PRÉCEPTES PRIMAIRES ET SECONDAIRES DU DROIT NATUREL
Nous avons distingué dans l'ordre spéculatif (Ps. 163) deux sortes de vérités :
10 Les vérités premières. — Elles sont : a) absolument nécessaires; b) universelles; c) évidentes par elles-mêmes : vg. ce qui est, est; tout a sa raison d'être ; les vérités mathématiques.
2» Les vérités ou lois scientifiques. — Elles sont : a) relativement nécessaires; b) générales; c) non immédiatement évidentes; vg. les lois physiques (Ps. 164).
Dans l'ordre moral ou pratique, il faut établir une distinction analogue. C'est ainsi que les moralistes distinguent dans le droit naturel deux sortes de préceptes :
I. — Préceptes primaires. Ils sont : A) d'une nécessité absolue, indépendants de toute condition et de toute hypothèse.
B) Universels, s'appliquant à tous les temps et à tous les lieux; aucune exception n'est possible.
C) Évidents par eux-mêmes. Exemples : Ne blasphème pas. Ne nie pas Dieu. Ne trompe pas. Les actions opposées à ces préceptes primaires sont intrinsèquement mauvaises ; elles le restent quelque hypothèse qu'on imagine : dans aucun cas Dieu ne peut les autoriser et il n'aurait pu créer un monde où elles fussent permises.
II. — Préceptes secondaires. Ils sont : A) d'une nécessité relative. Ils pourraient être autrement, si les conditions de notre existence actuelle étaient changées.
B) Généraux : Dieu peut en dispenser dans certains cas ; ils comportent des exceptions.
C) D'une évidence médiate : il faut en prouver l'existence. Exemples : lois relatives au mariage, à l'homicide, au vol, à la charité. Si notre nature physique était diiïérente, si Dieu avait choisi d'autres moyens que ceux qui président à la conservation de l'espèce humaine, à l'existence individuelle et sociale de l'homme, les préceptes secondaires énumérés ci-dessus pourraient être autres. De plus, Dieu peut en dispenser dans certains cas, parce que la violation de ces préceptes, n'étant pas absolument contraire à l'ordre essentiel des choses, n'empêche pas complètement l'homme d'atteindre sa fin. C'est ainsi que la loi naturelle prescrit l'unité et l'indissolubilité du lien conjugal. Cependant la polygamie et le divorce ne sont pas absolument opposés au droit naturel ; en effet, la fin du mariage, qui est la perpétuité, la stabUité et l'harmonie des familles, bien que rendue par là beaucoup plus difficile à réaliser, n'est pas cependant entièrement entravée. Dieu peut donc,