisance : une sanction, pour être juste, doit être :
10 Universelle : ne laisser aucune bonne action sans récompense, i aucune mauvaise sans châtiment.
2° Proportionnelle : la récompense et la punition doivent être en rapport exact avec le mérite et le démérite de l'agent.
Or les sanctions terrestres ne remplissent pas ces conditions :
a) Sanction naturelle : il y a des hommes vertueux qui se portent mal et des gens malhonnêtes qui se portent bien. Le travail, l'énergie, n'amènent pas toujours l'aisance ou le succès.
b) Sanction légale : les lois humaines sont presque exclusivement pénales. Elles n'atteignent que les actes publics et extérieurs ; elles ne s'inquiètent pas des fautes ou vertus privées. — ■ Elles ne punissent pas tous les coupables et parfois frappent des innocents. — Leur application est souvent disproportionnée, car les intentions, d'où dépend surtout la moralité, leur échappent.
c) Sanction sociale : l'opinion publique s'égare souvent, est mobile et capricieuse. — Que de fautes dissimulées, que de vertus cachées ! Ici encore les intentions échappent.
d) Sanction morale : c'est une loi psychologique que l'habitude émousse la sensibilité. Ainsi l'habitude du mal affaiblit chez le coupable le remords et finit même par Fétouiïer ; au contraire, l'habitude du bien rend l'âme moins sensible à la satisfaction morale et de plus en plus exigeante avec elle-même. L'habitude produit donc, chez l'homme vertueux, la délicatesse de conscience, et chez le vicieux, l'endurcissement : de là vient qu'un grand criminel souffre moins d'une grande faute qu'un cœur droit d'une simple imperfection.