LA VERTU : ARISTOTE
20 Le libre choix. La liberté, supprimée par Platon, reparaît.
30 La résolution ferme et inébranlable de ne jamais faire autrement. 11 ne suffit pas de connaître la vertu pour la pratiquer ; il faut l'acquérir par l'exercice : « On ne conquiert les vertus que par la constante répétition des actes de justice, de tempérance, etc. (^). » Un acte bon ne fait pas la vertu, « pas plus qu'une seule hirondelle ne fait le printemps, ni un seul jour l'année » (^). La vertu a besoin de temps pour s'établir, car elle est une habitude qui exige des efforts répétés.
Pour prouver que l'habitude du bien consiste dans un juste milieu, Aristote fait appel à l'expérience et apporte des exemples {^) : vg. la témérité est un excès, la lâcheté un défaut de courage ; le vrai courage tient le milieu entre ces deux extrêmes ; l'économie est un milieu entre l'avarice et la prodigalité, etc. Le trop et le trop peu, sont nuisibles partout, dans l'ordre moral, comme dans l'ordre physique. De là les adages : Mr,S£v à'vav, Ne quid nimis. Horace dit également : Virtus est médium vitiorum et utrimque reductum (^).
B) Critique : 1° Parlant en général on peut dire qu'il est sage d'éviter les extrêmes. Cette maxime a son utilité comme règle de sagesse pratique ; mais elle n'a pas la précision que réclame une définition philosophique, car la notion de milieu, empruntée à la quantité., s'applique mal aux qualités morales.
2° Cette règle du juste milieu est variable et élastique, puisque, de l'aveu d'Aristote, la mesure convenable change avec les personnes et les circonstances (^). Aristote ajoute que c'est à l'homme sage de la déterminer. Mais quel est ce sage sinon l'homme vertueux ? Et ainsi « on définit l'homme sage par la vertu, et la vertu par l'homme sage » (Bossuet).
3° Cette règle n'est pas universelle. Elle convient aux vertus qui relèvent de la tempérance, car la tempérance est la vertu propre de la sensibilité. Or la loi des désirs et des passions c'est la mesure (Ps. 21). Mais cette maxime du juste milieu, prise à la lettre, est incompatible avec les vertus les plus hautes, avec l'héroïsme ; elle conduit directement à la médiocrité, à « vivoter dans la région moyenne », comme dit Montaigne. Mais ce n'est pas ainsi qu' Aristote l'entend, car il fait suivre
(M Aristote, Ibidem, L. II, Ch. iv, § 3. (') Aristote, Ibidem, L. I, Ch. vu, § 16. (') Aristote, Ibidem, L. II, Ch. vu, viii.
(*) Horace, Epist. L. I, Ep. 18, v. 9. — Horace exprime encore la môme pensée quand il dit :
Est modus in rébus ; sunl cerli denique fines Quos xdtra citraque nequil consisterè rectum.
Satir. L. I, Sat. 1. v. 106-107.
{'■) Aristote, Morale à Nicomaque, L. II, Ch. vi, § 7.