‹ Traité de philosophie (volume 2)Chapitre 268 sur 604 · LE LIBÉRALISME · texte numérisé non relu

LE LIBÉRALISME

III. — Le Libéralisme catholiijue : il se présente sous deux i'ormes : 1° Forme radicale : La Mennais et ses collaborateurs du journal YAi^enir (1830-1832) (i) soutinrent que l'indifférence de l'État en matière religieuse est un progrès. « Ils oublièrent que le seul état normal des sociétés catholiques est celui où le Christianisme les pénètre, les domine, les soutient à titre de loi fondamentale. Ils oublièrent que les pouvoirs civils n'ont fait que la moitié de leur devoir, quand ils ont laissé l'Église exercer sans entraves une ïiction individuelle sur les âmes, et qu'il leur reste, dans la mesure de ce qui est possible et sage, à être eux-mêmes chrétiens comme pouvoirs.... Ils en vinrent à considérer comme une évolution légitime et régulière ce qui était une véritable déviation, et bientôt comme un progrès ce qui était une décadence (2). » Leur point de départ était légitime : au lendemain de la Révolution de Juillet, l'Église cessa d'être la Religion officielle du pays et d'être, en conséquence, protégée par l'État. Ils devaient tenir compte du fait accompli : d'où la nécessité de défendre l'Église sur le terrain du droit commun où elle se trouvait désormais placée. Ils auraient dû, tout en acceptant loyalement la situation anormale faite à la Religion, maintenir la notion juste des rapports de l'Église et de l'État (120, C), comme un idéal, lointain sans doute, mais souhaitable. Au lieu de cela, ils érigèrent en principe ce qui n'était qu'une nécessité de circonstance, présentant comme normale et même comme préférable la neutralité de l'État en matière religieuse. L'École Mennaisienne fut condamnée par l'Encyclique Mirari vos de Grégoire XVI (1832).

2'^ Forme adoucie : (^) la nouvelle École libérale, dirigée par Montalembert, admet en théorie la thèse catholique. Mais, dans la pratique, victimes d'une généreuse illusion, les tenants de cette École la méconnurent. De leurs tendances plus ou moins conscientes, on peut dégager cette formule qui résume leur erreur : La neutralité de l'État en matière religieuse est le seul régime désormais possible et utile à la religion (*).

( M et. P. Thureau-Dangin, L'Église et l'Élat sous la Monarchie de Juillet. — Et. Lamy, Henry de Lacombe, dans le Correspondant, 25 janv. 1908, p. 381-383. — Lecanuet, Monlaleynbcrt, T. I, Ch. vi sqq. Cf. G. Longhaye, Quinze ans de la vie de Monlalembert (1835-1850), dansÉTUDEs, T. 78, p. 145 ; 210 sqq. Les dernières années (1850-1870), Ibidem, T. 92, p. 577 ; 780 sqq.

( ') Amédée de Mahgerie, Article Inslaurare omnia in Christo, dans le Contemporain, 1" juin 1875.

(») Cf. Cardinal Pie, Œuvres, T. V, p. 171 sqq.; T. VII, p. 197 sqq. — Mgr Baunard, Histoire du Cardinal Pie, T. II, L. III, Ch. vu et viii. — G.-D. Weil, Histoire du Catholicisme libéral en France (1828-1908), Paris, 1909. — G. Sortais, Les Catholiques en face de la Démocratie et du Droit commun, L. II, p. 93-159.

(«)« Tout l'ensemhle, en un mot, de leurs tendances allait plus loin qu'un simple conseil pratique visant le temps présent. L'état d'esprit qu'ils entretenaient chez leurs adeptes ne semblait pas exempt d'une erreur qu'on pourrait formuler ainsi : Il n'est jamais bon que l'État prête sa force coercitive à la vérité révélée. » (Mgr d'Hulst, Conférences de Notre- Dame, 1895. Note 24, p. 380).

294 LA DÉCLARATION DES DROITS DE l'hOMME ET DU CITOYEN (109)

Au fond, sous cette forme atténuée, le Libéralisme catholique a sacrifié aussi la thèse à Vhypothèse, c'est-à-dire la doctrine légitime sur les rapports de l'Église et de l'État (120, § C) à une nécessité de circonstance (121, III). Conséquemment, ces catholiques libéraux laissèrent timidement dans l'ombre la question des droits inaliénables de l'Église, au lieu de faire effort pour éclairer l'opinion et pour rétablir, par la voie pacifique de la persuasion, les rapports normaux entre l'Église et l'État (^).

L'erreur des libéraux catholiques, fort bien intentionnés d'ailleurs, a sa source dans cette illusion fondamentale : le vrai et le bien, librement proposés aux intelligences et aux volontés, l'emporteront nécessairement par leur valeur intrinsèque sur le faux et le mal. Comme psychologues, ils oublient, d'une part, la force de séduction que le faux et le mal empruntent aux passions ; de l'autre, la faiblesse de la volonté aux prises avec la fascination de l'orgueil et les impulsions de la sensibilité. Comme catholiques, ils oublient l'influence néfaste du péché originel.

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