‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 22 sur 604 · B. — RÉPONSE · texte numérisé non relu

B. — RÉPONSE

I. — On exagère les divergences : on juge de la diversité des idées par la diversité des actions. Ce n'est pas un critérium sûr, car chacun sait qu'il y a toujours un certain écart entre les principes et la conduite, entre l'idéal et la réalité. Tel qui s'adonne au vice se condamne intérieurement.

IL — La divergence n'est pas universelle (^) : elle ne va jamais jusqu'à l'absence totale d'idées et de sentiments moraux. Les notions et les vérités fondamsntales de la morale sont universelles et invariables. Tous les hommes distinguent un bien et un mal et savent qu'il faut faire le premier et éviter le second. Ce qui varie c'est l'application de ces:

( ') p. Janet, La morale, L. III, Ch. iv. — A. Garnier, Traité des facultés de l'âme, L. VI, Sect. II, Ch. m, §| 8 et 9. — Ferraz, La philosophie du devoir, L. III, Ch. vi, vu. — Malebranche, Traité de morale.

(•) Mo.NTAioNE, Essais, L. II, Ch. xii.

(•) Pascal, Pensées, Art. III, n. 8.

(♦) P. Janet, La Morale, L. III, Ch. iv, p. 396, Paris, 1874.

(') S. Thomas, Summa theologica, I», II", Quaest. XCIV, Art. IV. — Cf. F. Nicoi.ay, Histoire des croyances, superstitions, mœurs, usages et coutumes (selon le plan du Décalogue), 3 vol., Paris, 1902. — V. Cathrei.n, DieEinheiMes sitllichen Bewu^stseins der Mcnschheit, 3 vol.,Fribourg-en-Brisgau, 1914.

notions et de ces principes premiers aux cas particuliers, plus ou moins compliqués, de la vie quotidienne. Tous ne placent pas le bien et le mal dans les mêmes actions. Les sauvages par exemple admettent ce principe : il faut honorer ses parents ; mais ils l'appliquent mal en tuant les vieillards pour les débarrasser des peines de la vie. Les sacrifices humains sont chose abominable, sans doute ; ceux qui les ont commis reconnaissaient l'obligation d'apaiser la justice divine, mais ils l'ont mal pratiquée. Les veuves des Indiens sont brûlées vives sur le bûcher de leurs époux ; elles admettent le devoir de l'amour conjugal, mais elles en comprennent mal l'application, etc. — Nous avons déjà répondu à l'objection tirée de l'absence de conscience morale chez certains individus (10, § III). III. — Cette divergence va en s'atténuant : les notions morales, momentanément obscurcies ou faussées par certaines influences perturbatrices, se dégagent peu à peu des scories qui les souillaient. C'est ainsi qu'on voit disparaître ou diminuer l'anthropophagie, les sacrifices humains, la polygamie, l'infanticide, l'esclavage. Est-ce que cet accord progressif ne suppose pas un idéal commun, une même constitution morale (^) ?

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