A. — OBJECTION
L'objection, tirée des variations de la conscience, avait déjà été formulée dans l'antiquité par Carnéade. Montaigne l'a exposée à son tour : « Telle chose est icy abominable, qui apporte recommandation ailleurs, comme en Lacédémone la subtilité de desrober (2). » Pascal, dans une boutade fameuse, a aussi exploité cette thèse pour réprimer la « superbe de la raison » : « ...On ne voit presque rien de juste ou d'injuste qui ne change de qualité en changeant de climat. Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien décide de la vérité... Le droit a ses époques. L'entrée de Saturne au Lion nous montre l'origine d'un tel crime. Plaisante justice qu'une rivière borne ! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà (^). » P. Janet résume en ces deux propositions l'objection des sceptiques : « Chez les peuples sauvages, point de moralité ; chez les peuples civilisés, moralité contradictoire (*). )) Faut-il donc conclure de ces affirmations, appuyées sur des faits, que la conscience est « la plus changeante des règles » (Vauvenargues) ?