IL — SENTIMENTS MORAUX
Les jugements moraux sont accompagnés d'un certain nombre de sentiments, qui sont relatifs soit :
A) A nos propres actions : 1° Le premier et le principal sentiment qui précède l'action, c'est le respect pour le bien et l'aversion pour le mal. D'après Kant (^), le respect est le sentiment moral par excellence, celui auquel on reconnaît la' présence de la loi morale. Le respect est un composé d'amour et de crainte. Nous ne pouvons concevoir le bien sans éprouver une attraction, parce que c'est un idéal conforme à notre nature raisonnable. Mais, par un autre côté, il nous repousse et nous tient à distance, car sa grandeur nous domine et son autorité exerce sur no8 penchants inférieurs une contrainte redoutée. De là ce mélange indéfinissable de crainte et d'amour qui compose le respect. Il se distingue de l'inclination qui s'adresse aux personnes et aux choses. Le respect ne se rapporte qu'aux personnes. Ce qui lui ressemble le plus, c'est y admiration ; mais on peut admirer quelqu'un : vg. à cause de la supériorité de son talent, sans le respecter, si la moralité n'est pas à la hauteur du talent. Le respect s'adresse d'abord à la loi morale ; puis nous retendons aux personnes qui par leur conduite se mettent d'accord avec cette loi, dont elles sont comme des exemplaires vivants.
2o Les sentiments, qui suivent l'action, sont :
a) La satisfaction morale : elle est faite d'une certaine fierté de
( M Kant, Crilique de la raison pratique, L. I, Ch. m.
18 >-ATrRE ET ORIGINE DE LA CONSCIENCE MORALE (10)
soi-même : on sent qu'on a grandi en perfection ; — et d'un espoir joyeux : on sent qu'on mérite une récompense.
b) Le remords, douleur qui torture l'âme après un acte coupable. Il se compose d'abord d'un sentiment d'humiliation et de honte : on se sent déchu, diminué, avili ; et ensuite d'une inquiétude, qui devient parfois de la terreur : on se sent digne de châtiment (^).
c) Le repentir n'est pas une douleur subie comme le remords ; c'est une tristesse voulue, qui comprend le regret d'avoir fait le mal et la résolution de ne plus le commettre. C'est un commencement d'expiation, c'est le retour au bien, que la langue chrétienne appelle XsiConversion.
B) Aux actions d'autrui : c'est selon le degré du mérite ou du démérite, la sympathie, le respect, radmiration, l'enthousiasme; — l'antipathie, le mépris, l'indignation, l'horreur (2).
Telles sont les principales idées et les principaux sentiments de la conscience morale. Comment les expliquer ?
On peut réduire à trois groupes les explications proposées : 1° La conscience est un sens ou un instinct ; — • 2° c'est un produit de l'expérience ; — 30 c'est une forme de la raison.