B — SÉPARATION DE U ÉGLISE ET DE UÉTAT
Olgine : invoquée par les catholiques libéraux de l'école de LaMen- NAis 108, C, III, 1°) pour mettre l'Église au-dessus des partis politique^ la séparation est aujourd'hui le mot d'ordre des ennemis de l'Églie (2). — Que serait-elle si elle était honnêtement pratiquée ?
(MFr. de Champagny, Les Césars. — Fustel de Coulanges, La Cité antique. ( «)Lecanuet, Montalembert, T. I. — P. Thureau-Dangin, L'Église et l'État sous la Mdarchie de Juillet.
338 RAPPORTS DE l'ÉGLISE ET DE l'ÉTAT (180)
Officiellement l'État ne connaîtrait pas l'Église ; elle serait pour lui comme n'étant pas et réciproquement.
II. — Valeur : A) En droit : cette séparation est essentiellement contraire :
1° Au devoir de l'État : il ne peut affecter d'ignorer la société surnaturelle, à laquelle il doit se subordonner, car il doit se subordonner à la fin suprême représentée par l'Église.
20 Au droit de l'Église, société visible, parfaite, indépendante, que Jésus-Christ n'a pas établie pour qu'on n'en tienne pas compte, mais pour qu'elle occupe le premier rang dans les choses humaines.
B) En fait : cette séparation est à la fois funeste :
lo A l'État, car l'État chrétien ne peut atteindre convenab ement sa fin propre, le bonheur temporel, qu'en la subordonnant à la fn dernière surnaturelle. 11 a donc un besoin absolu de l'Église. C'est 3e que tous les politiques avisés redisaient en 1803, après la Révolutioi, avec Portails : « Il est temps d'appeler la religion au secours de la société. »
2° A l'Église : la constitution intime de l'Église étant spiritielle et surnaturelle, l'Église ne doit rien à l'État et n'a nul besoin de hi sous ce rapport. Mais elle est à la fois humaine et divine comme son fondateur. Composée d'hommes, usant de procédés humains pour transnettre son action surnaturelle, elle a par là même des besoins temporels : besoins de propriété, de liberté, de publicité. Or l'Église a drot à la satisfaction de ces besoins, puisque ce sont pour elle des moyens nécessaires à la poursuite de sa fin. D'autre part, l'action individuele des fidèles ne suffit pas à les satisfaire complètement. L'aide de l'Élat est donc indispensable à l'Église, non essentiellement et pour tout exercice de sa puissance (autrement elle ne serait plus société parfaite) mais pour l'exercice facile, complet, normal. Si l'État refuse son corcours, il ne détruit pas l'Église, mais il l'entrave et nuit gravement ai bien des âmes et conséquemment aux intérêts de la société.
Conclusion : la séparation totale n'est pas possible, du moim longtemps. L'Église et l'État se rencontrent inévitablement sur un terrain commun, V individu, à la fois citoyen et fidèle, n'ayant qu'une consience pour satisfaire à cette double obligation. Dans les pays où l'Étit est plus ou moins anti-religieux, il ignorerait l'Église tant qu'il ne s'girait que de lui prêter appui : il la connaîtrait dès qu'il s'agirait de la sur/eiller et de l'entraver (^). La séparation n'est donc qu'un pis-aller, \ix\expédient que peuvent rendre nécessaire certaines circonstances histoiques. Jusqu'ici, les États-Unis ont appliqué le système séparatiste avec largeur et bienveillance. Mais les conflits sont toujours ù craindn, car
(') F. Bdtel, Le Péril de la Séparation d« l'Èglite et de l'Élat.