‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 164 sur 604 · DEVOIRS RELATIFS AU CORPS · texte numérisé non relu

DEVOIRS RELATIFS AU CORPS

marquer le terme ; c'est abandonner le poste confié. Le suicide est donc une désertion morale, car « l'homme fuit ainsi, sans la permission divine, le poste qui nous a été assigné dans ce monde » (^).

II, • — Contre la société : c'est la priver du concours qu'elle a droit d'attendre de chacun de ses membres, en retour des services qu'elle leur rend. C'est ensuite donner un pernicieux exemple.

III. — Contre soi-même ; c'est la violation du respect qu'on se doit, car attenter à ses jours c'est disposer de soi comme d'un moyen pour une fin arbitraire'.

B) Essais de justification : on a fait valoir en faveur du suicide les raisons suivantes :

I. — Cest un acte de courage. — Réponse : il faut une certaine exaltation, une certaine énergie pour se suicider ; mais, au fond, c'est une lâcheté, sous une apparence de courage, car on s'arrache la vie parce qu'on n'a pas la force de supporter l'épreuve :

Rehus in adversis facile est contemnere vitam ; Fortius ille facit gui miser esse potest (Martial).

II. — Quand on est déshonoré^ le suicide est un^Iroit et même u?i devoir. ■ — Réponse : ou ce déshonneur est immérité, et alors il est immoral de sacrifier sa vie à un préjugé injuste ; ou il est mérité, et alors le devoir commande, au lieu de fuir l'expiation, de l'afïronter courageusement pour réparer la faute commise.

III. — La vie du malheureux qui se tue ne peut qu'être nuisible à ses semblables; sa mort est un bon débarras pour la société. — Réponse : il ne s'ensuit pas qu'il ait le droit d'attenter à ses jours, mais qu'il a l'obligation de se corriger et de compenser par l'exemple d'une vie honnête et utile le mal fait à la société.

IV. — Celui qui se suicide ne fait tort qu''à lui-même; or on n^est obligé à rien envers soi. — Réponse : 1^ cette excuse n'est pas recevable, car nous avons vu qu'on fait tort à la société en ne remplissant pas ses devoirs personnels ; — 2° l'homme a des devoirs envers soi-même (61, A).

Remarques : 1° Sacrifice volontaire de sa vie : il ne faut pas le confondre avec le suicide, car il peut être obligatoire ou être inspiré ])ar un motif héroïque de charité. Par position on peut être tenu à ce sacrifice, comme le soldat, le médecin, le prêtre, dans certaines circonstances. Tous doivent préférer la perte de la vie à la perte de la vertu. Ce serait, dit Juvénal, un crime de sacrifier à l'amour de cette vie périssable les seules raisons de vivre

- Summum crede nef as animam prœferre pudori Et propter vitam vivendi perdere causas (^).

( ') Kant, Principes métaphysiques de la morale, p. '214 de la traduction TissoT. ( °-) Juvénal, Satires, Vlll, 83-84.

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2° La pénitence et les macérations ascétiques : elles sont blâmées par certains philosophes. C'est à tort, car la mortification de la sensibilité est nécessaire pour pratiquer la vertu. C'est, en effet, le moyen d'assurer Tempire de la raison et de la volonté sur les facultés inférieures toujours prêtes à se mutiner. La pénitence ne se borne pas, comme la tempérance, à retrancher au corps le superflu ; elle le prive de certaines satisfactions permises. Ces privations afîaiblissent les exigences désordonnées des sens et fortifient la puissance des facultés supérieures. Comme elles ont pour but d'expier les fautes passées et de mater les révoltes de la chair contre l'esprit, il en résulte que cette loi de la pénitence, qui s'impose à tous, doit être appliquée dans une mesure qui varie avec les besoins particuliers et aussi avec les forces physiques et morales de chaque personne. L'usage en sera réglé de manière à ne pas compromettre la santé. A première vue, les macérations des saints paraissent excessives. Il faut se rappeler que, les saints étant conduits par des voies extraordinaires, elles sont inspirées par Dieu. C'est admirable, mais ce n'est pas imitable (M.

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