A. — SON ROLE ET SON IMPORTANCE
I. — La valeur morale des actes croît avec l'élévation et l'étendue de l'intention. C'est ainsi qu'un enfant, qui travaille par affection pour ses parents, fait une action, louable ; mais s'il travaille pour obéir au devoir, l'acte est bien plus parfait, parce qu'il est conforme à l'ordre universel, à la volonté de Dieu. Le motif le plus vaste des actes humains c'est donc l'amour de Dieu, parce que ce motif embrasse l'amour de l'ordre universel et l'amour de son auteur, du Bien suprême, de Dieu. Et ainsi la vie extérieure la plus humble peut surpasser en valeur morale les plus brillantes, si elle est dirigée par des intentions pures et élevées. C'est pourquoi une action, extérieurement la même, change du tout au tout, suivant qu'elle a des motifs différents {-). On peut la faire : a) parce qu'elle est agréable ; — b) parce qu'elle Jious est utile ; — c) parce qu'elle est utile à des parents, à des amis, à la patrie, à Vhumanité ; — d) parce qu'on la juge conforme au bon sens ; — • e) parce qu'elle semble demandée par V ordre général ; — /) parce qu'elle est imposée par V auteur de Vunivers ; — g) par amour pour Dieu. Cette série de motifs est une échelle ascendante, qui va depuis zéro jusqu'au degré le plus élevé. La valeur de l'action déterminée par ces motifs monte ou s'abaisse dans la même proportion.
II. — Une action bonne en soi devient mauvaise si on la fait avec une intention déréglée : vg. secourir les malheureux par ostentation.
III. — Une action indifférente en soi ou amorale (vg. promenade)
( M Vallieh, L'inlenlion morale.
( -) J. DE BoNNiOT, Le problème du mal, L. II, Ch. vi
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devient, bonne si elle est faite dans un but légitime : vg. pour réparer ses forces. Cf. S. Thomas, Summa theol, IMpe, Q. XVIII, a. 8 et 9.
IV. — Une action mauvaise en soi devient bonne si son auteur ignore im'inciblement qu'elle est mauvaise et a l'intention de bien faire : vg. les sauvages tuant leurs grands-parents poiir les délivrer des souffrances
de la vieillesse. -, e ■
V. — L'intention, au point de vue moral, est réputée pour le tait. Aussi « ce qui importe, ce n'est pas le succès, mais l'effort » (Jouffroy),
^car nous sommes obligés de vouloir le bien, non de réussir à le faire triompher autour de nous. C'est pour cela qu'il y a « des défaites triomphantes à l'envi des victoires ».
YI, L'absence d'intention enlève à un acte tout mérite ou démérite : ce n'est plus un acte moral, mais physique. Un fait matériellement criminel ne l'est pas moralement, si l'auteur l'a accompli sans le vouloir et sans imprudence : vg. un cavalier ne peut retenir son cheval emballé et, en passant, écrase une personne. —Au point de vue juridique, l'intention ne suffit pas, il faut qu'elle soit manifestée par l'exécution (47,^ § VI).
La perfection de la vie morale dépend donc surtout de l'art de diriger ses intentions vers les fins les plus élevées et les plus universelles.