LA DÉMOCRATIE : SON AVÈNEMENT
moral et d'ordre économique, qui, à travers des vicissitudes, indiquent une constante ascension populaire (^). »
'< Ce que je sais d'histoire me donne lieu de croire que la démocratie est le terme naturel du progrès politique et que Dieu y mène le monde ; mais j'avoue qu'il l'y mène par de rudes chemins, et que, si je crois à la démocratie, c'est malgré des excès qui seraient capables d'en dégoûter les gens de bien {^). »
Citons enfin le témoignage très autorisé de Mgr d'Hulst : « N'en déplaise aux esprits chagrins, tout n'est pas à condamner dans les nouveautés que révèle notre état social. Sans donner gain de cause aux calomniateurs du passé, il ne me paraît pas douteux que sur plus d'un point notre âge soit en progrès. L'humanité tend vers le nivellement intellectuel, moral, économique. C'est l'évolution démocratique. Comme disciple de l'Évangile, je n'ai aucune raison de m'affîiger ; je dois même saluer, dans ce que cette tendance a de légitime, un triomphe tardif de la pensée chrétienne. Toutefois, comme sociologue, j'aperçois le danger : c'est que les convoitises prennent trop d'avance sur les satisfactions possibles et fassent violence à la société- pour obtenir d'elle plus qu'elle ne peut donner (^). »
Depuis la Révolution française, le mouvement démocratique s'est singulièrement accéléré ; actuellement la démocratie est en train de pénétrer jusque dans l'Extrême Orient. Cette ascension du quatrième état, qu'on s'en réjouisse ou qu'on s'en inquiète, parait irrésistible. Le terme seul de démocratie suffit pour efl'aroucher les esprits craintifs. Au lieu de se laisser envahir par la peur du mot, n'est-il pas plus brave de se mettre en face de la chose ? Au lieu de maudire ou de bouder, n'est-il pas plus sage de travailler avec entrain à l'amélioration morale et matérielle du peuple, pour le rendre plus digne du grand rôle (jue semble lui réserver l'avenir ? Au lieu de pleurer inutilement sur les ruines d'un passé à jamais disparu, n'est-il pas plus patriotique de mettre courageusement la main à l'œuvre et d'apporter sa pierre à la construction de la cité future ? Les catholiques devraient avoir toujours présente à la mémoire cette forte parole du cardinal Mermillod : « Le peuple sera, finalement, à ceux qui l'auront le plus aimé et le mieux servi (*). »
I ') Ch. AxToiNii, Cours d'h'conomie sociale, Cb. x, Art. IV, p. 287, Paris, 1908*.
{') Fr. Ozanam, Lettre du 11 mars 1849, Lellres, T. II, p. 236.
( ') Cité par Mgi- Baudrillart, dans la Vie de Mgr d'Hulst, T. I, Introduction, p. 14-15,
( *) Cf. G. Sortais, Les Catholiques en face de la Démocratie..., L. I, Cli. v, p. 79-92. Cf. La Crise du Lihi-ralisme..., Ch. v, p. 79-82.
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