‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 183 sur 604 · LIBERTÉ DE PENSÉE · texte numérisé non relu

LIBERTÉ DE PENSÉE

le droit de résister à quiconque s'oppose au développement normal de la vie privée ou sociale. En maintenant l'unité et l'indissolubilité du mariage contre la polygamie et le divorce, la propriété individuelle et transmissible contre les systèmes socialistes, l'unité de patrie contre l'internationalisme, le gouvernement remplit sa mission protectrice : il défend la société contre les attaques subversives provenant d'une infime minorité ; il assure la prédominance d'idées qui répondent pleinement à la conscience collective de la nation (123).

Il est clair que la zone de cette défense s'étendra ou se rétrécira, selon que l'accord doctrinal des citoyens sera plus ou moins complet. C'est pourquoi, dans les sociétés où la croyance catholique rencontrait l'unanimité morale à l'égard des idées fondamentales de patrie, de famille, de propriété, l'État avait le devoir et le droit de protéger la religion catholique à l'exclusion de toute autre. Sans doute nul ne devait être contraint par la force à embrasser la foi, car l'homme, dit S. Augustin (^), ne peut croire que de son plein gré, ou comme parle Ter- TûLLiEN (^) : Nec religionis est cogère religionem, quœ sponte siiscipi deheat, non vi. Mais autre chose est cette liberté intérieure qui est inviolable et sacrée, autre chose est la liberté de manifester, de publier, de propager sa pensée et sa croyance. Cette seconde liberté est le prolongement de la première, mais elle ne doit être respectée dans son exercice qu'autant qu'elle ne nuit pas à la collectivité. C'est ainsi qu'au temps de concorde religieuse l'État réprimait la propagande hérétique, comme actuellement il a le droit de réprimer la propagande de l'internationalisme, de la polygamie, du communisme, qui sont des hérésies sociales (^).

On objecte la bonne foi de ceux qui répandent ces doctrines malsaines. La bonne foi étant supposée, il s'ensuit seulement que la pensée n'est que matériellement coupable ; mais cela ne l'empêche pas d'être dangereuse et partant digne de répression. Un fou furieux est de bonne foi ; on est cependant obligé de le lier de peur qu'il ne nuise aux gens paisibles (*).

La liberté illimitée de la presse, de l'enseignement, de la discussion est donc illégitime. Aucun gouvernement ne pourrait d'ailleurs y

(') s. Augustin, Traclalus XXVI inEvangelium S. Joannis, § 2 ; Quisquam... crederi' non potest nolens.

( *) Tertullien, Liber ad Scapulam, C. ii, Migne, Palrologia latina, T. I, col. 699. — Cf. G. Sortais, L'intolérance de l'Eglise, dans Etudes philosophiques et sociales, p. 8-11, Paris, 1906.

(') Cf. M. d'Hulst, Conférences de Notre-Dame, 1895, 5« Conférence, p. 130-135.

( *) Cf. G. Sortais, Les Catholiques en face de la Démocratie et du Droit commun, p. 125- 159, Paris, 1914.

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